L’administration Trump lève des droits de douane de 50 % sur neuf catégories de produits canadiens, incluant des équipements agricoles essentiels et du matériel d’emballage. Annoncée par la sénatrice Susan Collins, cette décision intervient en pleine campagne électorale pour le Sénat américain, alors que les tensions commerciales et les contre-tarifs pèsent lourdement sur l’économie.
Une pause tarifaire ciblée à l’approche des élections de mi-mandat
L’administration américaine a publié une proclamation présidentielle confirmant le retrait des taxes punitives de 50 % sur plusieurs marchandises en provenance du Canada. Sont particulièrement concernés par ces exemptions le contreplaqué, les machines industrielles, divers articles en papier, les équipements frigorifiques ainsi que les boîtes et caisses d’emballage.
Les observateurs, notamment cités par le rapport du Wall Street Journal, indiquent que cette révision réglementaire cherche à soutenir les élus républicains en difficulté dans les États frontaliers.
Les pressions des producteurs du Maine et les exemptions agricoles
Afin d’obtenir gain de cause, la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, a multiplié les interventions auprès du représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, ainsi que du secrétaire au Commerce, Howard Lutnick. Elle a fait valoir que ses agriculteurs dépendaient d’intrants transfrontaliers impossibles a remplacer rapidement sur le marché intérieur.
En contrepartie de ces exemptions sur les myrtilles, les pommes de terre, les pommes et les algues, Washington a toutefaux confirmé l’imposition de ces mêmes tarifs de 50 % sur d’autres marchandises canadiennes, telles que des valves, des tapis et certains déchets.
I am pleased to have secured additional tariff exemptions products crucial to Maine’s agricultural industries, including blueberry, potato, apple, and seaweed producers.Many of our farmers and growers rely on specialized equipment, packaging materials, and other products from…
Le fardeau macroéconomique et les négociations bilatérales
Cette récalibration intervient alors que le Bureau de la directrice parlementaire du budget (BDPB) au Canada a publié une évaluation alarmante sur les répercussions des mesures protectionnistes. Selon la note d’évaluation des perspectives économiques, le taux tarifaire effectif moyen appliqué par les États-Unis aux importations en provenance du Canada était passé de 5,9 % à 5,3 % en juin 2026.
Depuis le début de l’année 2025, le cadre d’échange entre les deux voisins a connu un bouleversement considérable. Les liens économiques sont passés d’un accès sans barrières tarifaires sous l’égide de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) à un système fragmenté par des surtaxes sectorielles. Des secteurs stratégiques comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre ont subi des ondes de choc successives. En mars 2025, le président Donald Trump a d’abord établi des prélèvements de 25 % sur le métal canadien, avant de doubler la mise à 50 % dès le mois de juin suivant. Par la suite, le recours à la section 338 de la loi tarifaire Smoot-Hawley a permis de viser d’autres articles, touchant des domaines aussi variés que la pâte à papier, les produits laitiers, l’électronique, le vin ou les bâtons de hockey.

Face à cette offensive, Ottawa a répliqué par des mesures de rétorsion d’une ampleur comparable. Des contre-tarifs ont été mis en place sur un volume équivalent d’importations en provenance des États-Unis, grevant l’acier, les appareils électroménagers, le matériel agricole et les produits forestiers. Les répercussions de ce bras de fer se font sentir de manière inégale à travers les provinces. Au deuxième trimestre de 2026, les ventes québécoises de marchandises vers les États-Unis n’atteignaient que 92 % de leur volume de 2024. En comparaison, la Colombie-Britannique maintenait ses livraisons à 99 %, l’Ontario progressait à 105 % et l’Alberta affichait une hausse de 111 %, largement soutenue par la bonne santé de son secteur énergétique qui a échappé aux foudres de Washington.
À l’échelle nationale, les prévisions de l’institution budgétaire soulignent que la note globale demeurera lourde. En plus de ponctionner le produit intérieur brut, ces barrières douanières réduisent les bénéfices des entreprises de près de 9 % en moyenne chaque année et exercent des pressions à la hausse sur l’inflation. Les répercussions se traduisent également par une augmentation constante du ratio de la dette au PIB canadien au cours du quinquennat à venir. Du côté des exportateurs, l’incertitude pèse lourd. Jack Ogilvy, président de Ogilvy Equestrian, un fabricant de tapis de selles pour chevaux, a témoigné de la difficulté de maintenir les volumes alors que la hausse des taxes contraint sa clientèle américaine à faire face à des prix revus nettement à la hausse, un tapis de 95 $ atteignant désormais 145 $. Alors que les exportations canadiennes vers le reste du monde ont progressé de 51 % en août 2026 par rapport à leur moyenne mensuelle de 2024, les flux vers les États-Unis n’ont augmenté que de 10,5 % sur la même période.
Si cette guerre tarifaire devait perdurer, elle pourrait causer jusqu’à 185 000 pertes d’emploi au Canada et amputer le PIB de 1,4 % sur une période de cinq ans.
