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Une nouvelle thérapie bactérienne détruit le cancer sans le système immunitaire

by Thomas Caron

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Des chercheurs japonais ont mis au point une nouvelle approche thérapeutique contre le cancer qui, contrairement aux traitements actuels, ne repose pas sur le système immunitaire du patient. Cette avancée ouvre des perspectives prometteuses pour les personnes dont l’immunité est affaiblie par la chimiothérapie ou la radiothérapie.

  • Une thérapie bactérienne innovante, baptisée AUN, cible directement les cellules cancéreuses sans solliciter les défenses immunitaires.
  • Cette approche s’appuie sur un équilibre précis entre deux espèces bactériennes naturelles, Protée est merveilleux et Rhodopseudomonas palustris.
  • Les premiers résultats, obtenus sur des modèles animaux et humains, sont encourageants et laissent espérer des essais cliniques dans les six prochaines années.

L’idée d’utiliser des bactéries pour combattre le cancer remonte au XIXe siècle. Dès 1868, le médecin allemand Busch avait observé une rémission chez un patient cancéreux après une infection bactérienne intentionnelle. Cette piste a été reprise et développée par le Dr William Coley en 1893, posant les bases des immunothérapies modernes, telles que les inhibiteurs de points de contrôle et les thérapies CAR-T.

Si ces immunothérapies ont révolutionné la prise en charge du cancer, elles présentent un inconvénient majeur : leur efficacité dépend de la capacité du système immunitaire à fonctionner correctement. Or, les traitements conventionnels contre le cancer, comme la chimiothérapie et la radiothérapie, affaiblissent souvent les défenses immunitaires, rendant ces thérapies moins efficaces, voire inopérantes.

La nouvelle thérapie AUN, développée par une équipe de recherche dirigée par le professeur Eijiro Miyako de l’Institut avancé des sciences et technologies du Japon (JAIST), en collaboration avec Daiichi Sankyo Co., Ltd. et l’Université de Tsukuba, contourne ce problème. Elle repose sur un consortium de deux bactéries : Protée est merveilleux (A-gyo), naturellement présente dans les tumeurs, et Rhodopseudomonas palustris (UN-gyo), une bactérie photosynthétique.

En agissant de concert, ces deux bactéries détruisent les cellules cancéreuses, même lorsque le système immunitaire est compromis. Les tests ont également révélé une bonne tolérance par l’organisme et peu d’effets secondaires, notamment l’absence du syndrome de libération des cytokines (SRC), une réaction immunitaire potentiellement dangereuse.

Le mécanisme d’action de l’AUN est complexe et repose sur plusieurs phénomènes coordonnés. Les bactéries ciblent et détruisent les vaisseaux sanguins tumoraux et les cellules cancéreuses. Protée est merveilleux subit une transformation structurelle (filamentation) induite par des métabolites spécifiques à la tumeur, ce qui renforce son pouvoir destructeur. De plus, le rapport entre les deux bactéries évolue au sein de la tumeur, passant d’un mélange initial de 3:97 (A-gyo/UN-gyo) à un ratio d’environ 99:1, optimisant ainsi l’efficacité thérapeutique.

L’harmonie entre ces deux bactéries est essentielle. Rhodopseudomonas palustris ne devient active et bénéfique qu’en présence de Protée est merveilleux, agissant comme un régulateur qui contrôle l’activité bactérienne et améliore la précision de la destruction des cellules cancéreuses. Cette coopération mutuelle incarne le concept japonais d’« AUN », qui symbolise l’équilibre et l’harmonie entre les forces opposées.

« Nous nous préparons à créer une entreprise pour développer cette technologie et nous espérons lancer des essais cliniques dans les six ans à venir », a déclaré le professeur Miyako.

« Un nouveau chapitre dans la thérapie bactérienne contre le cancer, qui dure depuis plus de 150 ans, commence enfin. »

Professeur Eijiro Miyako, Institut avancé des sciences et technologies du Japon (JAIST)

Cette approche novatrice représente une avancée significative pour les patients atteints de cancer dont le système immunitaire est affaibli, leur offrant une alternative thérapeutique là où les immunothérapies classiques s’avèrent inefficaces. Elle ouvre la voie à un traitement du cancer véritablement indépendant du système immunitaire.

Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Nature Biomedical Engineering.

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