L’influence croissante de la politique sur les décisions en matière de santé publique aux États-Unis compromet l’efficacité du département de la Santé et des services sociaux (HHS), selon une analyse récente. Des experts plaident pour une réforme structurelle, envisageant de transformer le HHS en une agence indépendante, à l’instar de la Réserve fédérale, afin de garantir une approche plus scientifique et moins partisane.
Un rapport du Government Accountability Office (GAO), publié en décembre dernier, met en évidence une augmentation du nombre de postes de direction clés au sein des agences du HHS occupés par des personnes nommées pour des raisons politiques. Cette tendance s’est manifestée jusque dans les processus techniques, comme l’examen hebdomadaire de la morbidité et de la mortalité du CDC. Le GAO a constaté que le HHS disposait de peu de mécanismes pour se protéger de cette ingérence.
Le HHS est actuellement tenu de soumettre son budget, ses réglementations et ses communications avec le Congrès à l’approbation du Bureau de la gestion et du budget de la Maison Blanche (OMB). Le GAO suggère que des comités de leadership et de conseil, une culture d’intégrité scientifique, la révision par les pairs et des procédures claires pourraient atténuer l’influence politique. Cependant, l’agence ne s’est pas prononcée sur l’indépendance de la Food and Drug Administration (FDA).
L’idée d’une agence de santé indépendante n’est pas nouvelle. Il y a vingt ans, le Dr Arnold Relman, ancien rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, proposait la création d’une «Agence nationale de soins de santé» hybride, public-privé, sur le modèle de la Réserve fédérale. En 2016, six anciens commissaires de la FDA, dont quatre nommés par des présidents républicains, ont également recommandé de rendre la FDA indépendante, afin de garantir une prise de décision fondée sur des preuves scientifiques solides et une plus grande transparence.
Les critiques soulignent que la politisation de la santé publique a des conséquences concrètes. Le HHS est resté silencieux sur des questions cruciales telles que la prévalence des abus sexuels sur les enfants, malgré les scandales impliquant Jeffrey Epstein et l’ancien président de la Chambre des représentants, Dennis Hastert. De plus, l’American Medical Association (AMA) n’a pas révoqué le prix Nathan Davis 2006, décerné pour des contributions à la santé publique, malgré les controverses associées à son lauréat. Le rapport du HHS n’a pas non plus abordé la réforme de Medicaid, un programme qui assure les soins de santé d’environ la moitié des enfants aux États-Unis.
Par ailleurs, certains experts déplorent le manque de considération accordée aux travaux de penseurs influents tels qu’Arrow, Canguilhem, Farmer, Foucault, Illich, Marmot, Starfield et Virchow dans les débats sur la politique de santé. Ils estiment que cette absence de réflexion théorique contribue à une approche de plus en plus déconnectée des réalités et des enjeux de santé publique. Le lobby des soins de santé a dépensé 650 millions de dollars l’année dernière, ce qui soulève des questions sur l’influence des intérêts particuliers sur les décisions politiques.
Selon David Introcaso, consultant en recherche et politique de santé, la situation actuelle est alarmante. Il souligne que les coupes budgétaires dans les programmes Medicaid et Medicare, combinées à des incidents tels que la fusillade survenue au CDC et les sept mois d’«obliquité morale» du HHS, témoignent d’une dérive sans précédent. Il suggère que le leadership actuel, incapable d’apprécier l’œuvre de Richard Hofstadter, s’engage dans une nouvelle phase d’anti-intellectualisme, adoptant une attitude désinvolte face aux enjeux de santé publique.
