Publié le 25 octobre 2025 à 18h07. Une avancée médicale majeure offre un nouvel espoir dans la lutte contre le sida : un patient genevois, infecté par le VIH il y a 35 ans, est considéré comme guéri après une greffe de moelle osseuse, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.
- Un patient genevois vivant avec le VIH depuis 1990 ne présente plus de traces détectables du virus depuis 2021.
- Un essai clinique portant sur le ruxolitinib, un médicament visant à contrôler la réponse immunitaire, est en cours aux États-Unis, avec la participation des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
- Le lénacapavir, un nouveau médicament préventif administré par injection, pourrait révolutionner la prévention du VIH avec seulement deux doses annuelles.
Romuald, c’est le prénom sous lequel on le connaît pour préserver sa vie privée, se souviendra à jamais du 16 novembre 2021. Ce jour-là, les médecins ont pu interrompre son traitement antirétroviral, après avoir constaté l’absence totale de virus dans son organisme. Quelques mois plus tard, l’espoir d’une guérison définitive s’est concrétisé. Romuald est le sixième patient au monde à être guéri du VIH grâce à une greffe de moelle osseuse.
Ce cas genevois présente une particularité qui ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Quatre ans après, son dossier reste unique au monde et sert de référence pour plusieurs études cliniques, dont une lancée récemment aux États-Unis, avec la contribution des HUG.
Un cas unique qui ouvre de nouvelles voies de recherche
« Quatre ans se sont écoulés, et pourtant, à chaque fois que j’ouvre le dossier de Romuald, je ressens une certaine appréhension et me demande si la charge virale reste indétectable », confie Alexandra Calmy, cheffe du service VIH/SIDA aux Hôpitaux universitaires de Genève. Elle a dirigé le traitement qui a permis cette rémission, en collaboration avec Asier Sáez-Cirión, biologiste et responsable de l’unité Réservoirs viraux et contrôle immunitaire à l’Institut Pasteur de Paris. La rémission désigne une forte réduction, voire une suppression temporaire, de l’activité de la maladie.
Le patient genevois aborde l’avenir avec sérénité.
« Je n’ai pas peur. Même si le virus revenait, ce ne serait pas un échec, car ces quatre années ont permis de faire progresser la recherche et, surtout, ont ouvert la porte à l’espoir. »
Romuald, patient genevois
Dix personnes dans le monde sont aujourd’hui en rémission du VIH après une greffe de moelle osseuse. Elles ont reçu des cellules souches porteuses d’une mutation rare qui empêche le VIH de coloniser l’organisme. Alors qu’on pensait auparavant que cette mutation était indispensable à une rémission durable, le cas de Romuald a prouvé le contraire.
Son donneur n’était pas porteur de cette mutation. D’autres patients ont ensuite reçu une greffe sans cette mutation, mais le virus est réapparu chez eux. Le cas genevois est donc exceptionnel et a ouvert de nouvelles perspectives pour la recherche de stratégies de guérison innovantes.
Un médicament pour contrôler la réaction immunitaire suscite l’espoir
« Plusieurs hypothèses sont à l’étude, notamment l’utilisation d’un médicament appelé ruxolitinib, qui a été administré à Romuald après sa greffe », explique Asier Sáez-Cirión. Ce médicament vise à contrôler la réponse immunitaire, en inhibant la prolifération cellulaire et en favorisant l’élimination des réservoirs où le virus VIH se cache.
La professeure américaine Christina Gavegnano, de l’Université Emory d’Atlanta, avait déjà démontré cet effet d’élimination en 2011, et avait prédit que le ruxolitinib pourrait jouer un rôle clé dans la lutte contre le VIH.
Lorsque Alexandra Calmy et Asier Sáez-Cirión ont présenté à la communauté scientifique, il y a deux ans, l’incroyable rémission du patient genevois, Christina Gavegnano a été profondément émue.
« Quand j’ai découvert ce cas extraordinaire dans lequel nos médicaments avaient été utilisés, j’ai failli pleurer », raconte-t-elle, encore bouleversée. « C’était un rêve qui se réalisait. C’est une avancée colossale pour ce travail qui est l’œuvre de toute une vie. Grâce à Romuald, davantage de personnes seront sauvées. »
Christina Gavegnano, professeure à l’Université Emory d’Atlanta
Depuis, les deux équipes travaillent en étroite collaboration.
Une nouvelle étude examine si un médicament pourrait remplacer la transplantation
Il y a une semaine, Gavegnano a lancé aux États-Unis un essai clinique avec le ruxolitinib, auquel les HUG participeront également. « L’objectif est de déterminer si ce médicament peut contribuer à la rémission, ce qui signifierait qu’une greffe de moelle osseuse ne serait plus nécessaire. Mais ce n’est pour l’instant qu’une hypothèse », précise Sáez-Cirión.
Alexandra Calmy ajoute : « Même si les efforts ne donnent pas les résultats escomptés, ils n’auront pas été vains. Les progrès réalisés dans la recherche sur le VIH bénéficieront également aux domaines de l’immunologie et de la virologie. »
Un vaccin contre le VIH n’est pas encore à portée de main
Interrogé sur les raisons pour lesquelles les chercheurs n’ont pas encore réussi à développer un vaccin contre le VIH, le biologiste répond : « C’est un virus particulièrement complexe, très résistant, avec un taux de mutation très élevé. De plus, les études cliniques sont coûteuses, complexes et nécessitent un grand nombre de patients. »
Cependant, des progrès considérables ont été réalisés en matière de prévention, notamment avec la prophylaxie pré-exposition (PrEP), un médicament préventif qui protège contre l’infection et doit être pris quotidiennement, et avec le lénacapavir, qui ne nécessite qu’une injection tous les six mois.
« Le lénacapavir pourrait changer la donne dans la lutte contre l’épidémie », estime Calmy. Ce médicament n’est pas encore disponible – une injection coûte plus de 40 000 dollars par an – mais des génériques à moins de 50 dollars devraient être accessibles dans les pays à faible revenu à partir de 2027.
Lorsque l’on demande aux chercheurs pourquoi il est important de continuer à chercher un vaccin contre le VIH, alors que ces deux médicaments ont déjà fait leurs preuves, Calmy et Sáez-Cirión répondent : « L’effet du lénacapavir n’est pas permanent. Ces médicaments préventifs sont exceptionnels et permettent de contrôler dans une certaine mesure l’épidémie, mais pas de l’éradiquer. Leur existence ne doit pas freiner la recherche d’un vaccin. »
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