Publié le 6 novembre 2025 à 16h04. Le nouveau film « Nuremberg », porté par Russell Crowe et Rami Malek, revisite le procès historique des dirigeants nazis, non pas comme un drame judiciaire, mais comme une exploration psychologique troublante de la nature du mal et de sa banalité.
- Le film se concentre sur les entretiens entre Hermann Göring et le psychologue de l’armée américaine, le lieutenant-colonel Douglas Kelley, chargés de déterminer l’aptitude mentale du dirigeant nazi à être jugé.
- « Nuremberg » explore l’idée que la capacité à commettre des atrocités n’est pas propre à l’Allemagne nazie, mais inhérente à toutes les sociétés humaines.
- Sorti à un moment où les idéologies d’extrême droite refont surface, le film rappelle l’importance de tirer les leçons de l’histoire et de rester vigilant face à la montée des nationalismes.
Le procès de Nuremberg, qui s’est tenu du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, a marqué une étape cruciale dans l’établissement des principes du droit international et de la lutte contre l’impunité des crimes contre l’humanité. Soixante-dix-huit ans après, alors que les slogans et les symboles nazis réapparaissent dans divers pays, le film de James Vanderbilt arrive à point nommé pour rappeler les dangers de l’intolérance et de la haine.
Contrairement aux précédentes adaptations cinématographiques qui se concentraient sur les aspects juridiques du procès, « Nuremberg » adopte une approche plus introspective. Le film, inspiré de l’ouvrage de non-fiction de Jack El-Hai, « Le nazi et le psychiatre », plonge au cœur de la psyché de Hermann Göring (Russell Crowe), commandant en chef de la Luftwaffe et bras droit d’Adolf Hitler, et de son interrogateur, le lieutenant-colonel Douglas Kelley (Rami Malek). Kelley, jeune psychologue ambitieux, est fasciné par la question du mal et cherche à comprendre ce qui pousse des individus ordinaires à commettre des actes d’une barbarie inouïe.
« Et si nous pouvions disséquer le mal ? Qu’est-ce qui différencie les Allemands de nous ? »
Douglas Kelley, psychologue de l’armée américaine
Dans son livre, Kelley tirait la conclusion que les nazis jugés, dont Göring, n’étaient pas des psychopathes, mais plutôt des individus narcissiques et ambitieux, capables de cruauté. Il mettait en garde contre l’idée que la capacité à commettre des atrocités était une spécificité allemande, soulignant qu’elle pouvait se manifester dans toutes les sociétés, y compris les États-Unis.
C’est cette idée que le réalisateur James Vanderbilt cherche à explorer dans « Nuremberg ». Le film, malgré sa réalisation soignée et les performances impressionnantes de ses acteurs, peine cependant à convaincre. Il apparaît comme un divertissement de prestige qui privilégie le spectacle à la profondeur, l’esthétique à la substance.
L’interprétation de Russell Crowe, bien que remarquable, tend à magnifier la figure de Göring, le présentant comme un personnage charismatique et manipulateur plutôt que comme un homme ordinaire rendu monstrueux par l’idéologie nazie. La production, luxueuse et méticuleuse, contraste de manière troublante avec l’horreur des événements qu’elle dépeint. À un moment clé, le réalisateur choisit de montrer de véritables images des camps de concentration, mais ces scènes, bien que poignantes, ne parviennent pas à insuffler au film la gravité et l’urgence qu’il mérite.
Le film se distingue par son approche visuelle, mais il est éclipsé par d’autres œuvres qui ont abordé le sujet de l’Holocauste avec plus de subtilité et de profondeur, comme « La Zone d’Intérêt » de Jonathan Glazer, dont la mise en scène naturaliste et dépouillée amplifie la monstruosité banale de la Shoah.
Le film rappelle également l’importance de la justice internationale, mais souligne en creux les limites de la Cour pénale internationale, qui peine à empêcher les atrocités commises dans le monde, notamment en Ukraine et à Gaza.
« Nuremberg » n’échoue pas par manque de talent, mais par manque de conviction. Les questions qu’il soulève sur la responsabilité, la complicité et la fragilité de la justice internationale sont plus pertinentes que jamais. Pourtant, malgré son raffinement et sa puissance, le film reste prisonnier de la salle d’audience, se contentant de recréer l’histoire sans vraiment en tirer les leçons.
Rédigé par : [Nom de l’éditeur]