Publié le 13 novembre 2025 à 11h01. Un législateur taïwanais, visé par un mandat d’arrêt chinois pour ses positions en faveur de l’autonomie de Taïwan, a témoigné devant le Bundestag allemand sur les dangers de la désinformation, suscitant des inquiétudes quant à sa sécurité lors de ses déplacements à l’étranger.
- Puma Shen, député taïwanais, a alerté une commission parlementaire allemande sur les campagnes de désinformation menées par la Chine et la Russie.
- Pékin a inscrit Puma Shen sur une liste de personnes « recherchées » et l’accuse d’activités « liées à la sécession ».
- Le gouvernement taïwanais assure que son législateur est protégé lors de ses voyages à l’étranger et minimise le risque d’extradition.
Le député Puma Shen (沈伯洋) a pris la parole mercredi devant la commission des droits de l’homme et de l’aide humanitaire du Bundestag, dans le cadre d’une audition consacrée à la désinformation émanant des régimes autoritaires et à ses conséquences sur la démocratie et les droits fondamentaux. Selon les informations publiées par la chambre basse du parlement allemand, Shen était l’un des six experts invités à témoigner sur ce sujet crucial.
Après l’audience, le législateur a expliqué aux journalistes avoir été invité en tant que parlementaire taïwanais et spécialiste de la lutte contre la désinformation. Il a souligné l’impact des campagnes de désinformation chinoises, non seulement à Taïwan, mais également en Europe. Il a également mis en évidence le rôle de la Russie et de la Hongrie dans la diffusion de fausses informations sur le continent européen.
Shen s’est dit satisfait de l’attention croissante portée en Europe à la propagation de la désinformation et de la « guerre cognitive », tout en exprimant sa frustration face au manque de préoccupation similaire à Taïwan. Il a déclaré :
« Depuis très longtemps, la Chine déploie des actions coercitives pour tenter de faire taire les Taïwanais. Mais je suis ici devant le Bundestag et je prendrai bientôt la parole lors d’une audience en tant que législateur taïwanais. En tant que courageux Taïwanais, je ne reculerai jamais dans la peur. Je suis ici aujourd’hui pour sauvegarder non seulement la démocratie de Taiwan, mais aussi la démocratie et la liberté mondiales. »
Ancien professeur agrégé à l’Université nationale de Taipei, spécialisé dans la criminalité en col blanc, les campagnes de désinformation et la criminalité financière, Puma Shen a été inscrit sur la liste des personnes « recherchées » par la Chine. Selon l’agence de presse officielle chinoise Xinhua, il fait l’objet d’une enquête du Bureau municipal de la sécurité publique de Chongqing pour des allégations d’activités criminelles « liées à la sécession », notamment pour avoir créé une organisation de défense civile appelée Kuma Academy. Cette enquête s’inscrit dans le cadre des nouvelles directives pénales chinoises de 2024 visant à punir les « séparatistes indépendantistes de Taïwan ».
Dimanche dernier, un expert juridique chinois a déclaré à la chaîne de télévision CCTV, contrôlée par l’État, que Shen devrait être poursuivi par le biais d’Interpol et d’autres accords d’entraide judiciaire. Cette déclaration a suscité des inquiétudes à Taïwan quant à un possible arrêt et une extradition forcée vers la Chine si Shen voyageait à l’étranger.
Le ministre des Affaires étrangères taïwanais, Lin Chia-lung (林佳龍), a cependant assuré jeudi que Shen pouvait se rendre en Allemagne en toute sécurité, soulignant que tous les législateurs taïwanais bénéficient de la protection du ministère et de ses bureaux à l’étranger lors de leurs déplacements. Il a également rappelé que l’extradition d’une personne vers la Chine depuis un pays étranger n’est pas simple et nécessite une coopération judiciaire et un traité d’extradition, ainsi qu’un examen rigoureux de la demande par le pays hôte.
Selon le gouvernement taïwanais, la menace chinoise à l’encontre de Shen vise à créer une illusion de « juridiction au bras long » et à semer la division et la peur au sein de la population taïwanaise.
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