Publié le 2025-12-02 11:03:00. Une nouvelle étude révèle que la douleur, les picotements et l’engourdissement souvent ressentis par les patients sous chimiothérapie pourraient être liés à une réaction immunitaire, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de prévention et de traitement.
- Une équipe de recherche a identifié un mécanisme moléculaire impliqué dans la neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie (CIPN).
- Un médicament déjà en essais cliniques pour le cancer pourrait également protéger les nerfs des effets secondaires de la chimiothérapie.
- Des analyses sanguines pourraient permettre d’identifier les patients à risque de développer une CIPN sévère.
La neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie (CIPN), caractérisée par des douleurs, des picotements et un engourdissement des mains et des pieds, est un effet secondaire particulièrement pénible pour de nombreux patients. Touchant jusqu’à la moitié des personnes traitées contre le cancer, elle peut contraindre à réduire les doses de chimiothérapie, voire à interrompre le traitement, compromettant ainsi l’efficacité des soins.
Des chercheurs de Weill Cornell Medicine et de la Wake Forest University School of Medicine ont mis en lumière un nouveau facteur contribuant à ce problème. Leur étude, récemment publiée dans la revue Science Translational Medicine, suggère que la CIPN ne serait pas uniquement due à des lésions nerveuses directes, mais également à une réponse de stress au sein des cellules immunitaires.
L’équipe, dirigée par le Dr Juan Cubillos-Ruiz et le Dr E. Alfonso Romero-Sandoval, s’est concentrée sur une voie de signalisation cellulaire appelée IRE1α – XBP1. Cette voie agit comme un système d’alerte moléculaire dans les cellules immunitaires, s’activant en situation de stress et pouvant amplifier l’inflammation. Les travaux antérieurs avaient déjà suggéré un rôle potentiel de cette voie dans la réponse immunitaire.
En utilisant un modèle murin reproduisant les lésions nerveuses observées chez les patients traités par taxanes (une classe de médicaments de chimiothérapie), les chercheurs ont constaté que le paclitaxel, un taxane couramment utilisé, induit les cellules immunitaires à produire de grandes quantités d’espèces réactives de l’oxygène (ROS), des molécules instables qui génèrent un stress cellulaire. Ce stress active alors la voie IRE1α, propulsant les cellules immunitaires dans un état inflammatoire exacerbé.
Ces cellules immunitaires activées migrent ensuite vers les ganglions de la racine dorsale, des structures nerveuses situées le long de la moelle épinière, où elles libèrent des substances inflammatoires. Ces médiateurs irritent et endommagent les fibres nerveuses, provoquant les symptômes caractéristiques de la CIPN : douleur, sensibilité accrue au froid et perte de sensibilité dans les extrémités.
L’étude a démontré que la désactivation génétique de la fonction IRE1α uniquement dans les cellules immunitaires réduisait considérablement l’inflammation induite par la chimiothérapie et atténuait les comportements liés à la douleur neuropathique chez les souris. De plus, l’administration d’un inhibiteur pharmacologique d’IRE1α, un médicament déjà en phase 1 d’essais cliniques pour le traitement de certains cancers, a permis de protéger les animaux contre les manifestations de type CIPN, préservant l’intégrité des terminaisons nerveuses.
Bien que ces médicaments soient encore expérimentaux et non approuvés pour la prévention de la neuropathie, le fait qu’ils soient déjà évalués en oncologie pourrait accélérer leur développement pour réduire les effets secondaires neurologiques de la chimiothérapie. Actuellement, les inhibiteurs d’IRE1α sont testés chez des patients atteints de tumeurs solides avancées, car une activité excessive de cette voie de stress peut également favoriser la croissance tumorale et la résistance aux traitements.
Les chercheurs ont également exploré la pertinence clinique de leurs découvertes en analysant des échantillons sanguins de femmes traitées au paclitaxel pour des cancers gynécologiques. Ces analyses ont révélé que les patientes qui ont développé une CIPN sévère présentaient une activation accrue de la voie IRE1α – XBP1 dans leurs cellules immunitaires circulantes, et ce, avant même l’apparition des premiers symptômes. Cette « signature » précoce suggère la possibilité de développer des tests sanguins prédictifs pour identifier les patients à risque et mettre en place des mesures préventives avant que des lésions nerveuses ne se produisent.
Si ces résultats sont confirmés par des essais cliniques à plus grande échelle, ils pourraient ouvrir la voie à des stratégies neuroprotectrices pendant la chimiothérapie, permettant aux patients de poursuivre un traitement optimal sans subir les conséquences d’une neuropathie débilitante à long terme.
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