Publié le 14 octobre 2025 13h18. Une étude internationale démontre qu’arrêter de fumer, même tardivement, peut significativement ralentir le déclin cognitif lié à l’âge, préservant ainsi la mémoire et la fluidité verbale.
- Arrêter de fumer est associé à un ralentissement de 20 % du déclin de la mémoire et de 50 % de celui de la fluidité verbale.
- Les bénéfices sont observés quel que soit l’âge auquel on cesse de fumer, suggérant qu’il n’est jamais trop tard pour agir.
- L’étude s’appuie sur l’analyse de données provenant de plus de 9 400 adultes issus de 12 pays.
Les fumeurs qui mettent fin à leur consommation de tabac bénéficient d’un ralentissement notable du déclin cognitif, selon une recherche internationale publiée dans la revue The Lancet Healthy Longevity. L’étude, menée par des chercheurs de l’University College London (UCL), confirme que l’arrêt du tabac préserve les fonctions cérébrales essentielles, telles que la mémoire et la capacité à s’exprimer aisément.
L’analyse, basée sur les données de 9 418 adultes de plus de 40 ans provenant d’Angleterre, des États-Unis et de dix pays européens (Autriche, Allemagne, Suède, Pays-Bas, Espagne, Italie, France, Danemark, Suisse et Belgique), révèle que les anciens fumeurs présentent une perte de mémoire et de fluidité verbale moins rapide que les fumeurs actifs. Concrètement, l’étude estime que l’arrêt du tabac équivaut à un vieillissement mental retardé de trois ans sur six.
Les chercheurs ont comparé 4 718 personnes ayant arrêté de fumer à un groupe témoin de taille équivalente continuant à fumer, en veillant à ce que les deux groupes soient comparables en termes d’âge, de sexe, de niveau d’éducation, de pays d’origine et de performances cognitives initiales. Ils ont constaté que, pendant les six années précédant l’arrêt du tabac, les deux groupes affichaient des taux de déclin similaires. Cependant, dans les six années qui ont suivi l’arrêt, ceux qui avaient cessé de fumer ont présenté un déclin sensiblement plus lent de leurs capacités cognitives.
Plus précisément, les anciens fumeurs ont enregistré une perte de mémoire réduite de trois à quatre mois par an et une amélioration de la fluidité verbale de six mois par an par rapport aux fumeurs persistants. Ces résultats soulignent l’importance de l’arrêt du tabac, en particulier chez les personnes d’âge moyen et plus âgé.
L’étude, coordonnée par le Dr Mikaela Bloomberg et le professeur Andrew Steptoe de l’UCL, s’appuie sur le suivi des participants aux études ELSA (Angleterre), SHARE (Europe) et HRS (États-Unis) entre 2002 et 2020. La méthodologie repose sur l’analyse de données longitudinales obtenues grâce à des évaluations cognitives biennales, incluant des tests de mémoire épisodique et de fluidité verbale.
Le professeur Steptoe souligne que le ralentissement du déclin cognitif est lié à un risque plus faible de démence :
« Un déclin cognitif plus lent est associé à un risque plus faible de démence. Ces résultats renforcent les preuves suggérant que l’arrêt du tabac pourrait être une stratégie préventive contre la maladie. »
Andrew Steptoe, professeur à l’UCL
Le Dr Bloomberg ajoute :
« Notre étude suggère qu’arrêter de fumer peut aider les gens à maintenir une meilleure santé cognitive à long terme, même lorsqu’ils ont 50 ans ou plus au moment où ils arrêtent. »
Mikaela Bloomberg, médecin à l’UCL
Les chercheurs reconnaissent certaines limites à leur étude. Il s’agit d’une étude observationnelle, ce qui ne permet pas d’établir une relation de cause à effet définitive. De plus, l’échantillon analysé était légèrement plus sain que la population générale, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats. Ils suggèrent que de futures recherches devraient explorer le rôle de l’historique de tabagisme, les différences entre les pays et l’impact sur d’autres domaines cognitifs.
Malgré ces limites, les résultats confirment que les effets néfastes du tabac sur la fonction cognitive ne sont pas nécessairement irréversibles. Arrêter de fumer, même tard dans la vie, procure des bénéfices cumulatifs qui peuvent protéger la santé cérébrale pendant des années. Les auteurs soulignent que le tabagisme affecte la santé du cerveau en endommageant les vaisseaux sanguins, en favorisant l’inflammation chronique et en provoquant un stress oxydatif, ce qui détériore les cellules neuronales et augmente le risque de démence.
L’étude met également en garde sur le fait que moins de 10 % des tentatives sérieuses d’arrêt du tabac aboutissent après un an et que les personnes âgées sont moins susceptibles de tenter d’arrêter, même si elles sont particulièrement vulnérables aux effets nocifs du tabac. Les chercheurs recommandent que les politiques publiques intègrent ces résultats dans les stratégies de lutte contre le tabagisme, en mettant l’accent sur les bénéfices pour la santé cérébrale comme un facteur de motivation supplémentaire.

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