Home Technologie et scienceLe ventre mou de l’espace n’est pas en orbite, il est au sol

Le ventre mou de l’espace n’est pas en orbite, il est au sol

by Thomas Caron

Publié le 18 décembre 2025 07:00:00. La sécurité des infrastructures spatiales est de plus en plus menacée par des attaques ciblant le « segment sol », l’ensemble des installations terrestres qui permettent la communication avec les satellites. Øystein Thorvaldsen, responsable de la sécurité de l’information chez KSAT, explique comment son entreprise s’adapte à ces nouvelles menaces et sécurise ses opérations à l’échelle mondiale.

  • Le segment sol est considéré comme le principal point d’entrée pour les attaques contre les systèmes spatiaux.
  • Les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement représentent une préoccupation majeure pour KSAT.
  • KSAT a développé des solutions pour concilier sécurité et faible latence dans le traitement des données d’observation de la Terre.

Pour KSAT, un opérateur norvégien de stations au sol, la protection des infrastructures terrestres est devenue une priorité absolue. Selon Øystein Thorvaldsen, les adversaires considèrent de plus en plus le segment sol – qui comprend les stations de réception, les centres de traitement des données et les réseaux de communication – comme la voie la plus accessible pour compromettre les systèmes spatiaux. À moins que les attaquants ne disposent de ressources considérables, il est beaucoup plus difficile de cibler directement les satellites en orbite.

« Le segment sol est le seul point d’entrée viable dans les systèmes spatiaux, que ce soit du côté du client ou du fournisseur de la station au sol », explique M. Thorvaldsen. Il souligne que les failles de sécurité se trouvent souvent au sein de la chaîne d’approvisionnement, un problème bien connu mais sous-estimé. La complexité de cette chaîne, avec de nombreux fournisseurs imbriqués les uns dans les autres, rend difficile l’obtention d’une vue d’ensemble claire et la gestion des risques.

KSAT est également confrontée à des interférences intentionnelles et non intentionnelles. L’entreprise possède des stations au sol réparties dans le monde entier, souvent situées dans des zones reculées pour minimiser les perturbations radioélectriques. Des mesures approfondies sont prises pour évaluer l’adéquation de chaque site avant son installation. Néanmoins, la Russie est accusée d’interférer activement avec les systèmes GNSS (systèmes mondiaux de navigation par satellite) le long de sa frontière avec la Norvège, une situation suivie de près par KSAT en collaboration avec les autorités norvégiennes.

La nécessité de traiter et de diffuser rapidement les données d’observation de la Terre (EO) pose un défi supplémentaire en matière de sécurité. Les fenêtres de transmission sont souvent étroites, ne laissant que quelques secondes ou minutes pour acheminer les informations du satellite au client. KSAT a mis en place des solutions pour garantir une liaison descendante, un traitement et une diffusion à très faible latence, tout en maintenant un niveau de sécurité élevé. Pour les missions les plus urgentes, les données sont transmises directement au client via une connexion WAN chiffrée de bout en bout.

Récemment, KSAT a lancé « Hyper », un service permettant aux clients d’obtenir une liaison descendante vers leurs stations au sol préférées, quel que soit l’emplacement des satellites, grâce à l’utilisation de satellites relais exploités par l’entreprise. Cette innovation permet de réduire encore davantage la latence et d’améliorer la réactivité.

La coexistence d’équipements anciens et de technologies modernes représente un autre défi majeur. Les antennes, par exemple, sont coûteuses et ont une longue durée de vie. KSAT adopte une approche similaire à celle des institutions financières, en mettant en œuvre des mesures de sécurité autour des systèmes existants – isolation du réseau, surveillance, encapsulation des fonctionnalités dans des API modernes – tout en migrant progressivement vers une architecture plus logicielle et moins dépendante du matériel spécifique.

Enfin, KSAT se montre prudente quant à l’automatisation des réponses aux incidents de sécurité, préférant une approche conservatrice. L’automatisation est utilisée pour les tâches de routine, mais pas pour les opérations critiques où une erreur pourrait avoir des conséquences graves. « Notre expérience nous montre que même les outils d’auto-apprentissage basés sur l’IA ne sont pas adaptés à notre configuration hautement spécialisée », conclut M. Thorvaldsen.

En savoir plus: Repenser les architectures de sécurité de l’IA au-delà de la Terre

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