Home DivertissementThe Oak and the Larch by Sophie Pinkham review – are Russia’s forests the key to its identity? | History books

The Oak and the Larch by Sophie Pinkham review – are Russia’s forests the key to its identity? | History books

by Antoine Girard

La Russie abrite une forêt immense, bien plus vaste que l’on ne l’imagine : avec 642 milliards d’arbres, elle dépasse en nombre les 200 milliards d’étoiles de notre galaxie, la Voie lactée. Une nouvelle étude, menée par Sophie Pinkham, explore l’influence profonde de cet écosystème sur l’identité russe, son histoire et sa culture.

De la toundra arctique à l’Asie centrale en passant par l’océan Pacifique, la forêt russe est un territoire à la fois magnifique et impitoyable. Source de richesses – fourrures, minerais, rivières poissonneuses – elle a également été, à travers les siècles, un lieu de résistance et de débats idéologiques sur l’autonomie du pays. L’historienne Sophie Pinkham, professeure de littérature comparée à l’université Cornell, décrypte dans son ouvrage comment les différentes stratégies d’exploitation de cette ressource naturelle ont façonné le paysage russe, oscillant entre déforestation et reforestation selon les priorités politiques.

La forêt russe a souvent été un champ de bataille, au sens propre comme au sens figuré. Des invasions mongoles du XIIIe siècle au conflit actuel en Ukraine, la connaissance du terrain forestier a été déterminante pour le succès ou l’échec des opérations militaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les partisans y ont trouvé un allié précieux, dissimulant leurs actions et sabotant les lignes d’approvisionnement allemandes. On estime qu’ils ont aidé à faire échapper jusqu’à 25 000 Juifs dans les bois.

L’œuvre de Pinkham rend également hommage à la manière dont les artistes et les écrivains russes ont interprété la forêt. Pouchkine y voyait des sociétés montagnardes idéalisées dans le Caucase, tandis que Tolstoï, dans Guerre et Paix, décrit une épiphanie vécue face à un chêne : « Il réalisa qu’il devait vivre plus comme une forêt – en interconnexion avec tous les êtres qui l’entourent, donnant et recevant. » Le cinéaste Andreï Tarkovski, quant à lui, a immortalisé des arbres aux allures spectrales et quasi-divines dans ses films.

Au milieu du XIXe siècle, des intellectuels et des écrivains se sont mobilisés pour protester contre la déforestation et défendre l’émancipation des serfs, deux causes étroitement liées. Des figures colorées, comme l’activiste environnemental Andreï Khristoforov, tatoué de motifs complexes et se considérant lui-même comme un arbre, ou la famille Lykov, un groupe religieux ayant vécu isolé dans la taïga pendant des décennies, illustrent la diversité des relations que les Russes entretiennent avec leur forêt.

L’auteure décrit avec précision la faune locale : un lynx « danse sur le bord d’un bateau à moteur, ses oreilles touffues bougeant au son de l’eau et du bruissement des arbres » ; des jeunes loups, « maigres, aux grands yeux innocents, grignotent des feuilles, de l’écorce et se mordillent les uns les autres ». La forêt murmure, chante, produit de la musique, chuchote.

La structure du livre, bien que riche en détails, peut parfois sembler décousue, avec des transitions abruptes, notamment dans les premiers chapitres. Il s’agit davantage d’une promenade dans les bois qu’un chemin direct. La narration, par nature, est parfois répétitive : la forêt offre toujours une combinaison de nourriture et de danger, de liberté et d’enfermement.

Malgré la crise climatique – un incendie de forêt en 2021 a ravagé une superficie deux fois supérieure à celle de l’Irlande (70 265 km²) – la forêt russe se montre remarquablement résiliente, capable de surmonter les guerres, les interventions humaines et même les catastrophes nucléaires. La zone d’exclusion de Tchernobyl a ainsi connu un phénomène de renaturation, accueillant aujourd’hui des bisons, des lynx et des ours. Pinkham suggère qu’il est peut-être illusoire d’appliquer une échelle de temps humaine à cet écosystème : un chêne peut vivre plus de 1 000 ans, surpassant ainsi la durée de toute dynastie despotique. « Savez-vous combien de Poutine il y a eu de notre vivant ? » s’interroge un activiste cité dans le livre. « Entrez dans la forêt, cachez-vous, ne sortez pas la tête et attendez. »

Le Chêne et le Mélèze : une histoire forestière de la Russie et de ses empires de Sophie Pinkham est publié aux éditions William Collins (25 £).

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