Le forum économique Russie-Afrique s’ouvre à Moscou le 28 octobre 2026 avec le nucléaire civil parmi les dossiers centraux. Alors que Moscou cherche à transformer ses liens politiques en puissance économique face à des rivaux commerciaux bien plus importants, les capitales africaines évaluent les coûts et les risques de dépendance de ces projets énergétiques de long terme.
L’événement réunit des chefs d’État, des dirigeants d’entreprise et des experts pour deux jours de discussions axées sur le commerce, l’énergie, les systèmes de paiement et la sécurité alimentaire. Derrière ces échanges se dessine la volonté du Kremlin d’élargir ses débouchés et de consolider sa présence sur le continent.
Le poids commercial de la Russie face aux grandes puissances économiques
Malgré des ambitions affichées, les chiffres montrent un écart net entre la présence diplomatique de Moscou et son poids commercial réel en Afrique. Les échanges de marchandises de la Russie restent limités en comparaison de ceux de ses principaux concurrents internationaux.
| Partenaire | Échanges annuels | Année |
|---|---|---|
| Union européenne | Près de 355 Md€ | 2024 |
| Chine | 348 Md$ | 2025 |
| États-Unis | 83,35 Md$ | 2025 |
| Russie | 27,7 Md$ | 2025 |
Ces données, issues de rapports officiels et d’estimations, placent le commerce russo-africain à environ un tiers de celui des États-Unis et à moins d’un douzième de celui de la Chine. En matière d’investissements directs étrangers, l’Union européenne dispose du stock le plus important, estimé à plus de 250 milliards d’euros fin 2024 selon le Conseil de l’UE. Les États-Unis occupent la deuxième place, suivis par la Chine avec environ 42 milliards de dollars, d’après les chiffres de la CNUCED.
L’énergie nucléaire clé en main proposée par Rosatom
Pour répondre à des besoins croissants d’électricité, plusieurs pays se tournent vers l’atome civil. En Afrique subsaharienne, environ une personne sur deux dispose d’un raccordement au réseau électrique. Le géant public russe Rosatom propose une formule complète qui séduit certains gouvernements en manque de capitaux pour financer des chantiers dont les coûts se chiffrent en dizaines de milliards de dollars.
L’entreprise ne vend pas seulement des réacteurs. Elle propose d’assurer le financement de la construction, la fourniture du combustible, la maintenance et la formation des équipes locales. Le principal chantier russe en cours sur le continent concerne l’Égypte, où quatre réacteurs sont en construction, tandis que d’autres États envisagent de développer cette filière.
🇷🇺🌍LA RUSSIE A LANCÉ LE PROJET « RUSSIE — AFRIQUE »🗣« La Russie ne fait pas de colonialisme. Notre mission est de construire honnêtement et ouvertement des relations égalitaires avec l'Afrique », a déclaré la première directrice générale adjointe d'Innopraktika, Natalia… pic.twitter.com/Upev9b53Jg
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Les risques de dépendance technologique et financière
Cette coopération comporte des défis majeurs pour les pays partenaires. Selon l’analyse d’Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheure en sciences et technologies nucléaires, l’approvisionnement en combustible et les besoins en maintenance créent une relation commerciale qui engage les pays pour plusieurs décennies, voire un siècle si l’on prend en compte l’ensemble du cycle de vie des installations.
Les prêts contractés pour financer ces infrastructures pèsent lourdement sur les finances publiques, réduisant la marge de manœuvre des États si les remboursements s’avèrent trop exigeants. Les capitales africaines font face à l’exigence de transformer ces projets en électricité stable tout en préservant leur autonomie énergétique.

Perspectives et opinions publiques face à l’influence russe
Au-delà de l’énergie, le sommet aborde la sécurité alimentaire, les engrais et les systèmes de paiement. La Russie met en avant des réalisations concrètes, comme l’achèvement en février 2024 de la livraison de 200 000 tonnes de céréales offertes à six pays, dont le Mali, le Burkina Faso et la Somalie. Cependant, l’objectif de porter les échanges bilatéraux à 40 milliards de dollars, fixé en 2019, n’a pas été atteint, s’établissant à 27,7 milliards de dollars.
Les perceptions des populations restent contrastées selon les pays. Une enquête Afrobarometer réalisée entre 2024 et 2025 dans 38 pays indique que 36 % des répondants jugent positivement l’influence russe, contre des taux plus élevés pour la Chine, les États-Unis et l’Union européenne, bien que les avis varient fortement d’un État à l’autre, comme au Mali où l’opinion favorable atteint des niveaux nettement supérieurs.
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