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Rolls-Royce dans le sable, 1200 chevaux à mort

by Amélie Bernard

Publié le 17 janvier 2026 à 15h57. Des Rolls-Royce extravagantes aux prototypes électriques de pointe, le Rallye Dakar a toujours été un terrain d’expérimentation pour les constructeurs et les amateurs audacieux, repoussant les limites de l’ingénierie automobile dans des conditions extrêmes.

  • Le Rallye Dakar a débuté en 1978 comme un défi aventureux reliant Paris à Dakar.
  • Au fil des décennies, la course a vu l’évolution des véhicules, des modèles amateurs aux machines de course hautement technologiques.
  • Des voitures emblématiques comme la Rolls-Royce Corniche, la Lada Niva et la Porsche 959 ont marqué l’histoire du Dakar.

L’histoire du Rallye Dakar commence à Noël 1978, lorsque Thierry Sabine, un aventurier français, lance un défi audacieux : relier Paris à Dakar au Sénégal. L’idée est née d’une expérience personnelle : Sabine s’était perdu dans le désert libyen l’année précédente et, au lieu de regretter son aventure, il a décidé de la partager avec d’autres. Le premier rallye a rassemblé un groupe d’aventuriers sur un itinéraire exigeant, marquant le début d’une légende.

Les premières années du Dakar étaient caractérisées par une liberté totale et une improvisation constante. Il n’y avait pas d’équipes d’usine, pas de GPS ni de téléphones satellites, seulement une carte routière, une boussole et l’immensité du désert. Le règlement était succinct, l’objectif principal étant la survie et l’arrivée à destination. À partir des années 1980, les constructeurs automobiles ont commencé à s’intéresser à la course, introduisant des technologies de pointe et transformant le Dakar en une compétition de haut niveau.

1. Rolls-Royce Corniche (1981) – L’extravagance à l’épreuve du désert

Le charme des premiers rallyes Dakar résidait dans leur diversité chaotique, où les amateurs passionnés étaient prédominants. Il n’était pas rare de voir des participants affronter les milliers de kilomètres de désert avec des véhicules construits de leurs propres mains, considérés comme le summum de la technologie, mais maintenus en état de marche grâce à leur ingéniosité et à leur détermination. Thierry de Montcorgé incarne parfaitement cette époque en prenant le départ du rallye avec une Rolls-Royce Corniche modifiée.

Rapidement, il est apparu que la Corniche n’était pas adaptée à la conduite tout-terrain. Montcorgé a donc construit un châssis basé sur un Toyota Land Cruiser, propulsé par un moteur Chevrolet V8, sur lequel la carrosserie de la Rolls-Royce a été installée. Malgré les tentatives de Rolls-Royce de stopper le projet par voie légale, le retrait des emblèmes a résolu le problème. Montcorgé a également trouvé des sponsors, notamment Christian Dior, qui lançait alors un parfum masculin appelé Jules. La voiture de course excentrique est devenue une surface publicitaire audacieuse, et est souvent surnommée « Jules ». Ce véhicule unique a été vendu aux enchères en décembre 2024 par la maison Aguttes pour près de 600 000 euros !

2. Lada Niva (1981) – La robustesse à l’Est

La Lada Niva était déjà présente lors du premier Dakar, mais c’est lors des éditions de 1981 et 1982 qu’elle a connu son apogée. En 1981, le duo Briavoine-Deliaire a terminé troisième au classement général, et un an plus tard, deuxième. Le secret de la Niva résidait dans son poids d’environ 1 100 kilos et sa technologie simple et facile à réparer. La version de course était équipée d’un moteur de 1,8 litre avec deux carburateurs Weber, développant environ 140 chevaux. La transmission intégrale permanente et le différentiel central verrouillable mécaniquement étaient d’origine, mais ont permis de surpasser des concurrents comme les Mercedes G et les Land Rover Defender.

3. Renault 20 Turbo 4×4 (1982) – Un triomphe amateur

La victoire de la Renault 20 Turbo 4×4 en 1982, pilotée par les frères Marreau, est considérée comme l’un des derniers moments romantiques du Dakar, avant que les grandes marques ne prennent le contrôle de la compétition. Ils ont prouvé qu’il était possible de construire une voiture gagnante dans un garage. Une simple Renault 20 familiale a été transformée avec une transmission intégrale et un moteur turbo de 130 chevaux. L’échappement spectaculaire, s’élevant au-dessus du toit, améliorait la profondeur de gué. Le moteur à essence de 1,6 litre était économique par rapport à ses concurrents, grâce à un réservoir de 200 litres. À titre de comparaison, la Rolls-Royce Corniche de Thierry de Montcorgé avait un réservoir de 332 litres.

