Home SantéUne nouvelle étude remet en question une théorie de pointe sur la manière dont le bruit affecte les traits du TDAH

Une nouvelle étude remet en question une théorie de pointe sur la manière dont le bruit affecte les traits du TDAH

by Sophie Martin

Publié le 25 octobre 2025 18h12. Une nouvelle étude remet en question les théories établies sur l’efficacité du bruit rose pour améliorer la concentration des personnes présentant des traits de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Les résultats suggèrent que les bénéfits observés pourraient être liés à une modulation générale de l’éveil cérébral plutôt qu’à un mécanisme spécifique de résonance stochastique.

  • Les chercheurs ont constaté que les personnes ayant des traits TDAH présentent en réalité un niveau de bruit neuronal de fond plus élevé que la moyenne, contredisant l’hypothèse d’un déficit initial.
  • Le bruit rose et un son pur continu ont des effets similaires sur l’activité cérébrale, suggérant que la stimulation auditive, quelle qu’elle soit, pourrait jouer un rôle dans la régulation de l’éveil.
  • L’étude souligne la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et adapter les approches thérapeutiques.

Depuis plusieurs années, des études suggèrent que l’écoute de bruits auditifs aléatoires, tels que le bruit blanc ou rose, peut améliorer les fonctions cognitives chez les personnes atteintes de TDAH ou présentant des caractéristiques associées à ce trouble. Une explication couramment avancée, le modèle de l’éveil cérébral modéré, postulait que le TDAH était lié à un niveau de bruit neuronal interne suboptimal. Selon cette théorie, l’exposition à un bruit aléatoire externe amplifierait ce bruit interne par un processus appelé résonance stochastique, optimisant ainsi la capacité du cerveau à traiter l’information.

Cependant, ces hypothèses n’avaient pas été rigoureusement testées, notamment en raison du manque de mesures directes du bruit neuronal et de l’absence de groupes de contrôle utilisant des sons non aléatoires. Une équipe de l’Université de Gand, dirigée par Joske Rijmen, s’est donc attachée à examiner ces deux aspects fondamentaux du modèle.

Pour leur étude, les chercheurs ont recruté 69 adultes neurotypiques. Chaque participant a rempli un questionnaire d’auto-évaluation du TDAH chez l’adulte afin d’évaluer la présence et l’intensité des symptômes associés au trouble. Cette approche permet de considérer le TDAH comme un spectre de traits plutôt qu’une simple catégorie diagnostique.

Les participants ont ensuite été soumis à un électroencéphalogramme (EEG) au repos, une technique non invasive qui enregistre l’activité électrique du cerveau. Pendant l’enregistrement, ils ont été placés dans trois conditions différentes : silence, écoute d’un bruit rose continu et écoute d’un son pur continu de 100 Hz. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à la pente apériodique de la densité spectrale de puissance, une mesure qui reflète l’activité cérébrale de fond et est considérée comme un indicateur direct du bruit neuronal. Une pente plus raide indique moins de bruit, tandis qu’une pente plus plate suggère un niveau de bruit plus élevé.

Les résultats ont contredit la première hypothèse du modèle de l’éveil cérébral modéré. En condition silencieuse, les chercheurs ont observé une corrélation entre les traits TDAH et la pente apériodique : les personnes présentant davantage de symptômes TDAH avaient tendance à avoir une pente plus plate, ce qui suggère un niveau de bruit neuronal de fond plus élevé, et non pas plus faible comme le prédisait la théorie. Ces résultats concordent avec d’autres études récentes qui ont également mis en évidence une augmentation du bruit neuronal chez les enfants et les adolescents atteints de TDAH.

De plus, l’étude a remis en question l’idée de la résonance stochastique. L’écoute du bruit rose a entraîné une augmentation de la pente apériodique (une diminution du bruit neuronal) chez les participants présentant des traits TDAH élevés, ce qui est contraire à la prédiction selon laquelle le bruit aléatoire devrait amplifier le bruit neuronal. Plus surprenant encore, le son pur de 100 Hz a eu un effet pratiquement identique sur l’activité cérébrale, réduisant également le bruit neuronal chez les participants ayant des traits TDAH plus marqués. Ce résultat suggère que les bénéfits de la stimulation auditive ne sont pas spécifiques au bruit aléatoire et que la résonance stochastique n’est probablement pas le mécanisme clé en jeu.

Les auteurs proposent qu’une explication alternative pourrait être envisagée : les sons, qu’ils soient aléatoires ou non, pourraient avoir un effet plus général sur l’éveil cérébral. Cette hypothèse est cohérente avec le modèle du déficit de régulation de l’état dans le TDAH, qui suggère que les personnes atteintes de ce trouble ont des difficultés à moduler leur niveau d’éveil en fonction des exigences de la situation. Dans cette optique, toute forme de stimulation supplémentaire pourrait aider à optimiser l’excitation cérébrale.

Les chercheurs notent également que la stimulation auditive semble diminuer l’excitation cérébrale chez les personnes présentant des traits TDAH élevés, ce qui pourrait être lié à leurs difficultés à atteindre un état de repos véritable. Le son continu pourrait ainsi les aider à se calmer et à réguler leur activité cérébrale.

L’étude présente certaines limites. Elle a été menée sur des adultes neurotypiques présentant des traits TDAH, et il est donc nécessaire de reproduire les résultats sur un groupe de personnes ayant un diagnostic clinique confirmé. De plus, l’activité cérébrale a été mesurée au repos, et non pendant l’exécution de tâches cognitives où les effets bénéfiques du bruit sont généralement observés. Les recherches futures devraient donc explorer si les mêmes schémas d’activité cérébrale se manifestent lors de tâches nécessitant attention et concentration. L’article original, intitulé « Pink noise and a pure tone both reduce 1/f neuronal noise in high-ADHD-trait adults: a critical evaluation of the arousal-based model », a été rédigé par Joske Rivers, Butdi Senoussi et Jan R. Wesseling.

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