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Saint-Jean-sur-Richelieu | Une entreprise mobilisée pour un candidat à la mairie

by Thomas Caron

Une entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu, le Groupe M2L, est au centre d’une controverse électorale après avoir mis à disposition ses équipements et ses employés pour soutenir gratuitement la campagne du candidat à la mairie, Éric Latour. Cette aide pourrait constituer une infraction à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, selon Élections Québec.

Selon des informations obtenues par La Presse, le Groupe M2L a mobilisé du matériel et du personnel pour la préparation et l’installation de pancartes électorales pour la Coalition Éric Latour. Une publication Facebook, diffusée le 18 septembre et depuis retirée, témoignait de cette mobilisation. Sur les photos, on pouvait voir des véhicules de l’entreprise et au moins sept travailleurs portant des casquettes ou des vêtements arborant le logo de M2L.

Éric Latour, ancien journaliste et animateur de télévision, a remercié ses « incroyables bénévoles » pour leur travail sur cette même publication. Sylvain Leclair, président du Groupe M2L et conjoint de Josée Latulippe, l’une des fondatrices et actionnaires de l’entreprise et représentante officielle de la Coalition Éric Latour, affirme qu’aucun paiement ou avantage financier n’a été reçu ou demandé pour cette participation.

« Aucun paiement, avantage financier ou compensation, directe ou indirecte, n’a été reçu ou demandé pour la participation à ces activités », a-t-il déclaré par courriel.

Cependant, Élections Québec rappelle qu’une entreprise ne peut offrir ses services gratuitement ou à prix réduit sans enfreindre la loi. « Une entreprise qui mobiliserait ses équipements ou ses employés au service d’un parti politique sans facturer le juste coût de ce service au parti serait en infraction à la Loi », a précisé Julie St-Arnaud-Drolet, porte-parole d’Élections Québec.

Elle a ajouté qu’une personne peut fournir ses services personnels à titre de bénévole sans rémunération, à condition que cela soit fait librement et non dans le cadre de son travail pour un employeur.

Éric Latour minimise l’importance de cette aide, la qualifiant de « coup de main » de la part d’employés travaillant en dehors de leurs heures régulières. « Ce sont des gars qui travaillent pour cette entreprise-là, mais c’était le soir et la nuit, sur leurs heures, et ils ont décidé de nous donner un coup de main parce qu’ils croient en l’équipe et en notre cause », a-t-il expliqué. « Ce sont des gars de construction qui sont habiles avec des marteaux et des tournevis. C’est sûr que quand vient le temps de monter de grosses structures, c’est difficile d’avoir des gars qui connaissent ça un peu. Ce n’est pas un don ou une contribution. »

Il insiste également sur le fait que l’utilisation des installations et des équipements de M2L était conforme aux règles. Interrogé sur le retrait de la publication Facebook du 18 septembre, M. Latour a affirmé ne pas s’en souvenir. « Je n’ai pas souvenir de l’avoir retirée », a-t-il déclaré. « Je fais à peu près trois, quatre, cinq publications par jour. Je n’ai pas fait le décompte de ce qui est là ou de ce qui n’est pas là. Honnêtement, je n’ai pas ce souvenir-là. »

La mairesse sortante de Saint-Jean-sur-Richelieu, Andrée Bouchard, candidate à un second mandat, a réagi en exprimant ses préoccupations quant au respect de la loi électorale. « La situation soulève de sérieuses questions quant au respect de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités », a-t-elle déclaré par courriel. « Nous nous attendons à ce que les autorités compétentes, dont Élections Québec, se penchent sur le dossier et fassent toute la lumière sur ces agissements. »

La course à la mairie de Saint-Jean-sur-Richelieu se déroule dans un contexte de tensions à l’hôtel de ville. Le mandat de la mairesse sortante a été marqué par une contestation de son leadership et le départ de plusieurs élus, devenus indépendants en raison de désaccords. Cinq conseillers municipaux ont rallié la Coalition Éric Latour.

Danielle Pilette, spécialiste des affaires municipales, souligne que certains manquements à la loi au niveau municipal sont souvent dus à un manque de connaissances plutôt qu’à de la mauvaise foi. « Avec des centaines de municipalités, ça fait beaucoup d’agents officiels à former. C’est peut-être que l’on comprend mal ou que l’on connaît peu les règles », a-t-elle expliqué, en tant que professeure associée au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM.

Elle ajoute que la longueur des enquêtes du Directeur général des élections du Québec constitue un problème, car les conclusions sont souvent connues plusieurs années après les élections.

Le Groupe M2L est déjà un client de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, ayant reçu quatre contrats totalisant 500 000 $ (environ 333 000 €) en 2025.

La proximité entre Éric Latour et Josée Latulippe, une « amie de longue date », pourrait-elle poser problème en cas d’élection, notamment en ce qui concerne les contrats attribués sans appel d’offres ? M. Latour a répondu que les élus peuvent demander au greffier de se retirer pendant l’adoption d’une résolution et qu’il ne prévoit pas de problèmes dans un système d’appel d’offres public. « Quand on est dans un système d’appel d’offres public, il faudrait que je demande au greffier, mais je ne pense pas qu’il y a de problèmes. Je ne dis pas qu’on est un gros village, mais dans une ville de 100 000 habitants, tout le monde connaît quelqu’un qui connaît qui connaît quelqu’un. »

Andrée Bouchard, Maryline Charbonneau et François Roy sont également en lice pour la mairie de Saint-Jean-sur-Richelieu.

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