Publié le 16 octobre 2025 06:03:00. La surproduction de poivrons en Pologne a entraîné une chute spectaculaire des prix, mettant en péril les revenus des agriculteurs et révélant une crise structurelle du secteur.
- Les prix des poivrons ont chuté à des niveaux ne couvrant même pas les coûts de production, atteignant 60 PLN (zlotys polonais) par kilogramme alors qu’ils étaient à 3 PLN/kg en début d’année.
- La production de poivrons a explosé, avec des surfaces cultivées trois fois supérieures à celles de 2022, tandis que les importations, notamment de Turquie, d’Égypte et d’Espagne, continuent d’affluer.
- Le manque d’organisation des producteurs et la désintégration des groupements agricoles sont pointés du doigt comme causes principales de cette crise.
La situation est alarmante pour les producteurs de poivrons en Pologne. Les prix extrêmement bas, conséquence d’une « surchauffe du marché », ne permettent même plus de couvrir les dépenses de production. Selon Wojciech Myziak, un expert du secteur, cette situation est due à un engouement récent pour la culture du poivron, encouragé par la baisse de rentabilité des céréales ces dernières années.
Les chiffres sont éloquents : le prix des poivrons rouges est passé de 3 PLN/kg (environ 0,70 €) à 60 PLN/kg (environ 14 €) en quelques mois, tandis que les poivrons verts sont passés d’environ 1 PLN/kg (environ 0,23 €) à un prix similaire. Une situation qui, selon les agriculteurs, est intenable.
L’absence d’acheteurs est également un problème majeur, particulièrement pour les exploitations spécialisées dans la production de poivrons destinés à la transformation industrielle. Plusieurs usines de transformation ont d’ailleurs été contraintes de fermer leurs portes en raison de coûts de production trop élevés pour les poivrons surgelés. Des agriculteurs ont même été contraints d’abandonner leurs récoltes.
Wojciech Myziak souligne que la Pologne produit des poivrons pendant seulement 4 à 5 mois par an, le reste du temps étant tributaire des importations, principalement des Pays-Bas et d’Espagne. Les données de l’Institut d’économie agricole confirment cette tendance : les importations de poivrons ont augmenté de 12 % au cours des sept premiers mois de l’année, atteignant 62,1 mille tonnes contre 55,5 mille tonnes l’année précédente.
L’expert explique que, dans un premier temps, les poivrons importés étaient moins chers que la production locale, perturbant ainsi le marché. Il ajoute :
« Actuellement, il n’y a aucun acheteur de poivrons. »
Wojciech Myziak, expert du secteur
La situation est d’autant plus préoccupante que la géographie de la production agricole est en train de changer. L’Europe, selon Myziak, devient moins compétitive face à l’arrivée massive de produits provenant de Turquie, d’Égypte et du Maroc, où l’agriculture est fortement subventionnée.
La cause profonde de cette crise réside, selon Myziak, dans le manque d’organisation et de stratégie du marché, ainsi que dans la désintégration des groupements de producteurs de fruits et légumes. En 2015, on comptait 312 groupements, contre moins de 100 aujourd’hui, ce qui signifie que seulement 6 % du marché des légumes polonais est organisé.
Il dénonce une situation où d’un côté se concentrent les entreprises d’achat et de transformation, et de l’autre, de petites exploitations agricoles, sans réelle capacité de négociation.
« D’un côté, il y a une énorme concentration de capital d’entreprises d’achat et de transformation, de l’autre, de petites exploitations. Il n’y a aucune chance d’une coopération honnête. »
Wojciech Myziak, expert du secteur
Myziak estime que des solutions doivent être trouvées, notamment en introduisant un contrôle plus strict des importations, non pas pour les bloquer, mais pour obtenir des informations fiables sur les quantités, l’origine et la nature des produits afin de permettre aux producteurs polonais d’adapter leur production. Il rappelle que les importations se poursuivent même pendant la période de récolte des poivrons nationaux, ce qui est inhabituel.
Enfin, il plaide pour une meilleure organisation des producteurs et le développement d’un système de gestion des excédents à des prix minimaux. Les experts prévoient une hausse des prix à l’approche de l’hiver, mais cela ne compensera pas les pertes subies par les agriculteurs.
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