Publié le 19 décembre 2025 à 10h00. Une nouvelle étude suggère que la consommation régulière de fromage et de produits laitiers gras pourrait être associée à un risque réduit de démence, remettant en question les recommandations nutritionnelles traditionnelles sur les graisses saturées.
- La consommation quotidienne d’au moins 50 grammes de fromage (environ deux tranches de cheddar) est liée à un risque de démence inférieur de 10 % par rapport à une consommation inférieure à 15 grammes par jour.
- La consommation de crème sure entière (20 grammes, soit environ 1,3 cuillère à soupe) est également associée à une diminution du risque de démence.
- Les résultats de l’étude ne signifient pas que les graisses saturées sont bénéfiques, mais suggèrent que d’autres composants des produits laitiers pourraient jouer un rôle protecteur.
Des chercheurs ont mené une étude de longue haleine auprès de près de 28 000 adultes suédois, suivie pendant plusieurs décennies, pour examiner le lien entre la consommation de produits laitiers et le développement de la démence. Les participants ont détaillé leur régime alimentaire pendant une semaine, et leur état de santé a été suivi grâce aux registres nationaux suédois.
Les résultats, publiés dans la revue Neurology, montrent que les personnes consommant régulièrement du fromage et de la crème sure entière présentent un risque de démence légèrement inférieur. Patricia Chocano-Bedoya, médecin et épidémiologiste nutritionnelle à l’Université de Berne en Suisse, qui n’a pas participé à l’étude, souligne qu’il s’agit d’une des études les plus vastes et les plus longues sur ce sujet.
Ces découvertes interviennent alors que les recommandations nutritionnelles concernant les graisses saturées sont en pleine remise en question. Robert F. Kennedy Jr., le secrétaire américain à la Santé, a annoncé que les prochaines directives alimentaires fédérales, attendues début 2026, pourraient abandonner les conseils de limiter la consommation de graisses et d’aliments gras, et même « mettre l’accent sur la nécessité de les consommer ». Cette annonce suscite l’inquiétude de nombreux experts, craignant une augmentation des maladies cardiovasculaires.
Emily Sonestedt, épidémiologiste nutritionnelle à l’Université de Lund en Suède et principale auteure de l’étude, nuance ces résultats. Elle explique que les graisses saturées ne sont pas nécessairement bénéfiques, mais que d’autres éléments présents dans les produits laitiers pourraient compenser leurs effets potentiellement négatifs.
« Ces résultats ne signifient pas que les graisses saturées sont saines, mais plutôt que d’autres aspects de certains produits laitiers peuvent compenser les dommages potentiels des graisses. »
Emily Sonestedt, épidémiologiste nutritionnelle à l’Université de Lund
Cependant, les experts soulignent que cette étude ne démontre qu’une association, et non un lien de cause à effet. De plus, l’évaluation du régime alimentaire des participants n’a été effectuée qu’une seule fois, au début de l’étude, et il est possible que leurs habitudes alimentaires aient évolué au fil des décennies. Tian-Shin Yeh, médecin et épidémiologiste nutritionnel à l’Université médicale de Taipei à Taiwan, insiste sur la nécessité d’interpréter ces résultats avec prudence.
Deirdre K. Tobias, épidémiologiste au Brigham and Women’s Hospital de Boston, rappelle que les recherches suggèrent que les graisses insaturées, présentes dans l’huile d’olive, le poisson, les noix et les graines, sont associées à un risque réduit de maladies cardiovasculaires et de démence. Elle souligne également que de nombreuses études sur les produits laitiers gras ne tiennent pas suffisamment compte de l’ensemble du régime alimentaire des participants.
En conclusion, les chercheurs recommandent de ne pas modifier radicalement ses habitudes alimentaires en raison de cette étude. Ils suggèrent que le fromage, consommé avec modération, peut faire partie d’une alimentation équilibrée. Ils insistent toutefois sur l’importance d’adopter un régime riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes et graisses saines, comme le régime méditerranéen ou le régime MIND, pour préserver la santé du cerveau.