Home NouvellesRespectueusement, Bill Gates doit se taire – Mother Jones

Respectueusement, Bill Gates doit se taire – Mother Jones

by Nicolas Lefèvre

Alors que l’ouragan Melissa ravageait les Caraïbes, Bill Gates a publié un article remettant en question l’urgence de la lutte contre le changement climatique, ravivant le débat sur les priorités face aux crises mondiales.

L’homme d’affaires et philanthrope a estimé que l’accent mis sur la réduction rapide des émissions est excessif, plaidant pour une approche qui prend davantage en compte la lutte contre la pauvreté et les maladies. Cette position intervient alors que les conséquences du réchauffement climatique se manifestent de manière de plus en plus dramatique, comme l’a illustré la récente tempête qui a frappé la Jamaïque et d’autres îles des Caraïbes.

L’ouragan Melissa, dont la puissance a été exacerbée par des eaux océaniques plus chaudes et une atmosphère plus humide, a causé des dégâts considérables en Jamaïque, à Cuba, en Haïti, aux Bahamas et en République dominicaine, faisant des dizaines de morts. Bill Gates n’a pas publiquement commenté cette catastrophe en particulier.

Dans son article, publié sur son site web personnel, Gates s’oppose aux « perspectives apocalyptiques » de certains acteurs du monde climatique et affirme que l’on accorde « trop » d’importance aux « objectifs d’émissions à court terme ». Il estime que la lutte contre le changement climatique « doit être considérée en termes de bien-être humain global ». Il a également défendu l’investissement de Microsoft dans l’intelligence artificielle, même si celle-ci dépend de combustibles fossiles.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte plus large de relâchement des engagements climatiques à l’échelle mondiale. Plusieurs gouvernements et entreprises ont revu à la baisse leurs objectifs d’émissions, tandis que les budgets alloués aux initiatives climatiques sont réduits. Les médias semblent également moins investir dans le journalisme climatique, et certains militants appellent à un discours plus modéré et « optimiste ».

L’organisation à but non lucratif de Bill Gates, Breakthrough Energy, a licencié des dizaines d’employés plus tôt cette année. Gates souligne néanmoins l’importance de progresser sur les solutions climatiques, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’utilisation des terres. Il estime toutefois que l’argumentaire qu’il avance – celui d’un responsable gouvernemental devant choisir entre financer la santé et l’aide humanitaire ou réduire les émissions – est peu pertinent dans le contexte actuel.

En effet, les États-Unis ont réduit leur aide étrangère et leurs dépenses de santé, et d’autres pays riches ne comblent pas le vide, mais suivent la même tendance en réduisant leurs investissements dans le climat, la santé et le développement. Les pays les plus riches réduisent non seulement leurs budgets, mais aussi leur aide aux projets d’adaptation au réchauffement climatique, un domaine que Gates juge désormais prioritaire.

Cette évolution intervient alors que le secrétaire général de l’ONU avertit que le monde dépassera probablement l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. Le dépassement de cet objectif nécessitera des ressources encore plus importantes pour faire face aux conséquences les plus graves.

L’idée selon laquelle l’action climatique est incompatible avec l’amélioration de la qualité de vie est un argument souvent utilisé par les sceptiques du climat, comme Alex Epstein, un militant pro-énergies fossiles. Présenter la transition vers les énergies renouvelables comme une entreprise « anti-humaine » est une rhétorique qui gagne du terrain, notamment auprès des Républicains du Congrès.

Cependant, les conséquences du changement climatique sont déjà bien réelles, comme en témoigne la situation désastreuse des populations caribéennes qui tentent de se reconstruire après le passage de l’ouragan Melissa. Les coûts de l’assurance et des ressources augmentent, et les rendements agricoles diminuent, ce qui démontre que le climat est intrinsèquement lié à l’économie.

Malgré ce tableau sombre, des initiatives positives émergent. Des pays comme le Pakistan et le Rwanda ont tiré parti de l’importation de panneaux solaires abordables, même pour soutenir la production alimentaire. Dans les Caraïbes, certains hôpitaux seront alimentés par des panneaux solaires et des batteries, les protégeant des fréquentes coupures de courant. Même les pilotes qui surveillent la trajectoire de Melissa continuent de travailler malgré la fermeture du gouvernement américain.

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