La France a emprunté à près de 4,8 % à dix ans sur les marchés financiers, un plus haut depuis 2008. Face à cette tension sur la dette et à un déficit public dégradé à 5,4 %, le Premier ministre Sébastien Lecornu alerte sur les risques d’une crise financière avant de présenter le budget 2027.
Un coût de la dette au plus haut depuis 2008 et une dégradation du déficit
Le coût de refinancement de la dette française a franchi un seuil symbolique et alarmant. Mardi, la France a emprunté à près de 4,8 % à dix ans, contre 3,5 % un an plus tôt, selon les données communiquées par le Premier ministre Sébastien Lecornu sur le réseau social X. Un tel niveau n’avait pas été observé depuis la crise financière de 2008.
Cette poussée des taux s’accompagne d’un creusement de l’écart avec l’emprunt allemand, la référence européenne. Cet écart s’approche de 1,20 point de pourcentage, un niveau inédit depuis 2012, dans un contexte marqué par les tensions énergétiques qui poussent les taux à la hausse dans de nombreux pays. En France, cette pression est encore alourdie par l’incertitude politique à l’approche de l’élection présidentielle.

La situation des finances publiques s’est également alourdie. Le déficit public a dérapé à 5,4 % en 2026, s’éloignant de l’objectif initial de 5 %, tandis que l’État vise toujours un déficit de 5 % pour 2027. Pour faire face à ces échéances, l’Agence France Trésor a annoncé qu’elle prévoyait d’émettre un montant record de 340 milliards d’euros de dette à moyen et long terme pour l’année prochaine, net de rachats, d’après les informations publiées par Boursier.com.
L’appel solennel de Sébastien Lecornu à la classe politique avant le Conseil des ministres
À la veille de la présentation du projet de loi de finances et du budget de la Sécurité sociale en Conseil des ministres, Sébastien Lecornu a haussé le ton. Le chef du gouvernement cherche à parer le risque de censure de son texte par les oppositions au Parlement, en agitant la menace d’une crise financière.
Le locataire de Matignon a rappelé que la hausse de la charge d’intérêts pèse directement sur les marges de manœuvre de l’État. Selon des chiffres communiqués par le ministère de l’Économie, la charge d’intérêts de la totalité de la dette publique — englobant l’État, les collectivités et la Sécurité sociale — s’élève à 79 milliards d’euros en 2026, dont 65 milliards concernent la seule dette de l’État.

Davantage d’intérêts à payer, c’est moins de moyens pour les priorités du pays.
Sébastien Lecornu, Premier ministre, via Le Figaro
Un effort d’économies de 54 milliards d’euros et des mesures ciblées
Le projet de loi de finances pour 2027, dont les grandes lignes ont été exposées à la mi-septembre, repose sur un effort d’économies global de 54 milliards d’euros. Dans ce cadre, le gouvernement entend mener des actions précises sur les différents postes de dépenses publiques.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a précisé que l’exécutif souhaite diviser quasiment par deux le déficit de la Sécurité sociale l’an prochain. Pour y parvenir, 5,5 milliards d’euros d’économies sont attendus en freinant la progression des dépenses de retraite, avec une mesure clé : les pensions supérieures à 1 260 euros ne seront plus indexées intégralement sur l’inflation.

Parallèlement, le Premier ministre a adressé un geste aux collectivités territoriales. Dans un courrier adressé aux présidents de départements, il a promis 1,5 milliard d’euros supplémentaires pour les départements en leur affectant une part de la contribution sociale généralisée (CSG), dont 300 millions d’euros pour financer l’allocation personnalisée d’autonomie.
Les options institutionnelles restreintes pour l’adoption du texte au Parlement
L’examen parlementaire s’annonce particulièrement périlleux à sept mois de l’élection présidentielle, alors que le Parti socialiste qualifie déjà le texte de récessif
. Un vote classique en bonne et due forme du budget apparaît hautement improbable en raison de la polarisation des débats dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale à partir du 13 octobre.
Le gouvernement exclut de recourir à une loi spéciale qui reconduirait les crédits de 2026, estimant qu’une telle option aggraverait encore le déficit. Pour faire adopter son texte, l’exécutif dispose principalement de deux outils constitutionnels complexes : l’article 49.3 de la Constitution, qui suppose qu’aucun texte de censure ne soit voté par les oppositions comme le Rassemblement national ou le Parti socialiste, ou bien l’utilisation d’ordonnances, un mécanisme qui n’a encore jamais été employé pour un budget de l’État.