Publié le 10 novembre 2025 à 03h03. Une nouvelle étude révèle que les interactions entre les bactéries intestinales sont influencées par le mode de vie – âge, sexe, tabagisme et indice de masse corporelle – et que cette approche pourrait améliorer la prédiction de l’état de santé.
- L’analyse des réseaux de co-abondance bactérienne chez près de 1 000 adultes en bonne santé a permis d’identifier des liens forts entre les facteurs de style de vie et la composition du microbiote intestinal.
- Une nouvelle méthode statistique, MANOCCA, s’avère plus performante pour prédire les caractéristiques de santé que les approches traditionnelles basées sur l’abondance bactérienne.
- Les chercheurs ont identifié un noyau de genres bactériens particulièrement sensibles aux variations liées à l’âge, au sexe, à l’IMC et au tabagisme.
La complexité du microbiote intestinal, cet écosystème bactérien qui réside dans nos intestins, est de plus en plus étudiée pour son rôle crucial dans la santé humaine. Les recherches récentes ont mis en évidence l’influence de facteurs tels que le sexe, l’âge, la génétique et l’alimentation sur la composition de ce microbiote. Cependant, comprendre les interactions entre les différentes espèces bactériennes et leur impact sur la santé reste un défi.
Une équipe de scientifiques a récemment publié une étude dans la revue Biologie des communications, qui explore les liens entre les facteurs environnementaux et la co-abondance des bactéries dans l’intestin humain. La co-abondance fait référence à la tendance de certaines espèces bactériennes à coexister et à interagir au sein de l’écosystème intestinal, suggérant qu’elles travaillent ensemble pour accomplir des fonctions spécifiques.
Pour mener à bien cette étude, les chercheurs ont utilisé une nouvelle méthode statistique appelée MANOCCA (Multivariate Analysis of Covariance Conditioned Abundance). Cette approche permet d’analyser les associations entre 80 facteurs environnementaux et la co-abondance des bactéries au niveau de la famille, du genre et de l’espèce, en s’appuyant sur les données de 938 participants en bonne santé. MANOCCA se distingue des méthodes précédentes par sa capacité à prendre en compte à la fois les variables continues et catégorielles, tout en ajustant les covariables et en fournissant un cadre statistique rigoureux pour l’analyse de la co-abondance.
Les résultats de l’étude ont révélé des associations significatives entre la variabilité de la co-abondance bactérienne et le sexe, l’âge, le tabagisme et l’indice de masse corporelle (IMC). Plus précisément, les chercheurs ont constaté que les caractéristiques nutritionnelles avaient un impact modeste mais systématique sur le réseau d’interactions entre les bactéries. L’analyse a également identifié un noyau d’environ 200 genres bactériens particulièrement sensibles à ces facteurs.
Parmi les familles bactériennes les plus impactées figurent les Lachnospiracées, les Bactéroïdes, les Ruminococcacées, les Acutalibacteracées et les Oscillospiracées. Certaines familles plus rares, comme les Eggerthellacées, les Peptostreptococcacées et les Baculacées, ont également montré des variations significatives. Il est intéressant de noter que les Bactéroïdes étaient moins représentés dans les changements de co-abondance, tandis que les Oscillospiracées étaient fortement affectées, en particulier en ce qui concerne l’IMC.
L’étude a également permis de développer un réseau de variation de co-abondance basé sur les 1 000 paires de genres bactériens les plus contributives. Les chercheurs ont observé un chevauchement important entre les paires de taxons co-abondants influencées par l’IMC et le sexe, ainsi que par le tabagisme et l’âge. Ils ont constaté que le tabagisme et l’âge étaient généralement associés à une diminution des co-abondances, tandis que l’augmentation de l’IMC était associée à une augmentation.
En évaluant la précision de MANOCCA dans la prédiction des caractéristiques de santé, les chercheurs ont constaté que cette méthode était plus performante qu’un modèle standard basé sur l’abondance bactérienne. Le gain de prédiction était particulièrement important pour l’âge, avec une amélioration de trois fois par rapport aux modèles traditionnels. Ces résultats suggèrent que l’analyse de la co-abondance bactérienne pourrait offrir une approche plus précise pour évaluer l’état de santé et identifier les facteurs de risque.
Cette étude ouvre de nouvelles perspectives pour la compréhension des interactions complexes entre le microbiote intestinal et les facteurs de style de vie. Le cadre MANOCCA pourrait être utilisé pour développer des modèles prédictifs plus performants et pour concevoir des interventions personnalisées visant à améliorer la santé intestinale et le bien-être général. Les auteurs soulignent toutefois que cette méthode nécessite des échantillons de grande taille et qu’il serait intéressant d’affiner la modélisation de la nature compositionnelle des données sur le microbiote dans les travaux futurs.
Référence du journal :
- Boetto C, Romero VB, Henches L et al. (2025). L’influence de l’environnement sur la coabondance bactérienne dans les microbiomes intestinaux d’individus humains en bonne santé. Biologie des communications 8(1), 1537. DOI : 10.1038/s42003-025-08895-y, https://www.nature.com/articles/s42003-025-08895-y
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