Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une molécule bien connue pour lutter contre l’hypertension artérielle pourrait avoir un effet inattendu : freiner la croissance de certaines tumeurs cancéreuses, selon des recherches récentes menées par l’Université de Pennsylvanie.
- L’hydralazine, un médicament antihypertenseur, bloque une enzyme clé impliquée dans l’adaptation des cellules cancéreuses à un environnement pauvre en oxygène.
- Des tests en laboratoire ont montré que l’hydralazine peut induire un état de sénescence dans les cellules de glioblastome, les empêchant de proliférer.
- Cette découverte ouvre la voie à une nouvelle stratégie thérapeutique, basée sur la réutilisation de médicaments existants, pour lutter contre les cancers agressifs.
Des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont mis en évidence un mécanisme surprenant : l’hydralazine, un vasodilatateur utilisé depuis des décennies pour traiter l’hypertension et la prééclampsie, pourrait posséder des propriétés anticancéreuses. L’étude, publiée dans la revue Science Advances, révèle que ce médicament agit sur l’enzyme 2‑aminoéthanethiol dioxygénase (ADO), un capteur d’oxygène essentiel à la survie des cellules dans des conditions d’hypoxie – un environnement pauvre en oxygène souvent rencontré au sein des tumeurs.
L’équipe dirigée par Megan Matthews a observé que l’hydralazine bloque l’activité de l’ADO. En traitant des cellules humaines de glioblastome, une forme particulièrement agressive de cancer du cerveau, avec de l’hydralazine, les chercheurs ont constaté que les cellules cessaient de se diviser après trois jours et entraient en état de sénescence. Contrairement à la mort cellulaire, la sénescence est un état où les cellules arrêtent de proliférer, ce qui pourrait ralentir la progression tumorale.
Cette découverte est d’autant plus intéressante qu’elle suggère qu’un médicament déjà approuvé et largement accessible pourrait avoir une seconde vocation thérapeutique. L’approche de repositionnement des médicaments (drug repurposing) vise à identifier de nouvelles applications pour des molécules existantes, réduisant ainsi les coûts et les délais de développement par rapport à la création de nouveaux traitements.
Bien que des études antérieures aient suggéré un lien entre certains médicaments antihypertenseurs et le cancer, les résultats étaient souvent contradictoires ou basés sur des observations corrélatives plutôt que sur une preuve thérapeutique solide. L’étude de l’Université de Pennsylvanie apporte une explication moléculaire plausible à cet effet potentiel.
Le glioblastome, en particulier, représente un défi thérapeutique majeur en raison de son agressivité et de son pronostic sombre. L’identification d’une nouvelle cible thérapeutique, comme l’ADO, pourrait ouvrir la voie à des stratégies de traitement complémentaires. De plus, cette recherche met en lumière l’interconnexion entre des domaines de la médecine traditionnellement considérés comme distincts – l’hypertension et le cancer – en soulignant le rôle du métabolisme cellulaire et de la réponse à l’oxygène dans le développement tumoral.
Il est important de souligner que les résultats actuels sont basés sur des expériences en laboratoire (in vitro). Aucun essai clinique chez l’homme n’a encore été mené pour évaluer l’efficacité et la sécurité de l’hydralazine dans le traitement du cancer. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer la dose optimale, les effets secondaires potentiels et l’interaction avec d’autres traitements oncologiques.
Ce médicament peut-il déjà être utilisé chez les patients atteints de cancer ?
Non. Les résultats sont prometteurs, mais pour l’instant, seules des études cellulaires ont été réalisées. Il n’existe pas de données cliniques solides confirmant l’efficacité de l’hydralazine comme traitement anticancéreux.
Quels types de cancer pourraient en bénéficier ?
L’étude s’est concentrée sur le glioblastome. Aucun effet n’a encore été démontré dans d’autres types de cancer dans le cadre de cette recherche spécifique.
Cela change-t-il l’utilisation de l’hydralazine pour l’hypertension ?
Pas nécessairement. Le traitement de l’hypertension se poursuit selon les protocoles actuels. Cette nouvelle application est encore en phase de recherche et ne remplace ni l’indication ni la prescription médicale initiale.
Quels sont les risques ou les limites possibles ?
Il est essentiel d’évaluer la dose optimale pour un effet antitumoral sans provoquer de toxicité cardiovasculaire, les interactions potentielles avec d’autres traitements oncologiques et la capacité du médicament à atteindre le cerveau. L’efficacité devra également être confirmée par des essais cliniques.
Les chercheurs prévoient de concevoir des médicaments plus sélectifs et plus puissants ciblant l’ADO, avec moins d’effets secondaires systémiques. Ils envisagent également de combiner ces nouvelles molécules avec les thérapies oncologiques existantes. Cette découverte, qui relie un traitement de l’hypertension à la lutte contre le cancer, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les patients.
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