« Un programme qui promet de préserver notre niveau de vie sans expliquer avec quelle énergie, quels matériaux et quels travailleurs il compte le faire n’est pas encore un programme : c’est une promesse. » C’est sur cet avertissement de Jean-Marc Jancovici, président de The Shift Project, que le groupe de réflexion publie un plan d’action de 288 pages vendu 15,90 euros aux éditions Odile Jacob, à six mois de l’élection présidentielle de 2027, pour orienter la campagne sur les réalités physiques et énergétiques en plaidant pour une sortie organisée des énergies fossiles.
Le Shift Project livre un plan robuste pour l’économie française
Fondé par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, le think tank s’adresse d’abord aux citoyens et aux électeurs, estimant selon le journal Le Monde que le champ politique reflète imparfaitement et avec retard ce qui se passe dans la société civile. L’ouvrage intitulé Réussir à l’ère des crises : Un plan robuste pour l’économie française, disponible en librairie depuis le 14 octobre 2026, entend peser directement dans le débat public. L’approche repose sur la notion de robustesse, un concept emprunté à l’ingénierie qui désigne la capacité d’un système à fonctionner en toutes circonstances, qu’il s’agisse d’un train à grande vitesse, d’une centrale nucléaire ou d’un avion de ligne, quelles que soient les perturbations extérieures ou intérieures.
Pour les auteurs, la décarbonation relève d’un impératif de protection économique et de souveraineté pour s’affranchir de la dépendance aux importations, alors que l’Union européenne importe plus de 95 % de son pétrole et près de 90 % de son gaz selon les chiffres du rapport, face aux bouleversements de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine, du blocage du détroit d’Ormuz, des conséquences du changement climatique et du choc pétrolier et gazier de cette année.
L’électrification massive et la souveraineté énergétique
Remplacer les chaudières à gaz ou au fioul par des pompes à chaleur ou substituer des véhicules thermiques par des voitures électriques protège directement les ménages contre la volatilité des prix des hydrocarbures, d’autant que 45 % des logements dépendent encore du gaz ou du fioul. Élaboré après des discussions menées avec des centaines, voire des milliers de professionnels, le document présente des propositions concrètes réparties sur une quinzaine de secteurs, allant de l’industrie aux puits de carbone en passant par le sport, le logement, la santé et la défense. Le premier levier, qualifié de nerf de la guerre par Clément Caudron, consiste à électrifier massivement les usages dans les transports, le chauffage et l’industrie.

Cette transformation doit s’appuyer sur une production d’électricité bas-carbone combinant la prolongation du parc nucléaire, la construction de nouveaux réacteurs et le déploiement des énergies renouvelables, faisant passer la consommation annuelle d’électricité de 450 à 700 térawattheures dans des scénarios jugés sobres.
Les propositions incluent également d’augmenter la part du train dans les voyages longue distance et le transport de marchandises, de développer les transports en commun et la pratique du vélo, ainsi que de réduire la part de l’aérien.
Des choix difficiles sur les usages et les ressources
La France produit moins de 20 % de l’énergie dont elle a besoin, ainsi que le relève la responsable communication du Shift Project, Ilana Toledano, pour appuyer les constats précis du rapport. Le document insiste sur la maîtrise de la consommation d’énergie et la priorisation des usages essentiels face à des ressources limitées en électricité, en eau ou en métaux.
Le groupe assume l’absence d’une évaluation financière globale du plan, préférant raisonner en termes de flux physiques d’énergie, de matières premières et de main-d’œuvre. Face aux 19 % d’émissions nationales attribuées au secteur agricole, le projet suggère de restreindre la taille des troupeaux de bovins, de généraliser la culture de légumineuses pour l’alimentation humaine et animale tout en enrichissant les terres, de soutenir un essor maîtrisé de la méthanisation génératrice de biogaz, tout en dotant la pêche d’une trajectoire écoresponsable et les producteurs de moyens d’action suffisants.

Un programme qui promet de préserver notre niveau de vie sans expliquer avec quelle énergie, quels matériaux et quels travailleurs il compte le faire n’est pas encore un programme : c’est une promesse.
Jean-Marc Jancovici, président de The Shift Project
Les équipes du Shift Project poursuivent leurs consultations auprès des acteurs de terrain, des élus et des formations politiques en vue de l’échéance électorale de 2027, prolongeant les travaux antérieurs de l’organisation où chaque proposition doit répondre à des questions incontournables sur sa réalisation concrète.