Publié le 10 janvier 2026 à 19h23. Volodymyr Zelensky réorganise en profondeur son administration et ses services de renseignement, un remaniement qui suscite interrogations sur les motivations du président ukrainien et l’avenir de la guerre.
- Kyrylo Budanov, l’ancien chef du renseignement militaire (HUR), a été nommé à la tête de l’administration présidentielle.
- Des changements importants ont également eu lieu au sein du SBU, les services de renseignement ukrainiens, avec le remplacement de son directeur.
- Ces remaniements interviennent dans un contexte de guerre et de lutte contre la corruption, mais soulèvent des questions sur les ambitions politiques de Zelensky.
Volodymyr Zelensky poursuit la restructuration de son appareil de pouvoir, avec des nominations et des changements de postes qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Si certains ajustements semblent répondre à des impératifs logiques, d’autres apparaissent plus énigmatiques, alimentant les spéculations sur les raisons profondes de ces décisions.
La nomination la plus marquante est sans conteste celle de Kyrylo Budanov, l’ancien chef du renseignement militaire (HUR), au poste de chef de l’administration présidentielle. Ce poste était vacant depuis novembre, après le départ controversé d’Andreï Jermak, dont le bureau avait été perquisitionné dans le cadre d’une enquête pour corruption. Zelensky avait alors limogé Jermak. Budanov jouit d’une forte popularité auprès de l’opinion publique, notamment grâce à plusieurs opérations spéciales réussies menées par ses services pendant le conflit.
Zelensky a justifié sa décision par la volonté de renforcer son équipe en vue des négociations de paix. « Je renforce mon équipe pour les négociations de paix », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a précisé que, grâce à cette nomination, tous les acteurs clés de cette équipe travailleraient désormais « dans ce bâtiment », c’est-à-dire à proximité immédiate du pouvoir.
Certains observateurs estiment que cette nomination pourrait également avoir une dimension politique. En plaçant Budanov dans un rôle moins opérationnel, Zelensky pourrait chercher à limiter son influence et à prévenir l’émergence d’un concurrent potentiel lors des prochaines élections présidentielles. D’autres suggèrent que Zelensky pourrait envisager Budanov comme son successeur.
Selon les experts, l’arrivée de Budanov à la tête de l’administration présidentielle permet à Zelensky de bénéficier de son expertise militaire et d’une vision lucide de la situation sur le terrain. Il y a quatre ans, Budanov avait été critiqué pour son optimisme excessif concernant les capacités de l’armée ukrainienne. La situation a considérablement évolué depuis, comme l’a démontré une récente interview accordée à la chaîne de télévision publique “Suspilne”.
Dans cette interview, Budanov a notamment confirmé que les services de renseignement ukrainiens estimaient que la Russie avait dépassé son objectif de recrutement de soldats en 2023. Début décembre, plus de 402 000 nouveaux soldats s’étaient enrôlés dans l’armée russe. Compte tenu de la démographie russe, « cela peut durer longtemps », a-t-il averti.
Budanov a également réaffirmé la nécessité de négociations de paix, tout en soulignant son opposition à toute concession territoriale volontaire de la part de l’Ukraine, notamment concernant les régions du Donbass occupées par la Russie. Il a ainsi pris position contre les déclarations de l’ancien président américain Donald Trump, qui avait à plusieurs reprises exprimé son soutien à une telle concession.
La réorganisation de l’administration Zelensky ne se limite pas à la nomination de Budanov. Le gouvernement ukrainien est également en cours de remaniement, avec la nomination de Mykhailo Fedorov au poste de ministre de la Défense. Il remplace Denys Schmyhal, qui occupait ce poste depuis seulement six mois. Fedorov était auparavant ministre de la Numérisation et devrait mettre à profit son expérience pour accélérer la modernisation de l’armée ukrainienne. Zelensky a souligné l’importance de l’innovation technologique dans le contexte de la guerre. « La guerre continue et notre armée doit se développer technologiquement le plus rapidement possible », a-t-il déclaré.
Fedorov devra notamment gérer la course aux armements que la guerre a engendrée, notamment en ce qui concerne l’utilisation croissante de drones FPV, pilotés à distance et devenus un élément clé du conflit. Ces drones sont désormais omniprésents sur le front, rendant les déplacements des soldats de plus en plus dangereux.
La nomination de Fedorov doit encore être approuvée par le Parlement. Schmyhal, quant à lui, devrait être nommé ministre de l’Énergie, un poste vacant depuis un scandale de corruption en novembre. Ce scandale avait conduit à la démission de plusieurs responsables.
Les changements intervenus au sein du SBU, les services de renseignement ukrainiens, suscitent également des interrogations. L’ancien directeur, Wassyl Maljuk, doit quitter son poste. Roman Kostenko, un député expérimenté dans le domaine des services secrets, s’oppose à cette destitution, estimant que le SBU jouit actuellement d’une grande confiance de la part de la société grâce aux succès de ses opérations.
L’opération « Spider’s Web », menée par le SBU l’année dernière, a notamment fait sensation en attaquant avec succès des aéroports militaires en Russie à l’aide de drones FPV dissimulés dans des camions.
Maljuk devrait occuper un poste subordonné au sein du SBU, mais les raisons de son remplacement restent floues.
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