Publié le 28 décembre 2025 à 11h47 (heure de La Mecque). Des opérations militaires discrètes menées par les États-Unis dans les Caraïbes et ailleurs révèlent une stratégie complexe visant à contrer le trafic de drogue et à exercer une pression sur des pays producteurs de pétrole, notamment le Venezuela, la Russie et l’Iran, en utilisant une flotte navale clandestine.
- L’armée américaine a annoncé la capture de 26 individus soupçonnés de terrorisme au cours de plusieurs opérations au cours des derniers mois.
- Une « flotte fantôme », composée de navires commerciaux anciens et opérant en dehors du cadre légal international, est utilisée pour contourner les sanctions et transporter du pétrole.
- Des tensions croissantes en mer Baltique et en Méditerranée, avec des incidents impliquant des drones et des navires de cette flotte, signalent une escalade des conflits régionaux.
Les opérations militaires américaines dans les Caraïbes prennent une nouvelle dimension, allant des raids contre des trafiquants de drogue à la surveillance et à la saisie de pétroliers vénézuéliens. Le Commandement Sud de l’armée américaine a fait état de la capture de 26 « terroristes de sexe masculin » entre le 5 et le 22 décembre, mais ces actions s’inscrivent dans un contexte plus large de déploiement naval américain dans la région, incluant deux porte-avions.
Un élément troublant de cette stratégie est l’omission des opérations menées par la Garde côtière américaine, qui ont abouti à la prise de contrôle de trois pétroliers transportant d’importantes cargaisons de pétrole vénézuélien. Ces navires opèrent dans le cadre de ce qu’on appelle la « flotte fantôme », un réseau complexe de navires commerciaux anciens qui contournent les sanctions internationales.
Le terme « flotte fantôme » désigne un réseau de navires commerciaux et pétroliers anciens, souvent immatriculés dans des pays offrant une réglementation laxiste comme le Panama ou le Liberia, qui opèrent en dehors des cadres juridiques internationaux. Ces navires changent fréquemment de pavillon et sont souvent détenus par des sociétés écrans enregistrées dans des zones de libre-échange, rendant difficile le traçage de leur propriété et de leurs activités.
Selon Jennifer Parker, spécialiste du droit maritime à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie,
« Découvrir qui possède ces navires et qui les assure est extrêmement difficile car parfois, ils mélangent le pétrole, ce qui rend difficile de retracer son origine pour éviter les sanctions. »
Jennifer Parker, spécialiste du droit maritime
Née en Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022 et des sanctions internationales qui ont suivi, la flotte fantôme russe transporte désormais environ 3,7 millions de barils de pétrole par jour, générant entre 87 et 100 milliards de dollars de revenus annuels, selon une étude de Forbes datée du 20 décembre 2025 et une analyse du Centre d’études stratégiques et internationales.
L’Iran et le Venezuela ont également adopté cette stratégie pour contourner les sanctions. La forte demande de pétrole en Chine et en Inde a accentué la nécessité de trouver des moyens informels de transport, faisant de la flotte fantôme un choix stratégique pour ces pays.
Les tensions s’intensifient également dans d’autres régions. En mer Noire, des drones ukrainiens ont attaqué un navire de la flotte fantôme russe le 19 décembre, à 1 500 kilomètres de l’Ukraine. Fin novembre, les services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient déjà frappé deux pétroliers russes sanctionnés, le Kairos et le Firat, au large des côtes turques. En mer Baltique, des incidents impliquant des drones non identifiés ont perturbé le trafic aérien en Allemagne, en Pologne et au Danemark, suscitant des inquiétudes quant à l’implication de la Russie.
L’Allemagne a signalé des survols de drones au-dessus de bases militaires et d’infrastructures critiques, tandis que d’autres pays européens ont également fait état de vols suspects. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à la création d’un « mur de surveillance » pour contrer ces menaces.
Dans le cas du Venezuela, l’administration Trump a imposé un blocus aux pétroliers sanctionnés, qualifiant le régime de Nicolás Maduro d’« organisation terroriste ». Lors de la saisie d’un premier pétrolier le 10 décembre, Donald Trump a déclaré :
« Nous le garderons », ajoutant que le pétrole pourrait être utilisé dans la réserve stratégique de son pays.
Donald Trump, ancien président américain
Selon des données de S&P Global et des services de renseignement ukrainiens, l’Inde est la principale destination du pétrole russe de contrebande, important environ 5,4 millions de tonnes entre janvier et septembre 2025. La Chine suit avec environ 15 % de la production mondiale. La marine suédoise a également confirmé la présence de militaires russes à bord de pétroliers de la flotte fantôme en mer Baltique.



