Home SantéSet point et métabolisme : le véritable obstacle à la perte de poids selon la science

Set point et métabolisme : le véritable obstacle à la perte de poids selon la science

by Sophie Martin

Publié le 19 octobre 2024 08h00:00. La quête de la perte de poids est souvent frustrante, marquée par des cycles de régimes et de reprise de poids. Selon un chirurgien bariatrique, cette difficulté ne relève pas d’un manque de volonté, mais d’un système biologique complexe qui régule le poids.

  • Le corps possède un « point de consigne » de poids, activement défendu par le cerveau.
  • Les régimes restrictifs peuvent entraîner une diminution du métabolisme basal et une reprise de poids.
  • La génétique joue un rôle important, mais l’environnement et l’alimentation sont des facteurs déterminants.

La plupart des personnes qui tentent de perdre du poids par des régimes stricts se heurtent à une réalité décourageante : les kilos perdus reviennent, souvent avec un surplus. Cette spirale infernale ne serait pas le signe d’un manque de détermination, mais bien le résultat d’un mécanisme biologique complexe, selon le Dr Andrew Jenkinson, chirurgien bariatrique.

Lors d’une récente conversation sur le podcast ZOÉ, le Dr Jenkinson a présenté les dernières découvertes concernant le métabolisme et le concept de « point de consigne », expliquant pourquoi les régimes conventionnels échouent si souvent et proposant des alternatives fondées sur des preuves scientifiques. Il a déconstruit l’idée reçue selon laquelle la perte de poids dépend uniquement de la force de volonté et de l’équilibre calorique.

« La croyance selon laquelle perdre du poids est simplement une question de volonté est un mythe néfaste. »

Dr Andrew Jenkinson, chirurgien bariatrique

L’expert a souligné que la perception dominante, partagée par le grand public et certains milieux médicaux et politiques, est simpliste. En réalité, des mécanismes de rétroaction et l’homéostasie entrent en jeu, le corps utilisant ces processus pour protéger son poids.

Le « point de consigne » du poids corporel est une fourchette établie et activement maintenue par le cerveau, notamment par l’hypothalamus. Ce « thermostat interne » est influencé par des facteurs génétiques, épigénétiques et environnementaux, et tend à maintenir le poids dans une certaine limite. Lorsqu’une personne tente de réduire ce poids par un régime et de l’exercice, le corps réagit en générant des signaux de faim, de fatigue et en ralentissant le métabolisme, facilitant ainsi la reprise de poids, comme si une sorte d’élastique résistait à tout effort.

Le Dr Jenkinson a précisé que la génétique pourrait influencer jusqu’à 70 % du risque de développer une obésité, mais que l’expression de ces gènes est modulée par l’environnement et l’alimentation.

Des recherches sur des jumeaux élevés dans des environnements différents ont mis en évidence une concordance frappante de leur poids adulte, confirmant le rôle des gènes. Cependant, l’exposition aux aliments transformés et au stress, caractéristiques de la vie moderne, activent cette prédisposition génétique de manière significative. L’exemple de la famine aux Pays-Bas a montré que la malnutrition maternelle peut programmer épigénétiquement la descendance vers un risque accru d’obésité et de diabète.

Le métabolisme basal, responsable d’environ 70 % de la consommation énergétique quotidienne (due à des fonctions vitales comme la respiration et la circulation sanguine), est également un facteur clé. Ce composant varie et s’adapte en réponse à une réduction calorique. Si une personne restreint considérablement son apport alimentaire, le métabolisme basal diminue également, rendant la perte de poids durable plus difficile. « Le métabolisme agit comme un variateur qui empêche la perte de poids », a expliqué le chirurgien.

Le contrôle de l’appétit et de la satiété dépend d’hormones telles que la leptine, qui informe l’hypothalamus des réserves énergétiques. Normalement, un taux élevé de leptine diminue l’appétit et stimule les dépenses énergétiques. Cependant, le régime occidental, riche en sucres et en glucides raffinés, augmente l’insuline et provoque une résistance à la leptine. Dans ces conditions, le cerveau perd sa sensibilité à la satiété, entraînant une sensation de faim persistante et un ralentissement métabolique, comparable à une jauge à essence défectueuse qui ignore que le réservoir est plein.

Des études cliniques et des expériences sur des animaux ont démontré que les régimes restrictifs et les cycles yo-yo peuvent augmenter de façon permanente le point de consigne, rendant la perte de poids durable plus ardue. Une expérience menée en Norvège sur des rongeurs a révélé que les individus soumis à des régimes hypocaloriques alternés avec des périodes de suralimentation prenaient finalement plus de poids que ceux nourris avec un régime occidental régulier, malgré une consommation calorique totale identique.

« Un régime yo-yo peut en fait augmenter votre point de consigne, vous rendant plus lourd à long terme. »

Dr Andrew Jenkinson, chirurgien bariatrique

Face à ce constat, le Dr Jenkinson préconise une approche axée sur la qualité et les habitudes alimentaires, plutôt que sur le simple comptage des calories. Il recommande en premier lieu d’éliminer le sucre pendant au moins un mois pour réduire l’insuline et permettre à la leptine de fonctionner correctement. Il suggère ensuite d’éviter les collations, de se limiter à trois repas par jour et d’accepter une sensation de faim temporaire comme faisant partie du processus. Enfin, il préconise d’éliminer les aliments transformés et de privilégier une alimentation traditionnelle, riche en viande, en poisson, en légumes et en produits laitiers.

Il souligne également l’importance d’une alimentation consciente, en prêtant toute son attention à l’expérience alimentaire, et de limiter le temps consacré aux repas, en se concentrant sur une fenêtre de 6 à 8 heures par jour. Il conseille de réduire l’apport en glucides en dessous de 100 grammes par jour et de privilégier la gestion du stress et un sommeil de qualité.

En conclusion, le Dr Jenkinson estime que comprendre la biologie du poids corporel est essentiel pour lutter contre l’obésité. Il met en garde contre le maintien d’approches basées sur la volonté et la restriction calorique, qui selon lui, ne peuvent offrir que des solutions limitées. Seules l’éducation et les politiques régulant l’environnement alimentaire, notamment en ce qui concerne les aliments ultra-transformés, permettront une transformation réelle et durable contre l’obésité.

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