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une maîtresse mais jamais une partenaire » – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 2024-10-27 14:35:00. De rédacteur de discours à consultant en stratégie culturelle pour les plus grandes maisons de mode, l’Irlandais Patrick Scallon raconte son parcours atypique à Paris, où il observe une mutation profonde de l’industrie du luxe et de la relation des marques avec leurs clients.

  • Patrick Scallon a débuté sa carrière à Bruxelles avant de rejoindre l’univers de la mode en collaborant pendant 17 ans avec Martin Margiela, puis Dries Van Noten.
  • Il souligne l’évolution du secteur du luxe, désormais axé sur l’authenticité, la provenance et les résonances culturelles.
  • Résident à Paris depuis trente ans, il témoigne des changements cosmopolites de la capitale française et de son attrait renouvelé pour les jeunes créateurs.

Le destin de Patrick Scallon, originaire d’Irvinestown, dans le comté de Fermanagh (Irlande du Nord), a basculé lors d’une rencontre fortuite à Bruxelles. Après un stage à la Commission européenne et un début de carrière de rédacteur et de concepteur de discours, il a croisé le chemin du partenaire d’un jeune créateur de mode belge prometteur : Martin Margiela, fondateur de la maison Maison Margiela. Cette rencontre a débouché sur une collaboration qui s’est étendue sur dix-sept ans.

Diplômé en politique, philosophie et économie de l’University College Dublin (UCD), Scallon a rapidement gravi les échelons au sein de l’entreprise Margiela, devenant directeur adjoint des communications et le principal interlocuteur de la marque. « J’étais la seule personne en dehors de l’entreprise que les gens rencontraient, et cela m’a permis de grandir de manière créative », se souvient-il.

Après le départ de Martin Margiela en 2008, Scallon a rejoint Dries Van Noten à Anvers en tant que directeur de la communication. Il y a supervisé l’ensemble des aspects de la communication de la marque, de l’organisation des défilés de mode aux événements et aux collaborations artistiques. Un moment fort de cette période fut la conception d’une exposition multidisciplinaire consacrée à l’œuvre du designer, présentée en 2014 au Musée des Arts Décoratifs de Paris. L’événement, qui a rassemblé plus de 400 pièces, a attiré un public record, fruit de quatre années de préparation et de négociations avec des galeries, des artistes et des photographes pour obtenir des prêts et des autorisations.

En reconnaissance de son engagement, Patrick Scallon a été nommé Chevalier des Arts et des Lettres par le ministère français de la Culture en 2019, sur proposition de Jacques Lang.

Aujourd’hui, consultant indépendant, il partage son temps entre l’Irlande du Nord et Paris, où il réside depuis trente ans. Il a également créé Potent Ideas (potent-ideas.com), une agence spécialisée dans la communication et la stratégie culturelle pour les entreprises de mode. Son expertise est sollicitée par des acteurs publics et privés dans les domaines de l’art, de la culture et du lifestyle, notamment sur les marchés asiatiques. Récemment, il a ainsi participé à une conférence mondiale sur le luxe à Shanghai, où il a exposé sur l’évolution de la pertinence culturelle de la mode.

Scallon observe une transformation profonde du secteur du luxe. « Les clients informés du monde entier recherchent désormais une relation plus profonde avec les marques avec lesquelles ils s’engagent », explique-t-il. Il souligne une tendance croissante en faveur de l’authenticité et de la provenance, où les résonances culturelles et artistiques jouent un rôle prépondérant. « Les gens veulent vivre plus que la simple validation du logo », affirme-t-il.

Il constate également un regain d’attractivité de Paris pour les jeunes créateurs. « Paris a toujours été un creuset créatif dans le monde de la mode, mais aujourd’hui, l’industrie est beaucoup plus mondiale et moins dépendante des cinq capitales habituelles de la mode », explique-t-il. « Au cours des dernières années, Paris a vu affluer davantage de talents plus jeunes et plus avant-gardistes qui, auparavant, n’auraient pu penser qu’à Londres ou à New York, la ville est donc devenue plus vitale et plus moderne. »

Il perçoit également un changement dans la perception de la ville par les visiteurs. « Quand vous vivez ici, vous avez l’impression que ce n’est plus votre ville ; c’est comme une maîtresse, mais jamais votre partenaire. Son image et sa personnalité restent assez insaisissables et inaccessibles, mais néanmoins un cliché. » Il note que Paris, de plus en plus influencée par les réseaux sociaux, notamment Instagram, semble inévitablement se diriger vers une forme de « disneyfication ».

Enfin, il souligne la spécificité du modèle français, qui privilégie l’exportation de produits finis et de haute qualité. « La France n’exporte pas de lait, mais du fromage ; elle n’exporte pas de raisins, mais du vin », illustre-t-il. « Ainsi, le produit final fait qu’ils bénéficient de personnes associant la France à l’excellence de l’artisanat et des produits en général. » Il estime que l’Irlande pourrait tirer profit d’une stratégie similaire pour valoriser sa marque à l’international.

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