Publié le 8 janvier 2026 à 08h52. Une vaste étude française révèle un lien possible entre la consommation élevée de certains conservateurs alimentaires et un risque accru, bien que modéré, de cancer, invitant à une réflexion sur la composition de nos assiettes.
- Une étude menée auprès de plus de 105 000 participants suggère une association entre certains conservateurs et un risque accru de cancer.
- Les conservateurs non-antioxydants, comme le sorbate de potassium et le nitrite de sodium, semblent être les plus préoccupants.
- Les chercheurs appellent à une réévaluation de la sécurité de ces additifs alimentaires par les agences de santé.
Les conservateurs alimentaires sont omniprésents dans notre alimentation moderne, prolongeant la durée de conservation des produits emballés que nous achetons quotidiennement. Si leur rôle est indéniable pour réduire le gaspillage et faciliter la distribution, leur impact potentiel sur la santé fait l’objet d’un débat de longue date. Une nouvelle étude française, publiée dans le British Medical Journal, apporte un nouvel éclairage sur cette question, suggérant une corrélation entre une consommation plus importante de certains conservateurs et une légère augmentation du risque de cancer.
L’étude, basée sur les données de l’étude de cohorte NutriNet-Santé, a suivi 105 260 adultes de plus de 15 ans (âge moyen de 42 ans, dont 79 % de femmes) entre 2009 et 2023. Les participants ont régulièrement renseigné leurs habitudes alimentaires grâce à des journaux alimentaires détaillés, et leur état de santé a été suivi via des questionnaires, des registres médicaux et des données de mortalité. Au total, 17 conservateurs ont été analysés, notamment l’acide citrique, les lécithines, les sulfites, l’acide ascorbique et le nitrite de sodium.
Au cours de la période de suivi, 4 226 participants ont reçu un diagnostic de cancer : 1 208 cancers du sein, 508 cancers de la prostate, 352 cancers colorectaux et 2 158 autres types de cancers. L’analyse a révélé que 11 des 17 conservateurs étudiés n’étaient pas associés à l’incidence du cancer, et qu’il n’y avait pas de lien global entre la consommation totale de conservateurs et le risque de développer un cancer. Cependant, une consommation plus élevée de certains conservateurs non-antioxydants – notamment le sorbate de potassium, le métabisulfite de potassium, le nitrite de sodium, le nitrate de potassium et l’acide acétique – était associée à un risque accru de cancer, en particulier chez les personnes ayant une consommation plus importante que les autres.
« Il ne s’agit pas d’établir une relation de cause à effet directe, mais une certaine cohérence se dégage entre la consommation de certaines substances et un risque accru de développement de tumeurs. »
Massimo Di Maio, président de l’Association italienne d’oncologie médicale (Aiom)
Plus précisément, les sorbates totaux, et en particulier le sorbate de potassium, étaient associés à une augmentation de 14 % du risque global de cancer et de 26 % du risque de cancer du sein. Les sulfites totaux étaient liés à une augmentation de 12 % du risque global de cancer, tandis que le nitrite de sodium était associé à un risque accru de cancer de la prostate de 32 % et le nitrate de potassium à un risque accru de cancer global (13 %) et de cancer du sein (22 %). L’acide acétique, quant à lui, était associé à une augmentation de 12 % du risque global de cancer.
Les chercheurs soulignent qu’il s’agit d’une étude observationnelle et qu’il n’est donc pas possible d’affirmer avec certitude qu’il existe un lien de causalité. D’autres facteurs non mesurés pourraient également avoir influencé les résultats. Néanmoins, ils notent que plusieurs de ces composés pourraient perturber les mécanismes immunitaires et inflammatoires, favorisant potentiellement le développement de tumeurs. Massimo Di Maio souligne que :
« Les conservateurs utilisés par l’industrie alimentaire sont soumis à des contrôles et à des autorisations, mais il faut reconnaître que des études de ce type ne sont jamais faciles à réaliser. La collecte des données est complexe et, jusqu’à présent, il manquait des preuves solides sur des populations aussi nombreuses. »
Massimo Di Maio, président de l’Association italienne d’oncologie médicale (Aiom)
Face à ces résultats, les chercheurs appellent à une réévaluation de la sécurité de ces additifs alimentaires par les agences de santé, en tenant compte du rapport bénéfice-risque entre la conservation des aliments et le risque oncologique. Ils suggèrent également d’envisager des limites d’utilisation plus strictes, des étiquettes plus claires et l’obligation de déclarer la teneur en additifs. En attendant, les experts rappellent qu’une alimentation équilibrée, privilégiant les produits frais et de saison, reste la meilleure prévention.
Une bonne règle consiste à privilégier les produits frais et de saison, et à limiter au maximum les aliments ultra-transformés. Planifier les repas, cuisiner à l’avance et simplifier les choix quotidiens peuvent également aider. Enfin, apprendre à lire les étiquettes est essentiel : plus la liste des ingrédients est courte, moins il y a de conservateurs. Ces produits ont souvent une durée de conservation plus courte, mais c’est aussi le signe d’une transformation industrielle moindre.