Apple a commencé à tester des puces DRAM produites par la société chinoise ChangXin Memory Technologies (CXMT) pour ses appareils vendus en Chine, selon des informations rapportées par le Financial Times le 8 juillet 2026. La firme américaine tente parallèlement de convaincre le gouvernement des États-Unis d’autoriser une utilisation plus large des composants de ce fournisseur soutenu par l’État chinois.
L’offensive stratégique d’Apple face au trio Samsung, SK Hynix et Micron
L’intégration de CXMT dans sa chaîne d’approvisionnement ne répond pas seulement à un besoin logistique local. C’est un calcul tactique. Selon Wccftech, Apple pourrait utiliser ce nouveau fournisseur pour fragiliser la position dominante des trois géants actuels du marché : Samsung Electronics, SK Hynix et Micron Technology.
L’idée est simple : créer une alternative viable pour forcer les prix à la baisse lors des prochaines négociations.
“Apple may try to use CXMT’s DRAM to increase bargaining power when it negotiates 2H or 2027 contract prices with Korea/US big-3 DRAM makers, though actual purchasing volume (from CXMT) remains small.”

Bank of America, via Wccftech
Toutefois, l’impact immédiat sur les volumes d’achat reste limité. La capacité de production de CXMT est largement engagée via des accords à long terme, et ses puces LPDDR sont actuellement vendues à des tarifs comparables à ceux des leaders du secteur. Apple joue donc ici une partition de long terme, visant la flexibilité contractuelle pour 2027.
L’ascension rapide de CXMT et le spectre de la saturation

CXMT n’est plus un acteur marginal. Actuellement quatrième producteur mondial de DRAM, l’entreprise est au cœur de la stratégie de Pékin pour bâtir une chaîne d’approvisionnement en intelligence artificielle totalement autonome. Ses ambitions sont chiffrées : selon le Financial Times, cité par CNBC, CXMT prévoit de lever au moins 29,5 milliards de yuans (environ 4,3 milliards de dollars) lors d’une introduction en bourse prochaine à Shanghai.
La croissance de sa part de marché est soutenue par l’ouverture de nouvelles lignes de production dans les villes de Hefei, Shanghai et Pékin.
- Part de marché actuelle : Environ 11 % l’année dernière.
- Projection 2028 : 15 % selon les données de SemiAnalysis.
- Structure : Au moins 15 actionnaires étatiques détiennent collectivement 36 % de l’entreprise.
Cette expansion massive inquiète l’industrie. Le précédent des panneaux solaires et des véhicules électriques, où des capacités soutenues par l’État ont provoqué l’effondrement des prix mondiaux, hante les concurrents étrangers. Ray Wang, analyste mémoire chez SemiAnalysis, a toutefois précisé au Financial Times que CXMT ne devrait pas inonder le marché de puces bon marché dans l’immédiat, sa production étant déjà largement pré-engagée.
Un bras de fer politique entre Washington et Pékin

L’adoption de CXMT par Apple place la firme de Cupertino au centre d’une zone de turbulence géopolitique. L’entreprise a déjà subi des pressions fortes en 2022, notamment de la part de Marco Rubio, alors sénateur et actuel secrétaire d’État, concernant ses liens avec des fournisseurs de mémoire chinois.
Le dossier est d’autant plus complexe que CXMT figure sur une liste noire du Pentagone en raison de ses liens avec l’Armée populaire de libération chinoise. Pour contourner cet obstacle, Apple mène un lobbying actif auprès de l’administration Trump. Selon Wccftech, l’objectif est d’obtenir une attitude plus laxiste de Washington concernant les produits de mémoire sourcés en Chine, afin de minimiser les retombées politiques si Apple décide d’intégrer CXMT et YMTC pour ses produits destinés au marché chinois.
C’est un équilibre précaire. Alors que les États-Unis cherchent à contenir les ambitions technologiques de la Chine, l’administration Trump a, pour l’instant, évité d’ajouter CXMT et la startup d’IA DeepSeek à sa liste noire commerciale, cherchant à ne pas escalader davantage les tensions avec Pékin.
Le pari technologique : Le Bonding Hybride Wafer-to-Wafer
Au-delà de la guerre des prix, Apple s’intéresse à la trajectoire technologique de CXMT. Le fabricant chinois tente d’atteindre la parité technique avec le « Big Three » en explorant le Wafer-to-Wafer Hybrid Bonding. Cette technique consiste à construire les cellules de stockage de données et les circuits de logique de contrôle sur des wafers de silicium distincts, avant de les fusionner verticalement.
Les bénéfices attendus de cette architecture sont concrets :
- Augmentation drastique de la densité de mémoire.
- Réduction de la latence.
- Amélioration de l’efficacité énergétique.
Cette technologie est actuellement testée sur une ligne pilote à Hefei. En intégrant CXMT, Apple ne sécurise pas seulement un prix, mais s’offre un accès potentiel à une nouvelle génération de mémoire haute densité, essentielle pour les futures itérations de ses appareils.
Le dénouement de cette stratégie dépendra désormais de la capacité d’Apple à naviguer entre les exigences de sécurité nationale américaine et la nécessité impérieuse de maintenir sa compétitivité sur le marché chinois, tout en gardant la pression sur ses fournisseurs historiques.
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