Publié le 13 janvier 2024 à 19h30. Le procès d’un ancien policier d’Uvalde, accusé de négligence lors de la fusillade de 2022, a repris lundi avec des témoignages poignants décrivant les instants de terreur vécus par les élèves et les enseignants. Ce procès, rare en son genre, pourrait établir une jurisprudence concernant la responsabilité des forces de l’ordre face à une crise.
- Un enseignant survivant a témoigné avoir vu le tireur entrer dans la salle de classe comme une « ombre noire » armée.
- Le procès se concentre sur les actions d’Adrien González, accusé de ne pas avoir agi pour arrêter le tireur dans les premiers instants de l’attaque.
- Les jurés ont visionné des images de vidéosurveillance montrant l’entrée du tireur dans l’école et les premières réactions des policiers.
Arnulfo Reyes, un enseignant qui a survécu à la tuerie de l’école primaire Robb à Uvalde, a décrit lundi devant le tribunal une scène d’horreur. Il a raconté avoir vu le tireur, Salvador Ramos, entrer dans sa classe, armé, et avoir prié pour que l’attaque cesse alors qu’il était abattu avec ses élèves. M. Reyes a reçu deux balles, une au bras et une dans le dos, et a affirmé avoir été pris pour cible par le tireur.
« J’ai regardé ma porte et c’est à ce moment-là que je l’ai vu… une ombre noire. L’ombre noire tenait une arme à feu. J’ai juste vu le feu sortir de l’arme »,
Arnulfo Reyes, enseignant survivant
Le témoignage de M. Reyes s’inscrit dans le cadre du procès d’Adrien González, un ancien policier des écoles d’Uvalde, accusé de 29 chefs d’accusation d’abandon ou de mise en danger d’enfants. Les procureurs soutiennent que M. González n’a rien fait pour neutraliser le tireur dans les premières minutes de l’attaque, qui a fait 19 morts parmi les élèves et deux enseignantes.
Avant le témoignage de M. Reyes, le tribunal a visionné des images de vidéosurveillance montrant Ramos entrant dans l’école et ouvrant le feu. Les images, jugées explicites, ont suscité des réactions contrastées chez les membres de l’audience. M. González, notamment, n’a montré aucune émotion visible, se contentant de se couvrir la bouche avec sa main au moment des premiers coups de feu.
Plus de 370 agents des forces de l’ordre, issus de différentes agences fédérales, étatiques et locales, étaient présents sur les lieux de la fusillade. Il a fallu plus d’une heure à une équipe tactique pour finalement entrer dans la salle de classe et abattre le tireur.
Les procureurs insistent sur le fait que M. González a manqué à son devoir de policier en ne tentant pas d’intervenir ou de distraire le tireur alors qu’il se trouvait encore à l’extérieur de l’école. Ils soulignent également qu’il a échoué à agir lorsque d’autres agents sont entrés dans l’école, mais ont dû battre en retraite sous le feu ennemi. Ils utilisent le bilan tragique à l’intérieur de la salle de classe comme preuve de l’incapacité de M. González à arrêter le tireur lorsqu’il en avait l’opportunité.
Lors de son interrogatoire, les procureurs ont présenté aux jurés les portraits de chaque enfant décédé et ont demandé à M. Reyes de lire leurs noms et de préciser s’ils avaient survécu ou non. M. Reyes a déclaré n’avoir rencontré un agent de la patrouille frontalière qu’une fois les tirs cessés.
Les avocats de la défense ont souligné, lors de leur contre-interrogatoire, que les portes extérieures de l’école, ainsi que la salle de classe de M. Reyes, étaient déverrouillées, en violation de la politique de sécurité de l’établissement. M. Reyes a affirmé croire que la porte de sa classe était verrouillée.
Le témoignage de M. Reyes doit se poursuivre mardi. Les premiers jours du procès ont été marqués par la diffusion d’appels d’urgence poignants, de témoignages d’enseignants terrifiés et du récit d’une mère dont la fille avait demandé à quitter l’école plus tôt ce jour-là. Les jurés ont également eu accès à des photos prises à l’intérieur de l’école, montrant l’ampleur de la tragédie.
Ce procès est considéré comme un cas rare où un policier est jugé pour avoir prétendument manqué à son devoir d’agir pour mettre fin à un crime et protéger des vies. Adrien González et l’ancien chef de la police des écoles d’Uvalde, Pete Arredondo, sont les seuls policiers impliqués dans l’intervention à faire face à des accusations. La date du procès d’Arredondo n’a pas encore été fixée.
