Publié le 6 décembre 2025 à 04h48. Le projet de réforme des retraites porté par le gouvernement allemand se heurte à une nouvelle vague de critiques, notamment suite à la publication d’une étude remettant en question son équité et son impact sur les différentes générations.
- Une étude du Centre pour la finance intergénérative (CIF) et de l’Otto Beisheim School of Management (WHU) révèle que les retraités les plus aisés seront les principaux bénéficiaires du nouveau système.
- L’Union (CDU/CSU) est divisée sur le projet, avec une opposition croissante au sein de ses rangs, notamment au sein du groupe des jeunes députés.
- La gauche pourrait jouer un rôle décisif en s’abstenant lors du vote au Bundestag, facilitant ainsi l’adoption du texte malgré les dissensions au sein de la coalition gouvernementale.
Berlin est depuis plusieurs semaines le théâtre de vives tensions autour du paquet de réformes des retraites, une question qui domine le débat politique intérieur. Les résistances au sein de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et de l’Union chrétienne-sociale (CSU) pourraient compromettre le vote prévu ce vendredi 5 décembre au Bundestag et fragiliser la coalition gouvernementale.
L’étude réalisée pour le compte de la Fondation Friedrich Naumann, proche du Parti libéral-démocrate (FDP), met en lumière des inégalités dans la répartition des bénéfices de la réforme. Selon les résultats, rapportés par le Rheinische Post, les retraités percevant des pensions plus élevées bénéficieront d’une augmentation significativement plus importante que ceux disposant de revenus plus modestes. En fixant le niveau des retraites à 48 % d’ici 2031, une pension de 800 euros augmenterait de 32 euros, tandis qu’une pension de 2 500 euros (environ 2 630 €) augmenterait de 100 euros. « La grande majorité des dépenses supplémentaires de l’assurance retraite profitera aux bénéficiaires de pensions supérieures à la moyenne », conclut l’étude.
L’étude pointe une redistribution des richesses des jeunes vers les seniors
Les auteurs de l’étude mettent également en garde contre une redistribution des richesses des jeunes vers les seniors. Le seuil de 50 % de taux de cotisation total pourrait être atteint dès 2045 avec ce paquet de réformes. Ils préconisent une politique du marché du travail axée sur l’immigration qualifiée, un lien entre l’âge de la retraite et l’espérance de vie, la réactivation du facteur de durabilité pour partager la charge entre les générations, et le développement d’un pilier de capitalisation pour les jeunes.
Comme d’autres experts, les auteurs de l’étude soulignent également le risque d’une injustice intergénérationnelle.
Critiques du FDP : « Une mauvaise politique au détriment des générations futures »
Christian Dürr, chef du FDP, a exprimé des critiques virulentes. « Les avertissements concernant les conséquences du paquet de retraites sont clairs », a-t-il déclaré, pointant du doigt l’attitude de la CDU et de la CSU, et notamment du chancelier fédéral Friedrich Merz. « Le fait que l’Union soutienne cette mauvaise politique au détriment des générations futures, uniquement pour maintenir une coalition, montre à quel point le chancelier fédéral est incapable de mener des réformes ambitieuses. » Il plaide pour un « courage d’opérer un véritable changement de système avec une pension par capitalisation ».
Le gouvernement a présenté plusieurs mesures pour répondre aux inquiétudes, notamment la pension de mère, la pension active et la pension anticipée. La ministre du Travail, Bärbel Bas, a défendu ces propositions devant le Bundestag, affirmant que l’objectif du gouvernement est de garantir une retraite sûre et équitable pour toutes les générations. Une commission des retraites doit proposer des « mesures vastes et courageuses ».
Le vote au Bundestag s’annonce serré
Au sein de l’Union, la fixation du niveau des retraites à 48 % est particulièrement contestée. Le groupe des jeunes députés, composé de 18 membres, s’oppose à cette mesure, craignant des coûts supplémentaires de 120 milliards d’euros d’ici 2040. D’autres députés partagent les mêmes préoccupations. L’Union a donc demandé un vote test pour se forger une opinion.
L’abstention de la gauche pourrait débloquer la situation. Leur groupe parlementaire a annoncé qu’il s’abstiendrait lors du vote au Bundestag, ce qui améliorerait les chances d’adoption du texte malgré les dissensions au sein de la coalition. Le paquet de retraites pourrait ainsi surmonter l’obstacle au Bundestag, malgré la présence de plusieurs dizaines de députés dissidents. (Sources : RP, Ministère fédéral du Travail) (mg)
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