Publié le 22 décembre 2025 à 19h05. Des chercheurs japonais ont identifié une bactérie intestinale présente chez la rainette du Japon capable d’éradiquer complètement les tumeurs colorectales chez la souris, ouvrant des perspectives prometteuses dans la lutte contre le cancer.
- Une souche d’Ewingella americana, isolée de la rainette du Japon, a démontré une efficacité remarquable contre le cancer colorectal chez la souris.
- Cette bactérie agit à la fois en détruisant directement les cellules tumorales et en stimulant la réponse immunitaire de l’organisme.
- Les premiers résultats de sécurité sont encourageants, mais des études supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir envisager des essais cliniques chez l’homme.
L’équipe de recherche de l’Institut avancé des sciences et technologies du Japon (JAIST) s’est penchée sur le microbiote intestinal d’amphibiens et de reptiles, en partant de l’observation que ces animaux semblent moins susceptibles de développer des tumeurs spontanées que les mammifères. Cette résistance pourrait être liée à la présence de micro-organismes spécifiques dans leur intestin, capables de protéger contre le cancer. L’hypothèse est que ces microbes pourraient contenir des souches thérapeutiques intéressantes.
Les chercheurs ont ainsi isolé et cultivé 45 souches bactériennes provenant de rainettes du Japon (Dryophytes japonicus), de tritons japonais à ventre de feu (Cynops pyrrhogaster) et de lézards japonais (Takydromus tachhydromoides). Un criblage systématique a révélé que neuf de ces souches possédaient une activité antitumorale, l’E. americana, issue de la rainette, se distinguant par son efficacité particulièrement élevée.
Contrairement à de nombreuses approches actuelles en oncologie qui visent à moduler indirectement la communauté bactérienne intestinale, cette étude s’est concentrée sur l’administration directe de souches bactériennes isolées aux tumeurs. Dans un modèle de cancer colorectal chez la souris, une seule injection intraveineuse d’E. americana a permis d’éliminer complètement les tumeurs chez tous les animaux traités, atteignant un taux de réponse complète de 100 %. Ce résultat est supérieur à celui obtenu avec des traitements standards, tels qu’un inhibiteur de point de contrôle immunitaire ciblant le PD-L1 et la doxorubicine liposomale.
Plus surprenant encore, les souris ayant été traitées avec la bactérie et ensuite exposées à de nouvelles cellules cancéreuses n’ont pas développé de nouvelles tumeurs, suggérant l’acquisition d’une mémoire immunitaire durable. Cet aspect, qui nécessite d’être confirmé par des études plus approfondies, indique que la bactérie pourrait stimuler une réponse immunitaire à long terme contre le cancer.
Les chercheurs ont observé que l’E. americana, un anaérobie facultatif, se concentre préférentiellement dans les zones hypoxiques typiques des tumeurs solides. Après administration, la concentration bactérienne dans les tumeurs a augmenté d’environ 3 000 fois en une journée, sans colonisation significative d’autres organes sains. Mécaniquement, la bactérie endommage directement les cellules tumorales tout en activant le système immunitaire, notamment en augmentant l’infiltration de lymphocytes T, de lymphocytes B et de neutrophiles, ainsi que la production de cytokines inflammatoires telles que le facteur de nécrose tumorale alpha et l’interféron gamma.
Les tests de sécurité menés sur des souris ont montré que la bactérie est rapidement éliminée de la circulation sanguine (demi-vie d’environ une heure) et qu’il n’y a plus de bactéries détectables dans le sang environ un jour après l’administration. La réponse inflammatoire observée est transitoire et se résorbe en quelques jours. Une observation sur une période d’environ deux mois n’a révélé aucune toxicité chronique.
Bien que ces résultats soient prometteurs, ils restent précliniques. La sécurité observée chez la souris ne garantit pas la sécurité chez l’homme, et les thérapies bactériennes vivantes administrées par voie intraveineuse nécessitent des contrôles de fabrication, des études de dosage et une surveillance clinique rigoureuse avant toute application clinique. Les chercheurs envisagent désormais d’évaluer l’efficacité de cette approche sur d’autres types de cancers, tels que le cancer du sein, le cancer du pancréas et le mélanome, et d’explorer des combinaisons avec des immunothérapies ou des chimiothérapies existantes.
L’étude, intitulée « Discovery and characterization of antitumor gut microbiota from amphibians and reptiles: Ewingella americana as a novel therapeutic agent with dual cytotoxic and immunomodulatory properties », a été publiée dans la revue Gut Microbes (DOI 10.1080/19490976.2023.2025259).
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Rédigé par Nare Hovhannisyan, MD
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