Home SantéUne étude confirme la progression des maladies chroniques chez les animaux et propose une approche globale

Une étude confirme la progression des maladies chroniques chez les animaux et propose une approche globale

by Sophie Martin

Publié le 2025-12-06 07:35:00. Des maladies autrefois considérées comme typiquement humaines – cancers, diabète, obésité – se répandent désormais chez les animaux, des compagnons aux espèces sauvages, soulignant un lien étroit entre la santé de l’homme et celle de l’environnement.

  • Les maladies chroniques non transmissibles (MCNT) affectent désormais une proportion croissante d’animaux de compagnie et sauvages.
  • Une approche intégrée, combinant santé publique, médecine vétérinaire et conservation (One Health + EcoHealth), est essentielle pour comprendre et contrer ce phénomène.
  • Des mesures concrètes, allant du suivi du poids des animaux de compagnie à la réglementation des polluants, sont nécessaires pour inverser la tendance.

Longtemps, l’idée que les animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages, puissent souffrir des mêmes affections chroniques que les humains semblait improbable. Aujourd’hui, les preuves s’accumulent et révèlent une réalité inquiétante : cancers, diabète, obésité et maladies dégénératives se multiplient chez les chiens, les chats, mais aussi dans les populations marines et sauvages.

La chercheuse Antonia Mataragka, de l’Université agricole d’ Athènes, propose une approche novatrice. Il ne s’agit pas seulement de constater les problèmes, mais de mettre en place un cadre pratique pour quantifier les risques, identifier les causes – génétiques, alimentaires, liées à la sédentarité, au stress ou à la pollution – et élaborer une stratégie globale. Il est devenu urgent de traduire ces réflexions en actions concrètes, afin de comprendre les raisons de cette prolifération des maladies et de déterminer ce que nous pouvons faire, des consultations vétérinaires aux décisions en matière de politique environnementale.

Qu’entend-on par maladies chroniques non transmissibles ?

Le terme technique, MCNT (Maladies Chroniques Non Transmissibles), regroupe les affections qui ne se transmettent pas d’un individu à l’autre, comme le diabète, l’obésité, les maladies cardiaques, certains types de cancer et les problèmes dégénératifs des articulations. En médecine humaine, ces maladies sont la principale cause de décès et d’invalidité dans de nombreux pays. Chez les animaux, leur augmentation entraîne souffrances, coûts de santé accrus et impacts sur la productivité, la biodiversité et la coexistence entre les milieux urbains et ruraux.

Le constat est particulièrement frappant chez les animaux de compagnie. Les enquêtes les plus récentes indiquent que entre 50% et 60% des chiens et des chats ont un poids supérieur à la normale. Chez le chat, par exemple, on observe une augmentation notable du diabète félin au cours des dernières décennies (la prévalence est passée de niveaux très faibles à des pourcentages plus élevés), un reflet direct du surpoids, d’une alimentation inadaptée et d’un manque d’activité physique. Dans le secteur de la production animale et chez la faune sauvage, les problèmes sont exacerbés par d’autres facteurs, tels que l’élevage intensif, la sélection génétique axée sur la productivité et les expositions chimiques qui peuvent déclencher des tumeurs chez les poissons ou les mammifères marins.

Les facteurs à l’origine de cette épidémie multispécifique

L’explication n’est pas unique, mais résulte de la combinaison de plusieurs facteurs agissant à différents niveaux :

  • Génétique et sélection : Les races pures ou les animaux d’élevage sélectionnés pour leur productivité peuvent être plus vulnérables à certaines maladies. Une sélection basée sur l’apparence ou la performance peut parfois se faire au détriment de la robustesse.
  • Alimentation et activité : L’obésité est souvent le point de départ de nombreuses MCNT. Un manque d’exercice, des portions inappropriées et une alimentation riche en calories aggravent le problème chez les animaux de compagnie vivant en milieu urbain.
  • Stress et gestion : Le stress chronique perturbe le métabolisme et le système immunitaire. Les animaux vivant dans des systèmes de production intensifs ou dans des environnements appauvris en subissent les conséquences sur leur santé.
  • Pollution et changements environnementaux : Les produits chimiques persistants, les rejets polluants ou la dégradation des habitats sont associés à l’apparition de tumeurs et de troubles endocriniens chez la faune sauvage et aquatique.
  • Urbanisation et climat : Les îlots de chaleur urbains, la perte de diversité des microhabitats et les modifications de la chaîne alimentaire influencent le moment et la manière dont ces maladies se manifestent.

Qu’apportent les approches One Health + EcoHealth ?

L’originalité de l’étude réside dans la combinaison de deux cadres : One Health (Une seule santé, qui souligne le lien entre la santé humaine, animale et environnementale) et EcoHealth (ÉcoSanté, qui se concentre sur les systèmes écologiques). Ensemble, ils permettent de considérer les problèmes comme faisant partie d’un même réseau interconnecté. Autrement dit, l’obésité chez un chat domestique peut être liée aux habitudes de vie de son propriétaire, les tumeurs chez les poissons aux rejets industriels, ou le diabète bovin aux pratiques de gestion et d’alimentation.

Cet entrelacement suggère également des solutions intégrées, car il ne suffit pas de modifier un régime alimentaire ou de soigner un animal malade. Une vigilance collective est nécessaire, impliquant un échange de données entre vétérinaires, écologistes et acteurs de la santé publique, ainsi que des politiques visant à réduire les expositions environnementales nocives.

Des mesures applicables dès maintenant

La proposition de recherche s’articule autour de mesures pratiques à quatre niveaux : individuel, populationnel, écosystémique et politique.

  • Individuel (propriétaires, soignants et professionnels) : suivi régulier du poids, programmes d’exercices adaptés, régime alimentaire prescrit par un vétérinaire, contrôles de dépistage précoce (tests simples, contrôles dentaires). Chez les animaux de compagnie, la prévention de l’obésité est la première étape pour réduire le risque de diabète et de problèmes articulaires.
  • Populationnel (bétail, colonies, éleveurs, associations de protection animale) : améliorer la gestion et l’enrichissement de l’environnement, contrôler la génétique dans les programmes de sélection pour éviter les prédispositions indésirables, mettre en place des protocoles de santé incluant un dépistage de routine et des mesures de biosécurité pour réduire le stress et les maladies.
  • Écosystémique (conservation et environnement) : surveiller les polluants dans les rivières et les estuaires, restaurer les habitats pour réduire les expositions nocives, promouvoir des paysages favorisant la diversité et la résilience. En aquaculture, revoir les pratiques pour minimiser les maladies cardiaques et le stress chez les poissons.
  • Politique et surveillance : mettre en place des systèmes nationaux intégrant les données vétérinaires et environnementales, lancer des campagnes de sensibilisation du public sur une alimentation responsable des animaux de compagnie, adopter des réglementations plus strictes sur les polluants persistants et encourager les pratiques d’élevage qui privilégient la santé animale et environnementale.

Mais les gouvernements ne sont pas les seuls acteurs. Les propriétaires, les détenteurs d’animaux, les soignants et les professionnels ont un rôle à jouer, qui peut commencer par peser régulièrement leurs animaux, consulter un vétérinaire en cas de surpoids, privilégier l’exercice physique, éviter les régimes maison déséquilibrés et exiger des informations sur les pratiques responsables d’élevage ou d’aquaculture. De plus, soutenir les politiques environnementales et choisir des produits ayant une empreinte chimique plus faible contribue à un environnement plus sain pour toutes les espèces.

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