Home AffairesTakaichi entre dans l’histoire au milieu de l’instabilité – DW – 21/10/2025

Takaichi entre dans l’histoire au milieu de l’instabilité – DW – 21/10/2025

by Amélie Bernard

Publié le 22 octobre 2025 à 02h46. Sanae Takaichi a fait l’histoire en devenant la première femme Premier ministre du Japon, à l’issue d’un vote parlementaire serré. Sa nomination intervient dans un contexte de défis économiques et politiques majeurs, et s’accompagne d’une coalition inédite qui pourrait s’avérer fragile.

  • Sanae Takaichi a été élue Premier ministre du Japon à la Chambre basse du Parlement, marquant une première historique pour le pays.
  • Elle devra composer avec une coalition gouvernementale formée avec le parti d’opposition Japan Innovation Party (JIP), une alliance qui repose sur des compromis et des objectifs flous.
  • Le nouveau gouvernement est confronté à des enjeux économiques urgents, notamment la stagnation des salaires et la hausse des prix, ainsi qu’à une visite imminente du président américain Donald Trump.

L’élection de Sanae Takaichi, figure conservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD), a surpronné de nombreux observateurs. Elle a obtenu 237 voix sur 465 à la Chambre basse, grâce au soutien du JIP, un parti régional basé à Osaka qui cherche à étendre son influence à l’échelle nationale. Cette alliance, bien que pragmatique, est marquée par des divergences politiques notables, et sa pérennité est loin d’être assurée.

La nouvelle Première ministre devra rapidement former un cabinet et mettre en œuvre des politiques pour répondre aux préoccupations des Japonais, notamment en matière économique. Le pays est confronté à une période d’incertitude, avec une croissance des salaires atone et une augmentation du coût de la vie. Selon Jeff Kingston, directeur des études asiatiques à l’Université Temple au Japon,

« La priorité absolue du nouveau Premier ministre sera d’apaiser les profondes divisions au sein du parti et de restaurer la confiance du public dans le PLD. »

Jeff Kingston, directeur des études asiatiques à l’Université Temple au Japon

L’arrivée de Takaichi au pouvoir est également perçue comme un retour aux politiques de son mentor, l’ancien Premier ministre assassiné Shinzo Abe. Naomi Fink, stratège mondiale en chef chez Amova Asset Management à Tokyo, estime qu’elle relancera bon nombre de ses initiatives. La Bourse de Tokyo a d’ailleurs réagi favorablement à cette perspective, l’indice Nikkei clôturant à un niveau record, dépassant les 49 000 points, anticipant une plus grande stabilité politique.

Cependant, les défis ne manquent pas. La situation économique précaire, avec des salaires stagnants et une proportion croissante d’emplois précaires, constitue une source de mécontentement pour de nombreux Japonais. Tadashi Anno, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Tokyo, rappelle que les élections de juillet à la Chambre haute du Parlement ont révélé une désaffection croissante envers le PLD.

« Les gens ont exprimé leur opinion sur l’état de l’économie, la faiblesse du yen et la hausse des prix. »

Tadashi Anno, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Tokyo

À l’horizon, la visite officielle du président américain Donald Trump, prévue à partir de lundi prochain, ajoute une couche de complexité. Le Japon a promis un programme d’investissement de 550 milliards de dollars (473 milliards d’euros) pour satisfaire les exigences américaines, mais craint de nouvelles pressions sur les dépenses militaires. Anno souligne l’imprévisibilité de Trump :

« Trump est très imprévisible. En matière de sécurité, le Japon a opéré un changement de politique majeur en s’engageant à consacrer 2 % de son PIB à la défense. Cependant, on a le sentiment que les États-Unis pensent que le Japon doit faire plus et je pense qu’ils exerceront probablement une nouvelle pression sur le Japon dans ce domaine. »

Tadashi Anno, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Tokyo

Sanae Takaichi n’est pas tenue de convoquer de nouvelles élections avant l’automne 2028, mais son gouvernement, dépourvu de majorité absolue, pourrait être fragilisé par une opposition unie. L’avenir de la coalition avec le JIP est incertain, ce dernier cherchant à obtenir des concessions du PLD. Selon Kingston, ce gouvernement pourrait ne durer qu’un an, marquant le retour à une instabilité politique chronique au Japon.

La situation financière du gouvernement pourrait rendre difficile l’augmentation des dépenses militaires exigée par les États-Unis. Takaichi devra donc naviguer avec prudence pour éviter de se retrouver face à un ultimatum de Washington.

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