Une journaliste paraguayenne primée propose un nouveau modèle pour le journalisme, axé non plus sur la simple diffusion d’informations, mais sur la volonté de provoquer un changement concret et mesurable dans la société. Jazmín Acuña, boursière du Reuters Institute, appelle à une approche plus intentionnelle et engagée du journalisme, qu’elle baptise « journalisme du changement ».
Ce nouveau cadre, développé lors de son séjour à Oxford, s’appuie sur une décennie d’expérience à la tête de El Surtidor, un média numérique innovant qu’elle a cofondé. El Surtidor, qui fête cette année son dixième anniversaire, s’est distingué par son journalisme d’investigation, ses visuels percutants et son engagement créatif avec le public.
Selon Acuña, le « journalisme du changement » va au-delà du journalisme de solutions, qui se concentre principalement sur la manière dont les histoires sont racontées. Il s’agit d’une démarche plus globale, qui prend en compte l’impact potentiel du journalisme sur la vie des gens et qui vise à faciliter les changements dont ils ont besoin.
« La publication n’est qu’un début, pas l’objectif final », explique-t-elle. « Les journalistes ne se contentent pas d’espérer le meilleur après la publication de leurs conclusions. Des efforts supplémentaires sont déployés pour garantir que notre journalisme facilite les changements dont les gens ont besoin. »
Concrètement, cela implique d’identifier les publics cibles, de diffuser l’information de manière appropriée et de créer des opportunités de liens significatifs entre les personnes susceptibles de passer à l’action. Acuña souligne l’importance de mesurer l’impact qualitatif du journalisme, au-delà des simples indicateurs de portée et d’engagement.
Elle constate que de nombreux médias mettent déjà en œuvre des pratiques qui s’inscrivent dans cette approche, comme l’organisation d’événements en direct ou de conversations communautaires. Cependant, elle déplore le manque de stratégie cohérente et de langage commun pour décrire ces initiatives.
« Certains médias reconstruisent le tissu social des communautés endommagées par la xénophobie. D’autres défient l’apathie civique tout en offrant aux gens la joie de se connecter avec les autres », observe-t-elle. « Je souhaite que les journalistes et les rédactions travaillent et articulent ces contributions avec beaucoup plus de clarté et sans contraintes. »
Acuña a commencé à collaborer avec des organisations comme le Pulitzer Center pour tester et adapter son modèle dans différents contextes. Elle animera également un atelier dans le cadre du nouveau programme de bourses d’impact du Pulitzer Center et interviendra lors du 77e Congrès mondial des médias d’information qui se tiendra à Marseille en juin.
Elle cite en exemples inspirants le Lisbon Message au Portugal et les Lighthouse Reports, ainsi que des initiatives journalistiques hyperlocales aux États-Unis, comme Documented à New York, et ProPublica, qui a été l’un des premiers médias à mettre en place un outil de suivi de l’impact.
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