Publié le 26 décembre 2025 à 13h26. Une étude récente met en lumière des lacunes dans la formation des médecins concernant la prise en charge des questions de santé reproductive féminine chez les patientes atteintes de maladies rénales chroniques, soulignant la nécessité d’une meilleure sensibilisation et de protocoles plus clairs.
- Près de tous les médecins interrogés (97,4 %) prennent en charge des patients atteints de maladies rénales chroniques.
- Les médecins en cabinet privé se sentent généralement plus à l’aise que les généralistes dans la gestion de ces pathologies, notamment en ce qui concerne les spécificités liées au sexe.
- Une formation continue est demandée par les professionnels de santé, en particulier sur les aspects de la santé rénale liés au genre et à la reproduction.
La prise en compte des questions de santé et de reproduction des femmes face aux maladies rénales chroniques (MRC) est un enjeu de santé publique de plus en plus reconnu. Le comité Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) a récemment souligné l’importance d’intégrer ces aspects dans la prise en charge des patients. Une enquête menée auprès de médecins en Pologne confirme la nécessité d’améliorer les connaissances et la confiance des professionnels de santé dans ce domaine.
L’étude révèle que la MRC est une pathologie fréquente, touchant une proportion importante de patients suivis par des spécialistes de diverses disciplines. Une étude épidémiologique rétrospective menée auprès d’une population de soins primaires a même identifié une MRC chez 14,2 % des patients à risque, sur la base de critères liés au débit de filtration glomérulaire (DFG) ou au rapport albumine/créatinine urinaire (RACU). Ces chiffres soulignent l’importance d’une vigilance diagnostique accrue, en particulier en première ligne de soins où le dépistage précoce peut être moins systématique.
Les médecins exerçant en cabinet privé se déclarent généralement plus expérimentés dans la prise en charge de la MRC que les médecins généralistes. Ces derniers expriment un besoin particulier de formation sur les facteurs spécifiques au sexe dans les maladies rénales. Des recherches similaires menées en Pologne par Jazienicka-Kiełb et al. confirment que les médecins généralistes possèdent des connaissances de base solides, mais souhaitent approfondir leurs compétences. L’élargissement de la formation continue pour inclure les aspects liés à la santé reproductive féminine apparaît donc comme une étape cruciale.
L’enquête met également en évidence une tendance à ne pas systématiquement recueillir les antécédents obstétricaux des patientes (nombre de grossesses, fausses couches, utilisation de la contraception). Des études similaires menées aux États-Unis et au Canada montrent que les médecins ont souvent tendance à omettre ces informations importantes, ce qui peut compromettre l’évaluation des risques liés à la grossesse ou à la santé rénale future. De plus, les questions relatives aux projets de procréation sont plus souvent posées aux femmes qu’aux hommes, alors que certains médicaments immunosuppresseurs, comme le cyclophosphamide, peuvent avoir un impact délétère sur la fertilité masculine et féminine.
L’utilisation des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA), des médicaments essentiels dans la gestion de l’hypertension et de la MRC, pose également un défi particulier. Ces médicaments sont contre-indiqués pendant la grossesse en raison de leurs effets tératogènes. L’étude révèle que, bien que les médecins soient conscients de ces risques, la question de la contraception n’est pas toujours abordée systématiquement avec les femmes en âge de procréer. Cette lacune pourrait être due à des contraintes de temps, à des hypothèses sur la sensibilisation des patientes ou à un inconfort face à la discussion de la planification familiale.
Les spécialistes en néphrologie et les internes estiment que leur formation actuelle est insuffisante pour les préparer à gérer les problèmes de santé des femmes dans le contexte des troubles rénaux. Les sujets liés à la fertilité et à la grossesse sont abordés de manière limitée. Bien que les femmes représentent la majorité des patients atteints de MRC, la prévalence de la maladie chez les femmes en âge de procréer est relativement faible (environ 3 %). Cependant, les taux de natalité dans cette population sont significativement réduits par rapport aux femmes non atteintes de MRC, comme l’a montré une étude menée dans la région de Stockholm.
L’expérience clinique semble jouer un rôle important dans la confiance des médecins dans la prise en charge des patientes atteintes de MRC. Les médecins les plus expérimentés se sentent généralement plus à l’aise pour aborder les aspects spécifiques au sexe des soins néphrologiques. Cela suggère que la formation formelle doit être complétée par une expérience pratique. Des études menées en Allemagne confirment ce constat, soulignant le besoin de lignes directrices plus claires pour la prise en charge des femmes enceintes atteintes de MRC.
Les femmes atteintes de MRC, en particulier celles souffrant d’insuffisance rénale terminale, peuvent être confrontées à des problèmes complexes liés aux déséquilibres hormonaux et aux dysfonctionnements sexuels, qui peuvent affecter leur fertilité. Les techniques de procréation assistée (TPA) peuvent constituer une solution pour ces patientes. La Société italienne de néphrologie a publié une déclaration de position sur les meilleures pratiques concernant les TPA, reconnaissant leur potentiel tout en soulignant la nécessité d’une approche prudente et d’un suivi multidisciplinaire.
Les médecins interrogés expriment un fort besoin de formation continue en santé des femmes en néphrologie. Ils privilégient les lignes directrices développées en néphrologie ou en collaboration avec des sociétés de gynécologie. Bien que des directives existent déjà dans certains pays, comme les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne, une mise à jour des recommandations polonaises est nécessaire.
Malgré certaines limites, notamment un taux de réponse relativement faible et une hétérogénéité des participants, cette étude apporte des informations précieuses sur les pratiques actuelles et les besoins éducatifs non satisfaits dans la gestion des problèmes de santé reproductive et spécifiques au sexe dans la MRC. Elle souligne l’importance d’interventions éducatives ciblées et de l’élaboration de lignes directrices pour améliorer la prise en charge des patientes.
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