4. Porsche 959 (1986) – L’arrivée de la technologie de pointe

Porsche a abordé le Dakar avec sérieux, transformant la 959 en une machine de course dédiée. En 1986, la 959 a dominé la compétition, remportant la première et la deuxième place avec René Metge et Jacky Ickx. Un moteur boxer biturbo de 2,85 litres développant 400 chevaux était associé à une transmission intégrale sophistiquée, le PSK (Porsche Steuer Kupplung), qui répartissait le couple entre les essieux grâce à un embrayage multidisque à commande hydraulique. La garde au sol réglable hydrauliquement permettait d’adapter la voiture aux différents terrains.

5. DAF TurboTwin (1987) – Le monstre de 10 tonnes

À la fin des années 1980, la catégorie camion du Dakar est devenue une course à l’armement sans limites. Les constructeurs pouvaient faire preuve d’une liberté totale en termes de poids et de performances. Le DAF TurboTwin, créé par Jan de Rooy en collaboration avec le constructeur DAF, en est l’exemple parfait. Il était équipé de deux moteurs diesel six cylindres en ligne de 11,6 litres, développant une puissance combinée de 1 200 chevaux.

La coordination des deux moteurs et boîtes de vitesses était un défi majeur. Le TurboTwin atteignait une vitesse de pointe de 210 km/h, comme en témoigne la célèbre séquence de 1988 où il a dépassé la Peugeot 405 T16 d’Ari Vatanen. Cependant, la course s’est tragiquement terminée en 1988 lorsque le TurboTwin s’est renversé à 180 km/h, tuant le navigateur Kees van Loevezijn. Suite à cet accident, DAF a abandonné son programme de sport automobile.

6. Peugeot 405 T16 (1988) – Héritage du Groupe B

Peugeot a compris que le Dakar était un outil de marketing mondial puissant. Sous la direction de Jean Todt, un programme d’usine a été lancé, donnant naissance à la Peugeot 205 T16 Grand Raid puis à la 405 T16, des dérivés des voitures de rallye du Groupe B adaptées au désert. Ari Vatanen a remporté le Dakar en 1989 et 1990 avec la 405, développant 400 chevaux à partir d’un moteur de 1,9 litre. La garde au sol réglable hydrauliquement permettait d’optimiser la hauteur de caisse en fonction du terrain.

7. Mitsubishi Pajero Evolution (années 2000) – Le maître japonais

Dans les années 2000, le Dakar est devenu une course de vitesse. Mitsubishi a créé la machine parfaite pour cela, le Pajero Evolution. Ce modèle, propulsé par un moteur essence V6 atmosphérique de 3,5 litres développant environ 280 à 300 chevaux, était fiable et performant même dans les conditions les plus extrêmes. Le Pajero Evolution a remporté sept victoires au Dakar entre 2001 et 2007, avec des pilotes tels que Hiroshi Masuoka et Stéphane Peterhansel. Avec un total de 15 victoires, le Pajero est le modèle le plus titré de l’histoire du Dakar.

8. Hummer H3 (2006) – Le spectacle américain

Robby Gordon, star américaine du tout-terrain, a participé au Dakar en 2006 avec un véhicule spectaculaire : un Hummer H3 basé sur un châssis de Trophy Truck. Gordon a captivé le public avec son style de pilotage audacieux, prenant les virages sur deux roues et survolant les dunes. Bien que considéré comme un spectacle, Gordon a terminé troisième du Dakar en 2009.

9. Kamaz 4326 (2007) – La domination russe

L’arrivée du camion de course Kamaz-4326 a marqué un tournant dans le Dakar. Les ingénieurs russes ont construit une machine robuste et performante, qui a dominé la catégorie camion dans les années 2010. Vladimir Chagin a remporté le Dakar avec ce modèle en 2010 et 2011, avant d’être relayé par Eduard Nikolayev (2013, 2017, 2018, 2019) et Andrei Karginov (2014, 2020). Le Kamaz était équipé de moteurs diesel puissants, d’une transmission sophistiquée et d’un châssis robuste, capable d’absorber les chocs les plus violents. Il pouvait transporter jusqu’à 1 000 litres de carburant, lui permettant de parcourir de longues distances sans ravitaillement.

10. Audi RS Q e-tron (2022) – L’ère électrique

Le Dakar actuel est dominé par les prototypes de voitures de course, comme les Ford Ranger, Toyota Hilux et Dacia. Audi a marqué l’histoire en remportant le Dakar en 2024 avec une propulsion électrique, l’Audi RS Q e-tron. Cette voiture innovante combine un moteur thermique à essence avec un système électrique, offrant une puissance de près de 400 chevaux. La victoire d’Audi a marqué une étape importante dans l’électrification du sport automobile. Cependant, Audi a ensuite décidé de se concentrer sur la Formule 1 et a abandonné son programme Dakar.

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