Publié le 25 octobre 2025 16:04:00. Les récentes pluies diluviennes qui ont frappé plusieurs États du Mexique ont mis en évidence la vulnérabilité des communautés face aux catastrophes naturelles, mais aussi la capacité de mobilisation de la société civile. Face à cette situation récurrente, des experts plaident pour une approche éducative innovante, axée sur la prévention et la résilience.
- Les pluies torrentielles, exacerbées par des facteurs climatiques et humains, ont causé d’importants dégâts dans la région de la Huasteca.
- La déforestation et l’urbanisation non planifiée sont pointées du doigt comme des causes aggravantes des inondations et des glissements de terrain.
- Une nouvelle approche pédagogique, dite « éducation aux catastrophes », est proposée pour renforcer la préparation et la résilience des populations.
Les États de Veracruz, Puebla, Querétaro, San Luis Potosí et Hidalgo ont été particulièrement touchés par les intempéries de ces derniers jours. Une combinaison de conditions météorologiques défavorables, notamment les restes des tempêtes tropicales Raymond et Priscilla, ainsi qu’une forte humidité provenant du golfe du Mexique, a entraîné des précipitations exceptionnelles. Ces phénomènes naturels, conjugués à des facteurs humains tels que la déforestation et l’urbanisation anarchique, ont amplifié l’impact des pluies et provoqué des inondations et des glissements de terrain.
La disparition de la couverture végétale réduit la capacité du sol à absorber l’eau, augmentant ainsi les risques d’inondations. De plus, la construction de zones urbaines sur des zones humides et des lits de rivières, associée à des infrastructures de drainage inadéquates et à l’accumulation de déchets, aggrave la situation. Les conséquences sont dramatiques, comme en témoigne le cas de la famille Gayosso Barrios à Huauchinango, Puebla, dont le foyer a été dévasté par les pluies. Un appel à la solidarité a été lancé pour les aider à faire face aux frais médicaux et à reconstruire leur vie.
Face à l’urgence, les autorités et la société civile se sont mobilisées. Des organisations de migrants ont financé des évacuations par hélicoptère, tandis que des citoyens concernés ont organisé des vols pour acheminer de l’aide aux populations isolées, notamment des enseignants pris au piège dans leurs écoles. Cependant, il est crucial d’aller au-delà de la réponse d’urgence et de réfléchir à des solutions à long terme.
C’est dans ce contexte que des chercheurs mettent en avant le concept d’« éducation aux catastrophes » (Valladares, 2022). Cette approche s’inscrit dans une « pédagogie de l’intérêt public », visant à revitaliser la vie publique au sein des écoles et des communautés. Elle répond aux défis du monde contemporain, caractérisé par la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté (VUCA – Bennett et Lemoine, 2014).
L’éducation aux catastrophes offre des opportunités considérables dans des régions vulnérables comme le Mexique et l’Amérique latine. Elle permet de renforcer les liens entre les écoles, les communautés et la société civile, et de promouvoir une prise de décision démocratique face aux risques de catastrophe. Comprise comme une pédagogie publique, elle peut agir comme un catalyseur de transformation sociale.
Cette éducation se caractérise par cinq attributs principaux : elle est pratique et continue, elle articule les différents niveaux d’éducation (formel, informel et non formel), elle est didactiquement polyvalente, socioculturelle, participative et communautaire, et enfin, elle est critique et socialement transformatrice (Valladares, 2022). Elle ne se limite pas aux interventions d’urgence, mais s’inscrit dans un processus d’apprentissage tout au long de la vie.
Selon le concept japonais de « préparation à la vie quotidienne (seikatasu bosai) » (Kitagawa, 2017, p. 2), l’éducation aux catastrophes doit être intégrée à toutes les activités quotidiennes. Elle ne doit pas être imposée de manière uniforme, mais s’adapter aux besoins spécifiques de chaque communauté (Giroux, 2013). Il s’agit d’ouvrir l’école au public et de favoriser l’action collective.
L’école primaire « 5 de Mayo 1862 » à Huauchinango, Puebla, illustre cette approche en activant la modalité de travail à distance en raison des risques de glissements de terrain. La direction de l’école a demandé un avis technique aux autorités compétentes, notamment au Centre national de prévention des catastrophes (CENAPRED) et au Comité administratif de Poblano pour la construction d’espaces éducatifs (CAPCEE), suite à des fissures et des effondrements constatés sur le terrain. La continuité pédagogique est assurée grâce à l’utilisation d’outils numériques et à la communication avec les parents et les tuteurs.
Références
- Bennett, N. et Lemoine, GJ (2014). Quelle différence un mot fait : comprendre les menaces qui pèsent sur les performances dans un monde VUCA. Horizons d’affaires, 57 (3), 311-317.
- Kitagawa, K. (2021). Conceptualiser «l’éducation en cas de catastrophe». Sciences de l’éducation, 11 (233), 1-15.
- Kitagawa, K. (2017) Situer l’éducation à la préparation au sein de la pédagogie publique. Pédagogie, Culture & Société, 25(1), 1-13.
- Valladares Riveroll, Liliana. (2022). L’éducation à la réduction des risques de catastrophe en tant que pratique pédagogique publique : défis et possibilités pour le contexte mexicain. Journal d’études et d’expériences en éducation, 21(47), 307-335
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