Publié le 11 novembre 2025 à 05h19. La victoire de La Libertad Avanza aux élections législatives a suscité une réaction positive sur les marchés, mais l’évolution du taux de change officiel reste modérée, freinée par des facteurs structurels et des interventions passées.
- La victoire de La Libertad Avanza a provoqué un rallye boursier inattendu.
- Le dollar a connu une baisse limitée, surprenant les analystes.
- L’offre agricole restreinte, la baisse des taux d’intérêt et le démantèlement des couvertures de change par le gouvernement expliquent cette stagnation.
Les marchés argentins ont réagi avec enthousiasme à l’issue des récentes élections législatives, mais la traduction de ce dynamisme sur le taux de change officiel s’avère plus complexe que prévu. Malgré un rallye boursier significatif, le dollar a affiché une résistance à la baisse, déconcertant les observateurs qui anticipaient une dépréciation plus marquée.
Le taux de change officiel peine à s’éloigner du plafond de sa fourchette de fluctuation, en raison d’une combinaison de facteurs. L’offre agricole limitée, conséquence de conditions climatiques défavorables et d’une saisonnalité naturelle, exerce une pression sur la demande de devises. Parallèlement, la récente baisse des taux d’intérêt, encouragée par le gouvernement, réduit l’attrait des placements en pesos et favorise la demande de dollars.
Ce vendredi 8 novembre, le dollar se négociait à 1 445 pesos, soit environ 70 pesos par dollar, en baisse de 4,6 % par rapport au vendredi 24 octobre. Cependant, il n’a pas atteint les seuils de 1 200 ou 1 300 pesos anticipés par certains acteurs du marché.
Selon Fernando Marull, économiste chez FMyA,
« Il y a trois raisons qui expliquent pourquoi le dollar continue de ne pas baisser autant que prévu : la faiblesse de l’offre agricole, la baisse des taux d’intérêt et un marché qui se débarrasse de la couverture des changes préélectorale. »
Le programme de rapatriement de capitaux lancé par le gouvernement fin septembre, incitant les exportateurs agricoles à anticiper leurs liquidations, a également contribué à réduire l’offre de dollars sur le marché. Ce dispositif a permis d’avancer une partie des recettes prévues pour les mois à venir, limitant ainsi la disponibilité des devises.
L’évolution des taux d’intérêt en pesos, qui avaient atteint des niveaux élevés avant les élections, est également un facteur à prendre en compte. Le gouvernement a encouragé un ajustement à la baisse de ces taux, ce qui a eu pour effet de réduire l’attrait des placements en monnaie locale.
GMA Capital souligne l’importance du démantèlement des positions de couverture mises en place par le Trésor et la Banque centrale avant les élections.
« Notre vision est la suivante : la persistance du taux de change s’explique en partie par le démantèlement de l’énorme couverture fournie par le Trésor lui-même et la Banque centrale à bas prix à l’approche des élections. Les dernières données de septembre placent la position vendue (à découvert) de la BCRA sur les contrats à terme à 6,8 milliards de dollars, et on estime qu’elle aurait dépassé les 7,0 milliards de dollars avant le 26 octobre. »
Selon la société de courtage, après les élections, ces positions de couverture ont été liquidées pour un montant d’environ 4 milliards de dollars, incluant les contrats à terme et les obligations souveraines indexées sur le dollar.
« Cette fermeture des ‘shorts’ de la part du gouvernement a généré une demande qui a fait pression sur les différents taux de change. En substance, c’est le secteur public lui-même qui, en fermant ses paris, a évité une appréciation plus marquée du peso. »
Andrés Reschini, associé de F2 Soluciones Financieras, estime que les élections ont placé le gouvernement dans une position plus favorable que prévu au niveau parlementaire, augmentant les chances de mener à bien les réformes structurelles envisagées, notamment dans les domaines du travail et de la fiscalité. Il nuance toutefois cette perspective :
« Au plan économique, il reste à déterminer si les mesures annoncées seront suffisantes pour stabiliser l’économie et atteindre les objectifs fixés. »
La Banque centrale et le gouvernement ont réaffirmé leur priorité à l’accumulation de réserves, mais la stratégie à adopter reste incertaine. Des informations suggèrent que les États-Unis auraient consenti à l’Argentine un prêt en Droits de Tirage Spéciaux (DTS, la monnaie du FMI) pour rembourser ses échéances auprès de l’institution.
« Premièrement, il aurait inversé sa position en pesos contre une dette en dollars et cela pourrait laisser penser qu’il n’y aura pas de peso plus « cher », du moins du point de vue des États-Unis. »
Le ministre de l’Économie, Luis Caputo, aurait informé les investisseurs étrangers que la Banque centrale envisageait de commencer à accumuler des réserves. L’agence Bloomberg a également évoqué une possible modification du rythme d’ajustement des fourchettes de change, à 1,5 % par mois, information démentie par le gouvernement. Cependant, avec une inflation estimée à 2 % par mois et un ajustement des fourchettes à 1 % par mois, des doutes persistent quant à la capacité du gouvernement à maintenir la stabilité du taux de change.
Selon Marull, une augmentation des flux financiers pourrait se produire cette semaine, en raison des émissions de dette lancées par des entreprises telles que Pampa Energía, Transportadora de Gas del Sur (TGS) et Pluspetrol, qui cherchent à profiter de l’appétit pour le risque argentin.
En conclusion, pour novembre et décembre, les analystes s’attendent à une relative stabilité du taux de change, autour des niveaux actuels. Une modification du régime des fourchettes de change pourrait être envisagée à partir du premier trimestre 2026, permettant à la Banque centrale de reconstituer ses réserves.
Selon la dernière enquête sur les attentes du marché (REM), le taux de change de gros devrait clôturer à 1 463 pesos fin novembre (contre une estimation de 1 499 pesos il y a un mois) et atteindre 1 500 pesos en décembre (contre 1 555 pesos lors du précédent sondage). Ces valeurs restent encadrées par le système de fourchettes flottantes, qui prévoit actuellement un plancher de 932,07 pesos et un plafond de 1 500,99 pesos.
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