Home MondeUne étude renverse les idées sur les sols forestiers et le changement climatique

Une étude renverse les idées sur les sols forestiers et le changement climatique

by Clara Dubois

Publié le 10 décembre 2025 20:44:00. Une étude menée en Chine remet en question les prévisions selon lesquelles le réchauffement climatique entraînerait une libération accrue d’azote des sols forestiers, un facteur clé de la pollution et de la croissance des arbres. Les résultats suggèrent que la sécheresse pourrait en réalité limiter ces émissions, du moins dans certaines régions.

  • Une étude de six ans dans une forêt tempérée chinoise a révélé une diminution des émissions d’oxyde nitrique (19 %) et d’oxyde d’azote (16 %) suite à une simulation de réchauffement de 2 °C (3,6 °F).
  • L’humidité du sol s’avère être un facteur déterminant : l’effet de réduction des émissions est plus marqué dans les zones où les précipitations sont faibles.
  • Ces découvertes soulignent la nécessité d’affiner les modèles climatiques en tenant compte de l’interaction entre la chaleur et l’humidité.

Les scientifiques s’inquiétaient depuis longtemps de la possibilité que le réchauffement climatique accélère la libération d’azote gazeux par les sols forestiers. Ce phénomène était censé aggraver la pollution, contribuer au réchauffement planétaire et, paradoxalement, priver les arbres d’un nutriment essentiel à leur croissance. Cependant, une nouvelle recherche, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, apporte un éclairage surprenant.

L’étude, fruit d’une collaboration entre l’Université de Californie à Riverside et une équipe de chercheurs chinois basée à Shenyang, a été menée sur une période de six ans dans une forêt tempérée de la province du Qingyuan. Les chercheurs ont réalisé plus de 200 000 mesures de gaz émis par le sol forestier, en utilisant une infrastructure spécialement conçue à cet effet.

Pour simuler les effets du changement climatique, ils ont installé des radiateurs infrarouges au-dessus de parcelles forestières, augmentant la température du sol de 2 °C (3,6 °F) – une augmentation comparable à celle prévue d’ici le milieu du siècle. Contre toute attente, ils ont constaté une diminution significative des émissions de gaz à effet de serre. L’oxyde nitrique a diminué de 19 %, tandis que l’oxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre, a chuté de 16 %.

« Ces résultats renversent nos hypothèses. »

Pete Homyak, professeur agrégé de sciences environnementales à l’UCR

« Nous avons toujours pensé que le réchauffement accélérerait les processus microbiens et libérerait plus d’azote », explique Pete Homyak. « Cela peut être vrai en laboratoire, dans des conditions contrôlées. Mais sur le terrain, surtout dans des conditions sèches, les microbes ralentissent parce que les sols s’assèchent. »

L’azote joue un rôle crucial dans le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Les forêts sont des puits de carbone essentiels, absorbant plus de dioxyde de carbone qu’elles n’en émettent. Cependant, les arbres ont besoin d’azote pour croître, et une diminution de sa disponibilité pourrait compromettre leur capacité à stocker le carbone.

« Notre préoccupation porte sur l’impact du réchauffement sur le cycle de l’azote et sur la question de savoir si les forêts disposeront de suffisamment de nutriments pour continuer à absorber le carbone à mesure que la planète se réchauffe », souligne Kai Huang, écologiste et premier auteur de l’étude, chercheur postdoctoral au laboratoire de Homyak et en visite à l’Académie chinoise des sciences. « Cette étude montre que l’humidité, et pas seulement la chaleur, est essentielle. »

Les résultats indiquent qu’un seuil existe. Dans les régions recevant moins de 1 000 millimètres de pluie par an, le réchauffement tend à assécher les sols et à réduire les émissions de gaz. En revanche, dans les forêts plus humides, le réchauffement augmente effectivement la perte d’azote, conformément aux prédictions des modèles de laboratoire.

« Il s’agit d’un perfectionnement majeur », affirme Homyak. « Les modèles climatiques qui négligent l’humidité du sol passent à côté d’un élément crucial de l’équation. »

L’étude a été menée sur six parcelles forestières de 108 mètres carrés chacune, équipées de chambres automatisées qui mesuraient les niveaux de gaz. Cette approche a permis d’obtenir une vue détaillée de l’impact des changements environnementaux sur les écosystèmes forestiers.

Cependant, l’étude soulève également des questions importantes. Bien que l’azote semble rester dans le sol forestier plus sec, il n’a pas encore entraîné une augmentation de la croissance des arbres. Des mesures préliminaires suggèrent que les arbres des parcelles chauffées pourraient croître plus lentement que ceux des parcelles témoins, en raison du stress hydrique.

« Nous ne perdons peut-être pas d’azote dans l’atmosphère dans les sols plus secs, mais si les arbres ne peuvent pas l’utiliser à cause de la sécheresse, c’est un tout autre problème. »

Kai Huang, écologiste et premier auteur de l’étude

Bien que cette recherche ne constitue pas un signal d’alarme pour l’optimisme climatique, elle apporte des éclaircissements importants. Les chercheurs estiment qu’il est désormais nécessaire de modéliser l’interaction entre la chaleur et l’humidité pour mieux prédire l’avenir des écosystèmes. L’équipe continue de suivre les réponses microbiennes, la chimie du sol et la santé des forêts dans cette parcelle expérimentale et dans d’autres sites à travers le monde.

« À mesure que la planète se réchauffe », conclut Homyak, « ces études à long terme nous aident à affiner les modèles climatiques et à mieux comprendre le comportement des forêts dans un monde en mutation rapide. »

Source: UCR News

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.