Publié le 29 novembre 2025 18h16. Une start-up bruxelloise donne une seconde vie aux vêtements usagés en les transformant en un isolant thermique et acoustique performant, une alternative écologique aux matériaux traditionnels.
- La Belgique génère 14 kilos de déchets textiles par habitant et par an, dont une part importante est récupérée par l’économie sociale.
- IsoFabric, le matériau développé par la société du même nom, offre des performances d’isolation comparables aux biosourcés classiques (fibres de bois, chanvre, paille).
- La production, actuellement sous-traitée en France, ambitionne de se relocaliser en Belgique, idéalement au sein du secteur de l’économie sociale.
Face à l’accumulation de vêtements usagés, conséquence de la “fast fashion”, une solution innovante voit le jour à Bruxelles. IsoFabric, une entreprise issue de l’économie sociale, a mis au point un isolant thermique et acoustique fabriqué à partir de textiles recyclés. L’idée ? Transformer un problème environnemental en une ressource durable pour le secteur de la construction.
Le matériau se présente sous la forme d’une mousse bleu jean agglomérée, semblable à un matelas d’une dizaine de centimètres d’épaisseur. “Il se fixe dans les combles, entre les lattes de la toiture, dans les cloisons, les planchers… toujours à l’intérieur de l’enveloppe étanche du bâtiment”, explique Christophe de Wouters, cofondateur d’IsoFabric. “Il est facile à poser et à découper, très peu poussiéreux, doux au toucher et sans odeur. Il ne contient rien de nocif puisqu’il est composé de vêtements”. Les premiers retours des professionnels du secteur sont encourageants : ils apprécient la maniabilité du produit.
En termes de performance, IsoFabric se positionne parmi les meilleurs isolants biosourcés, avec une conductivité thermique d’environ 0,035. Il offre également d’excellentes propriétés d’isolation acoustique, ce qui a suscité l’intérêt de studios d’enregistrement.
Le processus de fabrication comprend plusieurs étapes. Tout d’abord, le textile est débarrassé de ses accessoires (boutons, fermetures éclair, etc.). Il est ensuite “guillotiné” en morceaux, puis effiloché pour restaurer une fibre semblable à de la ouate. Cette fibre est mélangée à un liant thermoplastique, indispensable pour l’agglomération. “Il s’agit d’une fibre thermoliante composée de deux plastiques qui fondent à des températures différentes”, précise Christophe de Wouters. Enfin, les fibres sont soufflées dans le même sens, puis chauffées à 120 degrés dans un four pour activer le liant et obtenir un matelas d’une densité de 20 kilos par mètre cube.
« 120 degrés, c’est moins que pour votre pizza. Et nettement moins énergivore que les laines de verre ou de roche, qui nécessitent des fours à fusion de 1400 ou 1500 degrés. »
Christophe de Wouters, cofondateur d’IsoFabric
La matière première ne manque pas. “Le problème actuel n’est vraiment pas le gisement”, confirme Christophe de Wouters depuis son site à USquare, dans les anciennes casernes d’Ixelles. “Nous aimerions développer un isolant avec des textiles de moins bonne qualité, car ce coton peut être réutilisé de manière plus efficace qu’en simple isolation”. Tant que la fast fashion ne sera pas remise en question, l’idée restera à l’état de projet.
IsoFabric estime que son processus zéro déchet permet d’économiser environ 0,5 tonne d’équivalent CO2 par tonne de textile recyclé, soit 20 kilos d’équivalent CO2 en moins par mètre cube d’isolant produit. Ces économies sont dues à l’évitement de l’incinération des vêtements, de leur transport sur de longues distances et de la production d’isolants traditionnels.
Les premiers chantiers tests sont en cours de planification, et une première commande industrielle “de plusieurs tonnes” est prévue début 2026. L’objectif est de convaincre les architectes et les spécialistes de l’isolation, les prescripteurs du secteur. IsoFabric ambitionne également d’être inclus dans la liste des matériaux éligibles aux primes PEB (Performance Énergétique des Bâtiments) afin de rassurer les professionnels.
Actuellement, les prototypes IsoFabric sont fabriqués par un partenaire français spécialisé dans le textile durable. Pour l’industrialisation, IsoFabric est en négociations avec deux sous-traitants en Allemagne et en France. “Mais l’ambition est de rapatrier toute la production en Belgique, si possible au sein de l’économie sociale”.
+ IsoFabric a bénéficié de l’accompagnement de CoopCity, un centre d’accompagnement à l’entrepreneuriat social et coopératif à Bruxelles. Ce dernier alerte, le 20 novembre 2025, sur les inquiétudes du secteur des entreprises sociales dues à l’absence de gouvernement régional bruxellois.
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