Publié le 16 novembre 2025 22h00. Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Stanford révèle une tendance inattendue : le risque de cancer du poumon semble diminuer avec l’âge chez les souris, remettant en question les théories établies sur l’accumulation de mutations liées au vieillissement.
- Contrairement aux attentes, les souris âgées développent moins de tumeurs pulmonaires et celles-ci sont moins agressives que chez les jeunes souris.
- L’étude suggère que des processus biologiques liés au vieillissement pourraient, paradoxalement, limiter le développement tumoral.
- L’analyse d’un gène spécifique, PTEN, a révélé un impact significativement plus faible sur la progression du cancer chez les souris âgées.
Les résultats de cette recherche, publiée par l’Université de Stanford, contredisent l’idée reçue selon laquelle le risque de cancer augmente inéluctablement avec l’âge. Jusqu’à présent, on considérait que l’accumulation de mutations au fil du temps était le principal moteur de l’augmentation de l’incidence du cancer chez les personnes âgées. L’étude a comparé des souris jeunes (âgées de quatre à six mois) à des souris âgées (environ 20 à 21 mois, proches de la fin de leur espérance de vie).
Les chercheurs ont génétiquement modifié les souris pour que les tumeurs pulmonaires soient marquées par fluorescence, ce qui a permis de suivre précisément leur évolution sur une période de 15 semaines après l’induction du cancer. Les résultats ont été frappants : les jeunes souris ont développé trois fois plus de tumeurs, et celles-ci étaient visiblement plus volumineuses et plus agressives que celles observées chez les rongeurs plus âgés.
Cette découverte s’aligne sur certaines observations cliniques chez l’humain, où l’incidence du cancer tend à se stabiliser, voire à diminuer après 85 ans. « C’est une découverte remarquable. Nous aurions pu nous attendre à ce que les animaux plus âgés développent un plus grand nombre de cancers et de tumeurs avec une agressivité accrue, mais les résultats de l’étude ne le confirment pas du tout », a déclaré Monte Winslow, professeur et spécialiste en génétique et pathologie.
Pour tenter de comprendre les mécanismes sous-jacents, l’équipe de Stanford a analysé le rôle de 25 gènes connus pour leur implication dans la suppression des tumeurs. Ils ont ensuite désactivé ces gènes un par un avant d’induire le cancer chez les animaux. Le gène PTEN, qui joue un rôle essentiel dans la régulation de la division cellulaire et dont les mutations sont associées à la formation d’hamartomes (tumeurs bénignes pouvant augmenter le risque de cancer), s’est particulièrement distingué. Chez les jeunes souris, la perte de fonction de PTEN a entraîné des tumeurs beaucoup plus agressives, tandis que cet effet était significativement atténué chez les souris âgées.
Des analyses plus approfondies de l’expression des gènes dans les cellules tumorales ont révélé que les signatures moléculaires du vieillissement persistaient même dans les tumeurs anciennes, même lorsqu’elles se divisaient rapidement. Ce résultat inattendu suggère qu’une même mutation pourrait avoir des conséquences différentes selon l’âge de l’organisme.
Bien que les implications pour la médecine humaine restent encore incertaines, cette étude intervient à un moment où l’incidence du cancer, y compris du cancer du poumon, est en augmentation chez les jeunes adultes, même en l’absence de facteurs de risque traditionnels tels que le tabagisme. Les chercheurs espèrent que ces nouvelles connaissances pourront ouvrir la voie à des traitements innovants ciblant les processus biologiques liés au vieillissement pour lutter contre le cancer.