Home SantéUn expert met en garde contre l’impact des fringales sur la grossesse et ses conséquences métaboliques

Un expert met en garde contre l’impact des fringales sur la grossesse et ses conséquences métaboliques

by Sophie Martin

Les envies irrésistibles d’aliments gras et sucrés pendant la grossesse pourraient avoir des conséquences durables sur la santé des enfants à naître, allant de troubles métaboliques à des problèmes de comportement. Des recherches récentes mettent en lumière un mécanisme de programmation intergénérationnelle qui souligne l’importance d’une alimentation équilibrée pendant cette période cruciale.

Présentant ses travaux lors de la Rencontre Nationale sur l’Obésité 2025 à Tolède, organisée par la Société Espagnole de l’Obésité (SEEDO), Roberta Haddad, chercheuse à l’Institut de recherche biomédicale August Pi i Sunyer (IDIBAPS), a expliqué que ces fringales pourraient être une adaptation évolutive visant à assurer un apport énergétique suffisant pendant la grossesse, une période de fortes demandes métaboliques.

Son équipe a mené une étude sur un modèle animal qui a révélé une réorganisation fonctionnelle de la connectivité cérébrale chez les mères enceintes. Cette réorganisation affecte des éléments clés du circuit de récompense, notamment les neurones exprimant les récepteurs de la dopamine D2 dans le noyau accumbens. « Nous avons observé que cet ajustement neuroplastique augmente l’attrait des aliments très appétissants, facilitant ainsi des désirs de consommation fréquents et intenses », a précisé la chercheuse.

Au-delà de la simple physiologie, les fringales semblent également avoir une dimension cognitive et motivationnelle. « Les fringales ont une charge cognitive et motivationnelle, pas seulement physiologique, ce qui explique pourquoi nous recherchons des aliments spécifiques et pas seulement la nourriture en général », a-t-elle ajouté.

Les conséquences de ces fringales récurrentes chez la mère enceinte se traduisent, chez la progéniture, par un poids corporel plus élevé, des problèmes d’intolérance au glucose et une plus grande vulnérabilité aux troubles alimentaires et anxieux à l’âge adulte. Ces résultats suggèrent un mécanisme de programmation intergénérationnelle, où le comportement alimentaire de la mère influence l’environnement intra-utérin, potentiellement via des changements hormonaux, neuroendocriniens et neuronaux. Ces changements impactent ensuite les systèmes métaboliques et comportementaux du fœtus, prédisposant l’enfant à des troubles métaboliques et neuropsychiatriques.

Roberta Haddad a exprimé son inquiétude concernant la consommation d’aliments ultra-transformés pendant la grossesse, qui augmente le risque de surpoids et de diabète gestationnel, et pourrait nuire au développement cérébral du fœtus. Elle recommande donc de surveiller non seulement l’apparition des fringales, mais aussi la qualité des aliments consommés, leur fréquence et les éventuels signes d’un comportement alimentaire désordonné.

« Il est essentiel d’intégrer la compréhension des fringales dans les soins obstétricaux et nutritionnels, en promouvant une alimentation équilibrée qui protège la santé de la mère et du bébé », a conclu la chercheuse.

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