Publié le 13 février 2024 à 16h30. L’Australie est le premier pays au monde à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une mesure destinée à protéger la jeunesse mais déjà confrontée à des difficultés de mise en œuvre.
- L’Australie interdit l’accès aux plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok et YouTube aux enfants de moins de 16 ans.
- Les plateformes s’exposent à des amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens (33 millions de dollars) en cas de non-respect de la loi.
- Des failles dans le système de vérification de l’âge permettent déjà à de nombreux adolescents de contourner l’interdiction.
Le Premier ministre australien Anthony Albanese a salué l’entrée en vigueur de cette interdiction, qualifiant cette mesure de “l’un des plus grands changements sociaux et culturels” auxquels le pays ait été confronté. Il a affirmé que l’Australie prenait ainsi une position forte pour protéger sa jeunesse.
« Ma fierté d’être Premier ministre de l’Australie n’a jamais été aussi grande. C’est l’Australie qui montre que ça suffit. »
Anthony Albanese, Premier ministre australien
La loi, entrée en vigueur à minuit heure locale (13h00 GMT le 12 février), oblige les réseaux sociaux à vérifier l’âge de leurs utilisateurs et à bloquer l’accès aux mineurs. Les plateformes concernées incluent Facebook, Instagram, X, TikTok, YouTube et Snapchat. Le commissaire à la sécurité électronique est chargé de veiller au respect de cette nouvelle réglementation et peut imposer des sanctions financières considérables en cas de non-conformité.
Cependant, dès les premières heures suivant l’application de la loi, des problèmes de mise en œuvre sont apparus. Selon l’Australian Broadcasting Corporation (ABC), de nombreux adolescents ont déjà trouvé des moyens de contourner l’interdiction, notamment en utilisant des systèmes de garantie de l’âge défaillants ou en recourant à des réseaux privés virtuels (VPN). Le gouvernement reconnaît que l’interdiction ne sera pas parfaite immédiatement, mais assure que les failles seront corrigées.
Plusieurs parents ont exprimé leur frustration à l’ABC, témoignant de la capacité de leurs enfants à contourner les mesures. Casandra, une mère, a expliqué avoir découvert que son fils de 14 ans avait modifié sa date de naissance sur Snapchat pour accéder à la plateforme. David, un autre parent, a constaté que TikTok estimait l’âge de son fils à 18 ans alors qu’il n’en a que 11. Alison, une autre mère, a déclaré que sa fille de 13 ans avait réussi à vérifier son âge grâce à un scanner facial et avait toujours accès à ses comptes.
Lisa Given, professeure de sciences de l’information, souligne que la technologie de reconnaissance faciale utilisée pour vérifier l’âge comporte une marge d’erreur de un à trois ans. Elle explique que le système pourrait ainsi estimer qu’un adolescent de 14 ans a 17 ans, lui permettant d’accéder aux réseaux sociaux. Elle ajoute que les jeunes peuvent également utiliser d’autres méthodes, comme des VPN ou de fausses pièces d’identité, pour contourner l’interdiction.
Il est important de noter que les services de messagerie tels que WhatsApp et Facebook Messenger ne sont pas concernés par cette interdiction. D’autres plateformes et outils, comme Discord, GitHub, Google Classroom, LEGO Play, Pinterest, Steam, Steam Chat et YouTube Kids, sont également exclus de la mesure.
Les sanctions prévues en cas de non-respect de la loi visent les plateformes elles-mêmes, et non les enfants ou leurs parents. Le commissaire à la sécurité électronique a déclaré qu’il « surveillerait la conformité et appliquerait la loi » en utilisant ses pouvoirs réglementaires en vertu de la loi sur la sécurité en ligne.
