Publié le 26 décembre 2025 à 13h19. Des chercheurs écossais explorent de nouvelles voies pour comprendre et traiter la maladie d’Alzheimer, en allant jusqu’à étudier des tissus cérébraux humains prélevés lors d’une opération chirurgicale délicate.
- Une équipe de l’Université d’Édimbourg collecte des échantillons de cortex cérébral lors d’une intervention chirurgicale pour enlever une tumeur, une pratique rare qui permet d’étudier le cerveau humain vivant.
- Les recherches se concentrent sur le rôle des cellules immunitaires, les astrocytes, et sur la manière dont elles contribuent au développement de la maladie d’Alzheimer.
- De nouveaux médicaments, comme le lécanemab et le donanemab, montrent des résultats prometteurs en ralentissant la progression de la maladie, ouvrant la voie à de futurs traitements.
Au cœur du Royal Infirmary d’Édimbourg, une scène inhabituelle se déroule. Un neurochirurgien s’apprête à retirer une tumeur cérébrale profonde, mais cette opération ne se limite pas à sauver une vie. Elle offre une opportunité unique à des chercheurs de percer les mystères de la maladie d’Alzheimer. Pendant que l’équipe médicale travaille avec précision, le Dr Claire Durrant, experte en recherche sur la maladie d’Alzheimer à l’Université d’Édimbourg, se prépare à recevoir un fragment de tissu cérébral, une pièce précieuse pour ses investigations.
L’atmosphère dans la salle d’opération est tendue mais calme, rythmée par le bourdonnement des équipements médicaux. Le patient, sous anesthésie, est au centre de toute l’attention. Sur l’écran, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) révèle la masse tumorale blanche et brillante qui s’est propagée depuis le côlon du patient jusqu’au cerveau. Le professeur Paul Brennan, le neurochirurgien, explique la complexité de l’intervention : « Ce n’est pas à la surface du cerveau, nous devons donc faire un trou dans le cortex aussi petit que possible, mais suffisamment grand pour atteindre la tumeur. » Le cortex, la couche externe du cerveau, est crucial pour le langage, la mémoire et la pensée, et sa manipulation nécessite une extrême prudence.
Traditionnellement, le tissu cérébral retiré lors de ces opérations est considéré comme un déchet médical. Cependant, l’Université d’Édimbourg fait partie d’un nombre restreint de centres dans le monde à collecter ces échantillons, avec le consentement du patient, pour la recherche sur la démence. Le professeur Brennan retire délicatement un morceau de cerveau de la taille d’un ongle et le place dans un bocal de conservation. Ce fragment, qui représente les pensées et les craintes du patient, est un cadeau précieux pour les chercheurs.
Dans le laboratoire du Dr Durrant, l’échantillon est plongé dans un liquide céphalo-rachidien artificiel glacé, puis découpé en tranches extrêmement fines. Ces tranches sont ensuite exposées à des protéines toxiques, l’amyloïde et la protéine tau, qui s’accumulent dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. L’objectif est de comprendre comment ces protéines détruisent les synapses, les connexions entre les neurones, et de trouver des moyens de stopper ce processus destructeur.
Le Dr Durrant est convaincue que traiter la maladie d’Alzheimer n’est pas une chimère. Elle explique : «
Les preuves dont nous disposons aujourd’hui montrent qu’il s’agit d’une maladie, et nous savons par expérience que les maladies peuvent être traitées. Peut-être qu’un jour nous trouverons des preuves que la maladie d’Alzheimer est inhérente à l’être humain, mais je ne le vois pas pour le moment.
Dr Claire Durrant, experte en recherche sur la maladie d’Alzheimer à l’Université d’Édimbourg».
Les avancées récentes dans le traitement de la maladie d’Alzheimer sont encourageantes. Deux médicaments, le lécanemab et le donanemab, ont démontré leur capacité à ralentir la progression de la maladie, bien que leur effet sur les patients soit encore modeste. Cependant, le professeur Tara Spires-Jones, directrice du Brain Science Discovery Centre de l’Université d’Édimbourg, estime que ces médicaments « ouvrent la porte » à de nouvelles thérapies. Elle souligne l’importance d’une approche multidimensionnelle, prenant en compte le système immunitaire, l’inflammation, la santé des vaisseaux sanguins et les facteurs génétiques et environnementaux.
Le professeur Spires-Jones envisage trois étapes clés dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer : des médicaments capables de ralentir ou d’arrêter significativement la progression de la maladie à court terme, des outils pour prévenir complètement la démence, et, à long terme, des traitements pour ceux qui présentent déjà des symptômes, bien que cette dernière étape soit considérée comme la plus difficile. Elle estime que nous sommes à cinq à dix ans d’un traitement « qui changera véritablement la vie », permettant de redonner une vie normale aux patients grâce à un diagnostic et une intervention précoces.
La recherche sur la maladie d’Alzheimer est un domaine complexe et exigeant, mais les progrès réalisés ces dernières années offrent un espoir réel. Comme le souligne le professeur Spires-Jones : « Le cerveau humain est si extraordinairement complexe que nous devons le constater par nous-mêmes chez les humains. » Des recherches et des essais cliniques supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats prometteurs et développer des traitements efficaces contre cette maladie dévastatrice.
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