Publié le 2023-11-27 14:35:00. La télévision publique valencienne, À Punt, est au cœur d’une polémique après le lancement d’une nouvelle émission de débat et des modifications de sa ligne éditoriale, dénoncées par les mouvements féministes comme une tentative de minimiser la violence de genre et de légitimer des discours réactionnaires.
- Le retour de Toni Cantó à À Punt, avec une émission axée sur la remise en question du féminisme, est perçu comme un signal fort de la nouvelle orientation politique de la chaîne.
- Des changements dans le livre de style d’À Punt, notamment la suppression du chapitre sur les violences sexistes, suscitent l’inquiétude quant à la protection des victimes et à la lutte contre les discours négationnistes.
- Les associations féministes valenciennes dénoncent une stratégie visant à éroder les droits des femmes et à normaliser des opinions d’extrême droite.
Le débat sur le féminisme, relancé par la télévision publique valencienne, prend une tournure préoccupante. Toni Cantó, figure controversée connue pour ses positions conservatrices, a fait son retour à À Punt en inaugurant une nouvelle émission intitulée Le débat. L’angle choisi pour lancer les discussions ? La prétendue « crise du féminisme », un thème régulièrement mis en avant par des acteurs politiques et médiatiques qui ont bâti leur réputation sur la contestation des droits fondamentaux.
L’émission diffusée vendredi dernier se voulait un espace de pluralité, mais en réalité, elle a mis en avant des voix critiques envers le mouvement féministe. La question posée – le féminisme est-il brisé, est-il allé trop loin, y a-t-il des fausses accusations ? – a été présentée comme neutre, mais elle visait en réalité à légitimer des arguments réactionnaires et à semer le doute sur les avancées en matière d’égalité des sexes.
La composition du panel d’invités pour la première de l’émission en dit long sur les intentions de la chaîne. Était-on face à un débat équilibré ou à une plateforme pour diffuser l’agenda du nouveau gouvernement valencien ? Parmi les participants figuraient Élisabeth Duval, philosophe et écrivaine trans, face à Pilar Rodriguez Losantos, présidente de OK Journal, une publication connue pour ses campagnes contre la loi trans et contre les victimes de violences sexistes. Xelo Álvarez, présidente de l’association Alanna, et le journaliste Maria Claver, défenseur des positions conservatrices, complétaient le tableau.
L’espace dédié aux confrontations a permis au journaliste Pilar Tamayo de donner la parole à Pedro Herrero, présenté par l’émission comme un « défenseur de la famille traditionnelle qui se dit faminazi », une étiquette ironique qui, selon les observateurs, constitue un cadeau de propagande pour l’extrême droite. D’autres invités, comme Lucie Etxebarria, qui rejette ouvertement la loi trans, et Juan Soto Ivars, auteur d’un livre sur les « fausses allégations » sans preuves empiriques, ont contribué à renforcer le message d’une prétendue crise féministe, diffusé pendant les heures d’audience maximale de la télévision publique.
Depuis le 20 octobre, le mouvement féministe valencien dénonce une dérive éditoriale d’À Punt. La réduction du traitement de la violence de genre dans le livre de style, la diminution de la perspective de genre et la suppression des recommandations sur l’utilisation d’un langage inclusif ont conduit à une vague de démissions de journalistes, auxquels la clause de conscience a été reconnue. Ces démissions ne sont pas le fruit du hasard, mais une réaction professionnelle face à une situation alarmante.
Les associations féministes ont clairement exprimé leur inquiétude :
« Décaféiner les principes d’égalité, c’est institutionnaliser le déni. »
Coordinatrice Féministe de Valence
La suppression du chapitre spécifique sur le traitement informatif des violences sexistes dans le livre de style est particulièrement préoccupante, dans un contexte où 65 femmes ont été assassinées en 2023 en Espagne, selon les données du ministère de l’Égalité. Cette suppression est perçue comme un geste à l’impact politique énorme, qui démantèle un guide essentiel pour protéger les victimes, les journalistes et les citoyens contre les discours manipulateurs.
La Coordinatrice Féministe de Valence a même affirmé que le nouveau livre de style viole la législation nationale et régionale sur l’égalité et la violence à l’égard des femmes. Le nom de Toni Cantó, une figure politique caméléon, revient dans ce contexte, symbolisant la transformation d’À Punt en un laboratoire idéologique.
La question se pose : à qui profite ce changement ? Pourquoi À Punt efface-t-elle la perspective de genre, réhabilite-t-elle des discours scientifiquement démentis et donne-t-elle une tribune aux voix qui soutiennent l’architecture argumentative de l’extrême droite ? La réponse est claire : il s’agit d’une stratégie plus large visant à éroder les droits des femmes au sein des institutions, à normaliser le négationnisme et à se draper dans un faux manteau de pluralité.
Le message est simple et dangereux : si le féminisme est en crise, alors il est légitime de remettre en question ses acquis, de réduire les droits et d’ouvrir la porte à ceux qui mentent sur les victimes. La télévision publique ne devrait pas être le vecteur de ce message, mais c’est malheureusement le cas. Et tandis qu’À Punt affirme se contenter de « refléter la rue », elle reflète en réalité les forces qui commandent désormais et les discours qu’elles cherchent à imposer.
