Publié le 14 janvier 2026. Les données de l’observatoire européen du climat confirment que les trois dernières années ont vu un dépassement sans précédent de l’objectif de 1,5 °C de réchauffement climatique fixé par l’Accord de Paris, une tendance inquiétante qui s’accompagne d’une multiplication des événements météorologiques extrêmes à travers le monde.
- 2025 a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée.
- Les températures mondiales moyennes sur les trois dernières années ont dépassé de plus de 1,5 °C les niveaux préindustriels.
- Les experts mettent en garde contre une accélération des phénomènes climatiques extrêmes et un dépassement possible de la limite de 1,5 °C d’ici la fin de la décennie.
Le service Copernicus sur le changement climatique de l’Union européenne a publié un rapport alarmant confirmant que la planète continue de se réchauffer à un rythme soutenu. Les données révèlent que 2025 s’inscrit dans la lignée des années les plus chaudes jamais mesurées, et que les températures moyennes des trois dernières années ont franchi un seuil critique : plus de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels (la moyenne des températures entre 1850 et 1900).
C’est la première fois que le réchauffement climatique dépasse ce seuil sur une période de trois ans. Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT), qui a publié ces résultats, tire la sonnette d’alarme. Son directeur général, Florian Pappenberger, qualifie la situation de « très préoccupante », soulignant que le changement climatique agit comme un facteur aggravant. Une atmosphère plus chaude retient davantage d’humidité, augmentant ainsi la probabilité de précipitations intenses et d’événements météorologiques extrêmes.
Selon le rapport, la température moyenne de l’air à la surface de la planète en 2025 était de 1,47 °C supérieure au niveau préindustriel, après un record de 1,6 °C en 2024, l’année la plus chaude jamais enregistrée.
Il y a dix ans, l’Accord de Paris sur le climat avait fixé un objectif ambitieux : limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, et idéalement en dessous de 1,5 °C. Le dépassement de cet objectif sur les trois dernières années est donc un signal d’alerte majeur. Cependant, Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique, nuance cette constatation :
« Cela ne signifie pas que l’Accord de Paris sur le climat a été violé. Il faudrait dépasser l’objectif de 1,5°C sur de nombreuses années encore, peut-être jusqu’à 20 ans. »
Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique
Néanmoins, il ajoute que, compte tenu du rythme actuel du réchauffement, la limite de 1,5 °C pourrait être atteinte d’ici la fin de la décennie, soit plus d’une décennie plus tôt que prévu lors de la signature de l’accord.
Selon Julien Nicolas, climatologue principal chez Copernicus, cette progression rapide vers la limite fixée par l’Accord de Paris est déjà perceptible dans la multiplication des événements climatiques extrêmes à travers le monde :
« D’une certaine manière, nous vivons déjà dans un monde à 1,5 degré où nous assistons chaque année à des événements climatiques extrêmes partout dans le monde. Même si 2025 n’a pas été une année record à l’échelle mondiale, nous avons constaté, et même avant 2023, que ces événements climatiques extrêmes se produisent dans le monde entier chaque année, chaque mois. »
Julien Nicolas, climatologue principal chez Copernicus
Ces événements extrêmes, souligne-t-il, sont non seulement plus fréquents, mais aussi plus intenses à mesure que le climat se réchauffe. L’Europe a particulièrement été touchée en 2025, avec de nombreuses vagues de chaleur et des émissions record dues aux incendies de forêt. Une vague de chaleur précoce en juin, avec des températures habituellement observées en juillet-août, a affecté une vaste zone allant du Royaume-Uni à la Grèce, tandis que des anomalies thermiques importantes ont été constatées dans les pays nordiques.
Samantha Burgess, responsable stratégique du climat au CEPMMT, insiste sur le fait que ce ne sont pas tant les tendances à long terme du changement climatique qui ont un impact direct sur les populations, mais plutôt les événements extrêmes qu’il provoque :
« Ce n’est pas tant la tendance à long terme du changement climatique qui a un impact sur les personnes et la nature. Ce sont plutôt les événements extrêmes qui provoquent ces impacts catastrophiques et dévastateurs sur les personnes et notre environnement. »
Samantha Burgess, responsable stratégique du climat au CEPMMT
Elle prévoit une augmentation de ces événements dans les années à venir, tant que les émissions de gaz à effet de serre ne seront pas maîtrisées et que l’objectif de neutralité carbone ne sera pas atteint. Le rapport met en évidence deux facteurs principaux expliquant les températures exceptionnellement élevées des trois dernières années : l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, due aux émissions continues liées aux combustibles fossiles et à la diminution de la capacité des puits de carbone naturels à absorber le dioxyde de carbone, et le réchauffement exceptionnel des températures de surface des océans, lié au phénomène El Niño et à d’autres facteurs de variabilité océanique amplifiés par le changement climatique.
Face à cette situation, le directeur du service Copernicus sur le changement climatique conclut qu’il est temps de se concentrer sur la gestion des conséquences inévitables du dépassement de la limite de 1,5 °C :
« Le choix qui s’offre désormais à nous est de savoir comment gérer au mieux l’inévitable dépassement et ses conséquences sur les sociétés et les systèmes naturels. »
Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique
