L’informatique quantique, longtemps considérée comme une promesse lointaine, suscite un intérêt croissant des géants de la technologie et du gouvernement américain. Alors que l’intelligence artificielle domine actuellement l’actualité, ces acteurs misent sur le potentiel révolutionnaire de cette technologie pour surpasser les capacités des ordinateurs classiques.
Plusieurs entreprises, dont IBM, Microsoft et Google, se sont engagées dans une course pour rendre l’informatique quantique opérationnelle d’ici la fin de la décennie. Arvind Krishna, PDG d’IBM, prévoit que dès 2028 ou 2029, les ordinateurs quantiques seront capables de résoudre des problèmes qui « surprendront et nous étonneront ». Il cite des applications potentielles dans le calcul des prix des obligations, la constitution de portefeuilles d’investissement et la prédiction de la corrosion des avions, avec une précision supérieure à celle des systèmes actuels. Selon lui, l’informatique quantique en est aujourd’hui au même stade que l’IA et les GPU en 2015.
IBM concentre ses efforts sur l’amélioration des temps de cohérence – la durée pendant laquelle un bit quantique maintient son état quantique – atteignant actuellement environ 1/10 de milliseconde. Le seuil critique d’une milliseconde complète permettrait d’effectuer des calculs dépassant les capacités des ordinateurs traditionnels. L’entreprise développe également des modèles plus petits et spécialisés, adaptés à des applications métier spécifiques.
Google a récemment annoncé une avancée significative grâce à sa nouvelle puce quantique, Willow. Les ingénieurs de Google ont exécuté un algorithme 13 000 fois plus rapidement sur leur ordinateur quantique que sur un superordinateur classique. Cet algorithme, appelé Quantum Echo, modélise une expérience physique de résonance magnétique nucléaire (RMN) et permet de révéler les structures moléculaires internes en détectant les spins magnétiques au centre des atomes. L’importance de cette expérience réside dans sa reproductibilité et sa vérifiabilité, offrant ainsi un cas d’utilisation concret pour l’informatique quantique.
IBM et Microsoft ont également présenté leurs propres puces quantiques : IBM avec les puces Loon et Nighthawk, et Microsoft avec Majorana 1.3.
Le gouvernement américain considère désormais l’informatique quantique comme un enjeu stratégique majeur. Des discussions sont en cours avec plusieurs petites entreprises du secteur – IONQ, Rigetti Computing et D Wave Quantum – en vue d’échanges de financements fédéraux contre des prises de participation. Cette démarche souligne l’importance accordée à cette technologie pour la sécurité nationale et les intérêts du pays. Des ordinateurs quantiques opérationnels pourraient potentiellement déchiffrer des codes de sécurité actuellement inviolables et accélérer la découverte de nouveaux médicaments, matériaux et produits chimiques.
L’intérêt pour le secteur se traduit par une forte hausse des cours de certaines actions. Les actions d’IonQ ont augmenté de 30,3 %, celles de Rigetti de 105,8 % et celles de D-Wave de 245,1 % cette année. Cependant, les résultats financiers du troisième trimestre de ces entreprises témoignent de leur jeunesse et de leur stade de développement. D-Wave a vu son chiffre d’affaires passer de 1,9 million de dollars (environ 1,7 million d’euros) à 3,7 millions de dollars (environ 3,3 millions d’euros), tout en enregistrant une perte ajustée de 18,1 millions de dollars (environ 16,5 millions d’euros). Rigetti a affiché un chiffre d’affaires de 1,9 million de dollars (environ 1,7 million d’euros), contre 2,4 millions de dollars (environ 2,2 millions d’euros) l’année précédente, et une perte d’exploitation de 20,5 millions de dollars (environ 18,7 millions d’euros). IonQ a plus que triplé son chiffre d’affaires, passant de 12,4 millions de dollars (environ 11,3 millions d’euros) à 39,9 millions de dollars (environ 36,5 millions d’euros), mais a également enregistré une perte nette de 1,1 milliard de dollars (environ 998 millions d’euros) et une perte EBITDA ajustée de 48,9 millions de dollars (environ 44,6 millions d’euros).
Avant de se lancer dans des investissements massifs, les investisseurs pourraient attendre de connaître les conditions exactes des prises de participation que le gouvernement américain exigera en échange de ses subventions.
