La mort de Renée Nicole Good, abattue par un agent de l’ICE, a ravivé le débat sur les moyens de limiter l’action de l’agence américaine de l’immigration. Au-delà des manifestations et des formations aux droits, une stratégie gagne du terrain : cibler les entreprises qui collaborent avec l’ICE, en les poussant à rompre ces liens.
L’ICE (Immigration and Customs Enforcement) dépend fortement du secteur privé pour mener à bien ses opérations. Sans le soutien logistique, financier et politique des entreprises, sa capacité à opérer serait considérablement réduite, estiment les militants.
Ces derniers jours, deux succès ont illustré cette approche. La compagnie aérienne Avelo Airlines a accepté de cesser ses vols charters d’expulsion, suite à une campagne de pression. À Minneapolis, une filiale locale de Hilton a quant à elle renoncé à louer des chambres aux agents de l’ICE. Ces victoires, bien que significatives, ne représentent qu’une fraction du potentiel que représente une mobilisation plus large.
Des universitaires et des organisateurs soulignent l’importance de s’attaquer aux “piliers de soutien” d’un régime. Même les gouvernements les plus autoritaires ont besoin du consentement ou du soutien d’institutions puissantes pour fonctionner. Les entreprises, en tant qu’acteurs non étatiques majeurs, sont souvent des partenaires clés.
Si les grandes entreprises semblent inatteignables en raison de leur puissance financière et politique, les exemples d’Avelo Airlines, du Hilton de Minneapolis, ainsi que des campagnes antérieures contre Tesla, Disney ou Target, démontrent l’influence des consommateurs et des travailleurs lorsqu’ils s’organisent. Les militants ne sont donc pas impuissants.
Les actions possibles sont variées : pétitions, appels sur les réseaux sociaux, boycotts coordonnés, pétitions internes auprès des entreprises, arrêts de travail. Des rassemblements devant les magasins ciblés, la distribution de tracts informant les clients des liens entre l’entreprise et l’ICE, ou encore des actes de désobéissance civile non violente peuvent également être envisagés. La création de lignes d’alerte anonymes pour dénoncer les collaborations secrètes avec l’ICE, la pression sur les sites d’emploi pour qu’ils retirent les offres de l’ICE, ou encore l’incitation des commerces locaux à afficher des messages de bienvenue aux immigrés sont d’autres pistes.
L’objectif est de proposer des actions concrètes et visibles, tout en construisant une campagne nationale capable de mener à des journées de perturbation non violente à grande échelle, par exemple le 1er mai 2026. Des appels de masse et des formations en ligne pourraient donner aux citoyens les outils nécessaires pour agir. Les syndicats, les associations de défense des droits des immigrés et des organisations comme Indivisible ou les Democratic Socialists of America pourraient mobiliser leurs militants et leurs ressources. Des personnalités politiques influentes, telles que Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Alexandria Ocasio-Cortez, Chris Murphy et Zohran Mamdani, pourraient également jouer un rôle en amplifiant ce message.
Les entreprises ciblées peuvent être classées en trois catégories : des cibles nationales de faible envergure, des cibles nationales de grande envergure et des cibles locales.
Les cibles nationales de faible envergure sont des entreprises publiques avec des contrats ICE relativement modestes et arrivant à échéance, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Dell (18,8 millions de dollars pour des licences logicielles Microsoft, échéance en mars 2026), UPS (90 500 dollars pour la livraison de petits colis, échéance en mars 2026), FedEx (1 million de dollars pour des services de livraison, échéance en mars 2026), Motorola Solutions (15,6 millions de dollars pour des infrastructures de communication tactique, échéance en mai 2026) et Comcast (24 600 dollars pour des services Internet au bureau de l’ICE à Seattle, échéance en mai 2026) en font partie. La maire nouvellement élue de Seattle, Katie Wilson, pourrait être une alliée dans cette lutte.
AT&T (83 millions de dollars pour l’informatique et les réseaux, échéance potentielle en juillet 2032) et LexisNexis (21 millions de dollars pour le courtage de données) sont des cibles nationales ambitieuses, avec des liens plus profonds avec l’ICE. Home Depot et Lowe’s, qui utilisent des lecteurs de plaques d’immatriculation alimentés par l’IA et partagent ces données avec les forces de l’ordre, y compris l’ICE, sont également visées.
Enfin, les cibles locales sont les centaines de petites entreprises qui ont des contrats avec l’ICE dans les différentes communautés du pays. Les militants locaux peuvent les identifier et les cibler, des sous-traitants aux fournisseurs d’équipements. Les hôtels louant des chambres aux agents de l’ICE sont particulièrement vulnérables, comme l’a montré l’exemple de Minneapolis, et les syndicats du secteur hôtelier peuvent jouer un rôle clé.
En isolant les entreprises de l’ICE, il est possible d’exercer une pression significative sur l’administration et d’augmenter le coût politique des expulsions. Aucune administration ne peut survivre sans le consentement des entreprises américaines. Ce combat concerne non seulement les personnes sans papiers, mais l’ensemble de la société. Pour contrer l’autoritarisme, il est essentiel de construire un mouvement de masse et de s’organiser pour une perturbation non violente généralisée, afin d’honorer la mémoire de Renée Nicole Good et de toutes les victimes de l’inhumanité.
