L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a autorisé, le 29 juin 2026, les pharmaciens à substituer les dosages d’aspirine gastro-résistante 75 mg et 100 mg. Cette mesure exceptionnelle répond aux difficultés de production du laboratoire Pfizer pour son médicament Resitune, créant des tensions d’approvisionnement qui devraient durer jusqu’au début de l’année 2027.
Le marché des traitements cardiovasculaires en France traverse une zone de turbulences. Le point de départ est précis : un problème industriel chez Pfizer. Le laboratoire a alerté l’ ANSM sur des difficultés de production concernant Resitune, son médicament à base d’acide acétylsalicylique dosé à 75 mg et 100 mg.
L’effet domino a été immédiat. Selon Science et Vie, l’arrêt partiel de Resitune a déstabilisé l’ensemble de la filière. Les autres laboratoires, soudainement sollicités par un afflux massif de commandes, peinent à absorber la demande. Ce report massif a fini par créer des tensions même sur les versions génériques.
« Le laboratoire Pfizer nous a informés de difficultés de production affectant la mise à disposition de son médicament Resitune (acide acétylsalicylique) 75 et 100 mg, comprimés gastro-résistants. Cette situation conduit à des difficultés, dues aux reports, sur les médicaments à base d’acide acétylsalicylique 75 mg et 100 mg comprimés gastro-résistants »
L’ANSM, via communiqué officiel
Le retour à la normale n’est pas imminent. Pfizer estime que ses approvisionnements ne seront stabilisés qu’au début de l’année 2027.
La substitution des dosages : le mécanisme de secours de l’ANSM

Face à l’urgence, les autorités sanitaires ont dû assouplir les règles de dispensation. L’ Ordre des Pharmaciens relaie une recommandation temporaire permettant aux pharmaciens de s’adapter aux stocks disponibles.
Concrètement, le pharmacien dispose désormais de deux leviers pour éviter une rupture de traitement :
Cette flexibilité n’est pas une improvisation. Elle s’appuie sur les recommandations européennes en vigueur pour la prévention cardiovasculaire, qui valident l’usage de doses quotidiennes d’aspirine comprises entre 75 mg et 150 mg. Dans ce cadre, l’écart entre 75 mg et 100 mg est considéré comme acceptable pour maintenir la protection du patient.
« à remplacer entre eux les médicaments à base d’acide acétylsalicylique 75 mg et 100 mg en comprimés gastrorésistants en fonction des disponibilités de ces deux traitements »
L’ANSM, via communiqué officiel
Le pharmacien doit toutefois informer le prescripteur de ce changement de dosage ou de marque pour assurer le suivi médical.
Enjeux médicaux : pourquoi l’interruption est proscrite
Pour le grand public, l’aspirine est souvent associée au traitement de la douleur. Mais à faible dose (75 ou 100 mg), elle change de fonction. Comme le souligne Top Santé, ces dosages sont prescrits pour empêcher les plaquettes sanguines de s’agréger trop facilement.
L’objectif est vital : réduire le risque de formation de caillots pour prévenir les récidives d’infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ischémiques. Pour des millions de patients, l’arrêt brutal du traitement exposerait à un risque cardiovasculaire immédiat et grave.
Un détail technique est crucial ici : la forme gastro-résistante. Ces comprimés sont conçus pour traverser l’estomac sans se dissoudre, limitant ainsi les irritations gastriques et les risques d’ulcères liés à une prise quotidienne sur le long terme. C’est pourquoi la substitution doit impérativement se faire vers un autre produit gastro-résistant.
Une fragilité systémique révélée par l’incident Pfizer
L’épisode Resitune agit comme un révélateur. Le fait qu’un seul problème de production chez un acteur majeur puisse déstabiliser l’ensemble du marché français souligne la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement. Selon Le Moniteur des Pharmacies, l’ANSM a d’ailleurs demandé aux autres laboratoires commercialisant ces traitements d’augmenter leur production pour limiter l’impact sur les patients.
Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de multiplication des ruptures de stock de médicaments en France depuis plusieurs années. La dépendance à quelques sites de production mondiaux transforme chaque incident industriel en crise de santé publique potentielle.
L’horizon 2027 fixé par Pfizer laisse présager une période de tension prolongée. Durant cette phase, la vigilance des patients et la coordination entre médecins et pharmaciens seront les seuls remparts contre les ruptures de soins.
Note : Cette analyse est fournie à titre informatif. Aucun patient ne doit interrompre ou modifier son traitement sans l’avis préalable de son médecin ou de son pharmacien.
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