Home Technologie et scienceSur le calcul du volume, livre III de Solvej Balle — une méditation magistrale sur le temps

Sur le calcul du volume, livre III de Solvej Balle — une méditation magistrale sur le temps

by Thomas Caron

Publié le 14 novembre 2024. L’écrivaine danoise Solvej Balle captive la critique avec le troisième tome de sa septologie ambitieuse, Sur le calcul du volume, une exploration philosophique et existentielle du temps et de la présence, traduite en français par Sophia Hersi Smith et Jennifer Russell.

  • Le roman suit Tara Selter, une libraire rare, piégée dans une boucle temporelle du 18 novembre.
  • L’œuvre aborde des thèmes tels que l’isolement, la recherche de sens et les préoccupations environnementales.
  • Le livre a été sélectionné pour le Prix international du livreur 2025 et a reçu le prestigieux Prix de littérature du Conseil nordique.

Solvej Balle, fascinée dès son plus jeune âge par la complexité du temps, notamment à travers l’œuvre de James Joyce et son Ulysse, explore avec originalité les limites de la perception et de l’expérience humaine. L’idée de ce roman en boucle temporelle germe chez l’auteure depuis 1987, mais a trouvé un écho particulier avec le contexte mondial de 2020, alors que le monde était figé dans une forme d’immobilisme pandémique.

Au cœur de l’intrigue se trouve Tara Selter, une marchande de livres rares installée dans le nord de la France. Elle se réveille chaque matin pour revivre le 18 novembre, une situation qui la sépare progressivement de son mari, Thomas, face à l’incommensurable fossé entre leurs réalités. Initialement, Tara cherche une faille dans le système pour rompre la boucle, mais finit par s’adapter à cette existence hors du temps, explorant le monde tout en restant ancrée au même point de départ.

« Nous nous réjouissons de l’acuité d’attention de Tara – d’autant plus convaincante que notre propre capacité de concentration est en chute libre. »

Commentaire de la rédaction

Le tome II se terminait sur un suspense, Tara attendant dans un café un certain Henry Dale, un sociologue norvégien partageant la même condition. Le tome III, traduit par Sophia Hersi Smith et Jennifer Russell, reprend l’histoire là où elle s’était arrêtée. Après plus de trois ans passés à revivre le même jour, Tara exulte : « J’ai rencontré quelqu’un qui se souvient ». Leur rencontre offre un « petit choc mental » de reconnaissance mutuelle et les pousse à emménager ensemble.

Leur dialogue permet à Balle, diplômée en philosophie, de développer des réflexions profondes sur l’existence. Henry, initialement obsédé par la productivité, réalise que ses efforts sont vains dans cette boucle temporelle, acceptant avec soulagement une forme de « table rase » où le progrès et l’ambition n’ont plus de sens. Tara, quant à elle, déplore l’avenir qu’elle aurait pu avoir, les joies simples comme voir un jardin fleurir ou fonder une famille lui échappant.

Leur cohabitation est cependant de courte durée. Le désir de Henry de revoir son fils, vivant dans l’État de New York avec sa mère et son nouveau compagnon, le pousse à s’éloigner. Ils conviennent de se retrouver dans « cent » jours. L’absence d’Henry ravive chez Tara la nostalgie des « sons qui surgissent de la mémoire » de sa vie avec Thomas. Elle tente de renouer avec lui, mais sans succès, la distance accumulée par les innombrables jours passés séparés s’avérant insurmontable. « J’ai récupéré les sons, mais c’est tout », se lamente-t-elle. « Je n’ai pas récupéré Thomas. Je n’ai pas nos jours brumeux en arrière. J’ai les petits riffs matinaux des oiseaux, le bruit de la pluie. »

Présenté sous forme de journal intime, Sur le calcul du volume est une méditation sur le temps et la présence. L’attention soutenue de Tara, capable de redécouvrir des nuances dans des expériences répétées, contraste avec notre propre difficulté à nous concentrer dans un monde saturé d’informations. Elle prend plaisir à réécouter les mêmes concerts, percevant à chaque fois de nouveaux détails : « À chaque fois, d’autres sons : un instrument caché, une note qui se déploie en arrière-plan, un son marginal que je n’avais jamais entendu, un timbre inhabituel, un écho inattendu. » La qualité de la traduction, assurée par Barbara J Haveland pour les premiers tomes et par Sophia Hersi Smith et Jennifer Russell pour le troisième, est particulièrement remarquable, rendant la transition entre les livres imperceptible.

Couverture du livre Sur le calcul du volume de Solvej Balle, présentant une image floue d'un arbre en mouvement

L’œuvre aborde également des questions environnementales. Une réflexion sur la chute de l’Empire romain amène Tara à s’interroger sur l’épuisement des ressources et la fragilité de notre civilisation. Henry, plus pragmatique, se contente de changer d’hôtel lorsque le buffet du petit-déjeuner manque de confiture d’abricots, doutant de l’impact de ses choix individuels.

La deuxième partie du livre introduit de nouveaux personnages, dont Olga, une jeune militante à la recherche d’un autre homme pris au piège de la boucle temporelle, Ralf Kern, déterminé à changer le cours des événements. Leur préoccupation principale n’est pas la boucle elle-même, mais « tout le reste, le flux constant d’accidents et de tragédies, de blessés, de maladies et de malheurs, de cruauté, d’injustice et de pauvreté ». Ralf est obsédé par la prévention des accidents, tandis qu’Olga plaide pour un changement systémique.

Le tome III se conclut sur un nouveau suspense, avec l’arrivée inattendue de cinq autres personnes piégées dans la boucle du 18 novembre. Le quatrième tome, dont la parution est prévue en avril, promet d’élargir encore l’horizon, alors que le groupe tente de créer un mouvement social. « S’agit-il des prémices d’une civilisation alternative ? » interroge le communiqué de presse. L’avenir nous le dira.

Sur le calcul du volume, tome III par Solvej Balle, traduit par Sophia Hersi Smith et Jennifer Russell. Faber & Faber, 12,99 £ / Nouvelles Directions, 15,95 $, 208 pages

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