Publié le 10 novembre 2025 19h16. Un rapport alarmant révèle que les peuples autochtones et les communautés locales, gardiens essentiels des forêts tropicales, sont confrontés à une pression industrielle croissante qui menace les objectifs mondiaux de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biodiversité.
- Près d’un milliard d’hectares de forêts tropicales vitales sont protégés par les peuples autochtones et les communautés locales.
- Des concessions industrielles couvrent déjà des millions d’hectares de terres autochtones en Amazonie, au bassin du Congo, en Indonésie et en Méso-Amérique.
- Le rapport appelle à une action urgente pour renforcer les droits territoriaux et garantir le consentement libre, préalable et éclairé des communautés concernées.
Les peuples autochtones et les communautés locales (PACL) sont en première ligne de la protection des forêts tropicales, mais leur rôle est de plus en plus menacé par l’expansion des activités industrielles, selon un nouveau rapport publié par l’Alliance mondiale des communautés territoriales (GATC) et Aperçu de la Terre. Le document, intitulé “Les territoires des peuples autochtones et les communautés locales en première ligne : cartographie des menaces et des solutions dans les plus grandes forêts tropicales du monde”, combine données géospatiales, témoignages communautaires et études de cas pour dresser un tableau inquiétant de la situation.
Le rapport, disponible en cinq langues, souligne que ces communautés protègent des forêts essentielles à la stabilité climatique et à la biodiversité, notamment en Amazonie, dans le bassin du Congo, en Indonésie et en Méso-Amérique. Ces régions abritent collectivement 35 millions de personnes autochtones et de communautés locales.
L’analyse révèle l’ampleur des empiétements industriels : en Amazonie, 31 millions d’hectares (12 %) des terres autochtones et communautaires sont occupés par des blocs pétroliers et gaziers, 9,8 millions d’hectares par des concessions minières et 2,4 millions d’hectares par l’exploitation forestière industrielle. Dans la région du Congo, 38 % des forêts communautaires sont situées à proximité de blocs pétroliers et gaziers, 42 % sont menacés par des projets miniers et 6 % subissent la pression de l’exploitation forestière. En Indonésie, 18 % (6 millions d’hectares) des territoires autochtones sont couverts par des concessions forestières, 5 % (1,6 million d’hectares) par des blocs pétroliers et gaziers et près d’un million d’hectares par des exploitations minières. Enfin, en Méso-Amérique, 18,7 millions d’hectares (17 %) des terres communautaires sont concernés par des concessions minières et 3,7 millions d’hectares par des concessions pétrolières et gazières.
Le rapport met également en lumière des zones particulièrement vulnérables, où des projets industriels et des infrastructures se chevauchent, menaçant à la fois les écosystèmes et les populations autochtones vivant en isolement volontaire. Parmi ces points chauds figurent le corridor Yavarí-Tapiche au Pérou et au Brésil, le Mato Grosso do Sul au Brésil et le nord des Moluques en Indonésie.
« Nos communautés restent résilientes et jouent un rôle essentiel dans la protection de vastes territoires traditionnels. Nous ne pouvons pas continuer si nos territoires, nos droits et nos moyens de subsistance restent menacés. »
Joseph Itongwa, Coordinateur Régional du REPALEAC en Afrique Centrale
Alors que la transition vers une économie plus verte est en marche, le rapport met en garde contre de nouvelles pressions exercées au nom de la « transition verte ». Les projets liés aux minéraux critiques et aux énergies renouvelables à grande échelle ciblent de plus en plus les terres autochtones, suscitant des craintes de répétition des erreurs du passé.
Pourtant, malgré leur faible représentation (moins de 5 % de la population mondiale), les peuples autochtones et les communautés locales protègent 54 % des forêts intactes restantes dans le monde et 43 % des zones clés pour la biodiversité. Ils reçoivent pourtant une part infime du financement climatique qui devrait être alloué à leur gestion.
Le rapport met également en avant des exemples de réussite, démontrant le leadership autochtone et local en matière de conservation. En Réserve de biosphère maya au Guatemala, les concessions forestières communautaires ont perdu seulement 1,5 % de leur couverture forestière en dix ans, soit sept fois moins que la moyenne nationale. En Colombie, 25 entités territoriales autochtones et communautaires en attente de reconnaissance formelle maintiennent intactes 99 % des forêts sur 36 % de l’Amazonie colombienne. Enfin, dans l’archipel Wallacea en Indonésie, les communautés de Gendang Ngkiong ont récupéré 892 hectares grâce à une cartographie participative et à une réforme juridique.
« Nous ne sommes pas une barrière de dernier recours ; nous sommes la racine vivante d’un avenir possible. »
Kleber Karipuna, coprésident du GATC et coordinateur exécutif de l’APIB (Articulation des peuples autochtones du Brésil)
Le rapport réaffirme les principes fondamentaux de la Déclaration de Brazzaville et les cinq exigences du GATC, qui définissent une voie allant de l’extraction à la régénération.
- Sécuriser les droits fonciers des peuples autochtones et des communautés locales.
- Garantir le consentement libre, préalable et éclairé (CLIP) pour tous les projets affectant leurs territoires.
- Assurer un financement direct aux initiatives menées par les communautés.
- Protéger les défenseurs de l’environnement et garantir la justice pour ceux qui sont menacés.
- Intégrer les connaissances traditionnelles dans les politiques mondiales et nationales.
Les auteurs appellent les gouvernements à aligner leurs politiques sur les priorités des peuples autochtones, les institutions financières à détourner les investissements des industries destructrices et les organisations internationales à passer d’une reconnaissance symbolique à une protection effective des droits et des territoires autochtones.
« Les preuves sont claires : sans une reconnaissance urgente des droits territoriaux et la protection des écosystèmes, les objectifs mondiaux en matière de climat et de biodiversité ne pourront être atteints. »
Florencia Librizzi, directrice adjointe d’Earth Insight
Les conclusions du rapport servent à la fois d’avertissement et de feuille de route. Alors que le monde se prépare à la COP30 à Belém, au Brésil, le message est clair : l’avenir de la planète dépend de la garantie des droits de ceux qui la protègent depuis le plus longtemps. La voie à suivre n’est pas celle de l’extraction, mais celle de la régénération, fondée sur le respect, la réciprocité et le partenariat avec les communautés qui entretiennent les forêts vivantes du monde.
