Publié le 14 novembre 2023. La Lituanie, comme d’autres pays baltes, est confrontée à un déclin démographique alarmant, qui soulève des questions sur l’avenir de la nation et de son identité.
- Selon les projections d’Eurostat, la Lituanie pourrait perdre près de la moitié de sa population d’ici 2100 si les tendances actuelles se maintiennent.
- Le taux de natalité lituanien, l’un des plus bas d’Europe, s’élève à seulement 1,03 enfant par femme en âge de procréer.
- Des personnalités lituaniennes, dont le philosophe Arvydas Juozaičius, mettent en garde contre les conséquences d’une perte d’idéalisme et d’attachement à la patrie.
La baisse du taux de natalité en Lituanie est devenue une préoccupation nationale majeure. Avec une population actuelle de 2,89 millions d’habitants, le pays craint de suivre le destin de communautés disparues comme les Courlandais, les Jotvingiens ou les Prussiens. Les chiffres d’Eurostat sont sans appel : sans migration, la Lituanie ne compterait plus que 1,49 million d’habitants en 2100, soit une perte de 47,7 % de sa population actuelle. La Lettonie et l’Estonie seraient également lourdement touchées, avec des pertes respectives de 43,5 % et 43,2 %.
Ce déclin démographique n’est pas propre à la Lituanie. D’autres pays, comme la Corée du Sud (0,84 enfant par femme) et Taïwan (0,75), affichent des taux de natalité encore plus faibles. À l’inverse, le Tadjikistan (3,26) et Israël (2,89) présentent des taux de natalité plus élevés. Globalement, la tendance est à la baisse dans la plupart des pays du monde, à l’exception notable du Portugal.
La question de la conciliation entre maternité et carrière est au cœur du débat. Pourtant, des exemples lituaniens montrent qu’il est possible de mener une vie politique active tout en élevant des enfants. Kazimiera Danuta Prunskienė, ancienne Première ministre, a élevé trois enfants tout en poursuivant une carrière scientifique et politique. Au sein du Seimas actuel, plusieurs parlementaires sont parents de familles nombreuses, comme Viktorija Čmilytė-Nielsen (quatre fils) et Vaida Aleknavičienė (deux fils et deux filles).
La députée Lilija Vaitiekūnienė, mère de trois enfants, souligne l’importance du soutien familial et professionnel :
« Bien sûr, j’ai un assistant masculin qui m’aide dans ces domaines. Maintenant, c’est plus facile, car mes deux enfants plus âgés sont adultes et il ne me reste plus qu’un enfant de 5 ans, qui nécessite plus de soins et d’attention. J’ai une belle-mère formidable qui habite à proximité et les sœurs de mon mari m’aident également beaucoup. Bien sûr, les enfants plus âgés aident aussi beaucoup. »
Lilija Vaitiekūnienė, députée au Seimas
Elle ajoute qu’il est possible de concilier engagement politique et maternité, mais que cela nécessite de l’aide et du soutien.
Le philosophe et écrivain Arvydas Juozaičius, quant à lui, met en garde contre un phénomène dangereux, longtemps ignoré :
« Trop peu d’attention a été accordée par le gouvernement de l’État et trop de libertés occidentales qui ne reconnaissent pas la nation et la famille ont été promues. Et cela donne déjà des résultats : les gens ne vivent que pour le présent et l’idéalisme, en tant que partie intégrante de la vie, s’est évaporé. Mais sans idéalisme, la vie n’a aucun sens. Après tout, les enfants sont la manifestation de cet idéalisme. »
Arvydas Juozaičius, philosophe et écrivain
Il estime que le refus d’avoir des enfants peut être considéré comme une forme d’autodestruction, une négation de ses gènes et de son passé. Il critique également une certaine conception de la liberté, qu’il juge individualiste et déconnectée des valeurs familiales et nationales. Il rejette l’idée que la peur d’une guerre imminente puisse justifier une baisse de la natalité, soulignant que d’autres pays en situation de conflit affichent des taux de natalité élevés.
M. Juozaičius s’inquiète également de l’impact de l’immigration sur l’identité lituanienne. Il met en garde contre le risque de voir la population lituanienne remplacée par des étrangers, et insiste sur la nécessité de promouvoir l’idéalisme et l’amour de la patrie. Il déplore que la notion de famille soit parfois remise en question, même par la Cour constitutionnelle.
Selon lui, la survie de la Lituanie dépend de sa capacité à retrouver un sens de l’idéalisme et de l’attachement à ses racines. Il appelle à des mesures concrètes pour encourager la natalité, notamment en soutenant les familles nombreuses.

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